‹ Au Brésil: De l'Uruguay au rio São FranciscoChapitre 39 sur 69 · ETAT DE GOYA Z · texte numérisé non relu

ETAT DE GOYA Z

temps et finit par arriver au bord de ractuel rio Vermellio au milieu d’une tribu d’indiens aux mœurs douces; ils s’appelaient les Goyaces ou Guayazes, mot qui dans leur langue signifiait Fleurs des Champs. En venant de Sâo Paulo s’établir sur les bords du rio Vermelho, Bartolomeo Bueno avait fait faire à la colonisation un pas gigantesque en avant, mais ce fut au grand dam des Goyaces. Ceux-ci, malheureusement pour eux, connaissaient l’or; leurs femmes portaient des ornements de ce métal. L’aventurier leur demanda où ils le recueillaient. Comme ils hésitaient à le satisfaire, Bueno se fit apporter de l’eau-de-vie de canne dans un plat, et y mit le feu, jurant qu’il allait ainsi incendier toutes les

Goyaz. — Vieille église du Rosario et couvent des franciscains.

rivières si on ne lui donnait satisfaction. Les pauvres Goyaces qui tenaient à leurs rivières riches en poissons de toutes sortes, s’empressèrent d’indiquer les endroits où il pourrait recueillir lui-même le précieux métal et lui remirent toutes leurs pépites en le nommant Ananghera, c’est-à-dire le Vieux Diable.

Comme marque de reconnaissance, Bueno n’eut rien de plus pressé que de réduire en servitude tous les Indiens qu’il put capturer et' leur fit laver les sables aurifères des rivières. Quand il jugea sa récolte suffisante, il revint à Sào Paulo où il mourut quelques années plus tard. C’est seulement vers 1726 que le fils du Vieux Diable, Bartolomeo Bueno le jeune, fonda après un premier voyage infructueux la ville de Goyaz actuelle, à une lieue

(6 kilomètres) plus loin que l’ancien campement de son père. Les aventuriers qui accoururent bientôt donnèrent à cet embryon de ville le nom de son fondateur, Villa Boa. Les Indiens Goyaces disparurent rapidement, les uns se dispersèrent, les autres se fondirent parmi ceux qui étaient venus les supplanter. Leur nom seul survécut, car la ville a répudié celui qui lui venait du chercheur d’or, l’Ananghera, pour reprendre celui qui rappelle le souvenir de la gracieuse tribu des Flores do Campo.

X. — La capitale de Goyaz est une ville de 15.000 habitants tout au plus, perdue au centre de l’immense Brésil, à la naissance et sur le versant occidental de la Cordilhera Grande. Entourée de tous côtés par des monts assez rapprochés, la ville ne peut guère s’étendre sur les deux rives du rio Vermelho, affluent de droite de l’ Araguaya qui la rafraîchit à peine pendant l’été, époque où il est presque à sec, mais qui en revanche l’inonde parfois pendant les fortes crues, heureusement peu fréquentes. La plus forte fut celle de 1838 qui occasionna beaucoup de dégâts. Goyaz n’est certes pas une belle ville, ses rues sont établies sans plans, sans niveau, mal pavées, elles sont larges et rectilignes ; elle est éclairée au pétrole par des lampes que soutiennent des poteaux le long des principales rues. La presque totalité des maisons est composée d’un unique rez-de-chaussée; les édifices publics sont très modestes. Le palais du Gouvernement est une construction carrée; il y a encore l’Académie de Droit, le Lycée et l’pjcole Normale ; le palais du Congrès est l’édifice le plus important. Il n’existe pas de monuments en dehors de quatre ou cinq églises sans aucun caractère.

Goyaz est placé dans une situation qui l’empêche de se développer, quoique le climat n’y soit pas mauvais; le jour, la chaleur' est forte, par contre les nuits sont fraîches, trop même; c’est pour ces raisons qu’un gouverneur patriote et doué d’une grande activité, Couto de Magalhâes, avait pensé transférer la capitale sur les rives de l’ Araguaya à Leopoldina. Il est probable que d’ici peu, lorsque le chemin de fer atteindra le coeur du pays, cette capitale sera reconstruite sur un autre emplacement.

C’est à Goyaz que se trouve naturellement le siège du pouvoir exécutif et législatif. Le premier est confié à un président élu pour quatre ans ; il y a deux Chambres formant le Congrès, celle des Députés, composée de vingt-quatre membres élus pour quatre

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ans, et le Sénat avec douze membres élus pour huit ans, avec renouvellement par moitié tous les quatre ans. L’État de Goyaz se divise en trente-sept municipes. Malgré ses richesses de toutes natures, Goyaz est un État pauvre, mais si son budget est peu élevé, il s’équilibre parfaitement; celui pour 1910 a été fixé à 1.016 contre 800 pour les recettes et à 885 contos 570 pour les dépenses. Cet État n’a pas d’emprunt extérieur.

XI. — Comme villes principales, viennent ensuite Curralinho, Jaragua, Pyrenopolis, Corumba, BomfimouRioClaro, Santa Cruz, S. Luzia, Bella Vista, Catalâo, Paracanjuba ancienne Pouso Alto, Morrinhos, Rio Verde, Santa Anna do Paranahyba, Formosa, Palma, Boa Vista, Leopoldinaet Porto Nacional.

Pyrenopolis est la deuxième ville de l’État ; tout est relatif dans cet État, où la population est dispersée en une multitude de petites agglomérations et d’habitations plus ou moins isolées. Pyrenopolis n’a pas 10.000 habitants, c’est une localité qui a conservé l’aspect purement colonial ; les habitations ne comptent qu’un rez-de-chaussée et d’une construction très ordinaire ; deci de-là, on aperçoit une maison à deux étages, entre autres celle d’un riche négociant goyano, qui serait le plus bel édifice particulier de tout l’État. Trois ou quatre places dénudées, quelques églises qui sont plutôt des chapelles, sauf la cathédrale assez vaste et bien conservée; c’est devant cette église que se trouve la place qui forme le cœur de la ville et où viennent déboucher c[uatre sur quinze des rues de la petite cité, rues pavées de larges dalles de granit tirées de carrières voisines. Le commerce est peu actif, timide et nonchalant ; les négociants ouvrent seulement leurs magasins quelques heures parjour, cela suffit à leur activité. Les fenêtres de certaines vieilles maisons sont pourvues de vitres ou carreaux de mica au lieu de carreaux de verre qui sont trop chers en raison du transport.

Paracanjuba est un gros bourg de 6.000 habitants au plus, construit sur une éminence pittoresque; le point central du lieu, le Largo da Matriz, se trouve à l’endroit culminant ; cette place est bordée des meilleures constructions de la ville, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient élégantes, car elles sont construites presque toujours avec le plus mauvais goût portugais de la colonisation. Morrinhos, autrefois dénommée Villa Bella, est le centre d’un municipe assez peuplé qui avec Caldas Novas, Desterro et Sào Rita,

comprend 12.000 habitants environ. Les constructions sont toutes semblables à celles des autres localités. Tout autour de la ville, la campagne est couverte de bois de palmiers burity. Cette ville, qui jouit d’un climat délicieux, progressera certainement, car c’est déjà un centre d’exportation de cuir et de bétail.

Santa Luzia, ou Luziana, est distante de Goyaz de 300 kilomètres ; elle est intéressante, non par sa topographie qui est la même que celles de toutes les villes de l’État a-vec, en plus, des rues irrégulières sans alignement et des maisons d’aspect assez pauvre dispersées sur les flancs d’une colline, mais parce que la population de 6.000 habitants y semble plus active. On y fabrique d’excellente marmelade ou gelée de coings (marmel) très renommée sur les marchés du littoral. L’industrie principale est l’extraction du cristal de roche, la ville étant située à la base de cette chaîne des Cii/stacs, des Cristaux, ainsi nommée en raison de la grande quantité de cristaux de diverses couleurs qu’on y trouve et qui font l’objet d’une certaine exportation. Dans les environs, la population exploite des arbres à caoutchouc du genre manihot et mangabeira; tout ou presque tout le caoutchouc exporté sort du municipe de Santa Luzia qui n’est séparé de Minas que par la serra dos Crystaes. On trouve partout dans les environs d’énormes excavations, vestiges d’anciennes exploitations minières.

Santa Cruz est une autre localité de 6.000 habitants à peu près, qui mérite une mention spéciale, car c’est le centre d’un municipe prospère, producteur de tabac et surtout un centre de gisements aurifères, malheureusement inexploités; comme à Santa Luzia on trouve dans les environs des vestiges d’anciens travaux de mines. Située à 180 kilomètres seulement de Araguary, la dernière station de la Mogyana, Santa Cruz prend un certain essor commercial; les maisons sont mieux construites que partout ailleurs, et les principaux édifices publics de construction moderne sont assez élégants.

Corumba, qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme de Matto Grosso, est une ville de 5.000 à 6.000 habitants, centre d’un riche municipe, dont les habitants hospitaliers et bons, comme du reste dans tout l’État, s’occupent d’élevage, de la culture du tabac et du café. La ville est édifiée sur la rive gauche du rio Corumba qui un peu plus loin se rencontre avec

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le Bagagem; la situation delà ville, mal choisie entre les montagnes, ne lui permet pas de s'étendre, c'est le cas de nombre de localités de Goyaz. L’aspect de la ville est pittoresque mais mélancolique, en raison de ce que les portes semblent closes ; une grande partie de la journée, les habitants, en majeure partie propriétaires agricoles, sont dans la campagne à surveiller leurs plantations. Quant aux commerçants, sauf les marchands de boissons, il faut frapper à leur porte pour les faire ouvrir.

Il n’existe pas encore de filature, ni d’industrie similaire, dans l’État de Goyaz; toutefois un groupe de capitalistes organisait une société pour fonder une fabrique de tissus à S. Joao da Boa Vista et une autre est en construction à Iltatiba.

XII. — Porto Nacional est une petite ville assise sur la rive droite du Tocantins à 150 lieues, soit plus de 900 kilomètres au nord de Goyaz; elle est construite sur une haute falaise où elle est à l’abri des grandes crues du fleuve. Dans cette partie de son cours, le Tocantins est fortement encaissé; pendant les pluies, il élève ses eaux impétueuses à 9 ou 10 mètres au-dessus de son niveau ordinaire, si bien que parfois le flot vient caresser le pied des maisons les plus rapprochées de la rive, mais la ville elle-même n’a rien à craindre du fleuve. La population est active et entreprenante ; non contente de créer de belles fazendns, de s'adonner à la culture de la terre et à l’élevage, les habitants sont en même temps commerçants, armateurs, bateliers de mérite. Ils se construisent eux-mêmes des barques de toutes grandeurs, dont quelques-unes, les botes, peuvent porter 30 tonnes de marchandises; ils en sont eux-mêmes les pilotes et les matelots, et ils excellent dans la navigation du fleuve, qui est assez difficile et dangereuse.

Le Tocantins a une longueut de 2.640 kilomètres depuis sa source jusqu’à son embouchure dans l’Amazone. On n’est pas très d’accord pour savoir où placer la source de ce fleuve qui coule à travers une zone montagneuse, la plus haute de l'État, ni pour indiquer exactement parmi les rivières qui en font un grand fleuve, celle à laquelle il convient de rattacher les autres en qualité de tributaires. D’après les uns, le Tocantins naît au pied de la Serra Dourado, chaîne qui entoure la ville de Goyaz au sud et à l’est, et son berceau serait la source d’une petite rivière, l’üruhu. D’autres le font naître plus à l’est et l’identi-

fient avec un rio Maranhâo ou un rio Paranan, qui prennent leur source dans la région de Formosa. Quoi qu’il en soit, après que les rivières qui forment son cours supérieur se sont réunies, le fleuve coule du sud au nord dans une direction parallèle à celle de l’Araguaya, jusqu’à ce que, jeté brusquement à gauche par une chaîne de montagnes à laquelle il se heurte, il se réunisse à lui. La distance qui sépare les deux fleuves à la hauteur de Porto Nacional est de 250 à 280 kilomètres ; un chemin a été tracé sous la direction d’un missionnaire dominicain français pour joindre ce point à Conceiçào do Araguaya.

Les habitants de Porto Nacional commercent directement avec Para. Chaque année, vers le mois de mars, à la fin des pluies, ils chargent leurs barques, et bravant les rapides, les redoutables cachoeiras, dont le Tocantins est semé, ils descendent vendre leurs produits au Para, rapportent en échange des cargaisons d’objets et marchandises variés. Il faut six mois pour qu’un bote accomplisse ce voyage aller et retour, le, temps qu’il faut à un paquebot pour faire le tour du monde. Grâce à son heureuse situation et surtout à une poignée d’hommes actifs et entreprenants, la ville de Porto est le centre le plus commercial du nord de Goyas.

XIII. — Leopoldina est une localité située un peu au-dessous de l’embouchure du rio Vermelho, dans l’Araguaya, qui est certainement destinée à un grand avenir, car c’est le point terminus de la ligne en construction qui, passant par Catalào, doit toucher Goyaz et se prolonger jusqu’au fleuve. Leopoldina ne fut tout d’abord qu’un Présidio, ou poste militaire, établi par le gouvernement dans le but de contenir les Indiens du voisinage et d’encourager la colonisation. Sa situation sur l’Araguaya est à certain point de vue très heureuse, si bien qu’elle attira l’attention d’un homme de génie, Couto de Magalhaes, qui gouverna Goyaz il y a déjà près de cinquante ans ; il songea à faire de Leopoldina la capitale et la porte de sortie de l’État pour mettre en valeur les immenses régions baignées par le Tocantins et l’Araguaya. La porte se trouvait à l’embouchure de ce fleuve dans l’Amazone, et l’Araguaya était comme le couloir qui y conduisait.

L’Araguaya prend sa source entre 18° et 19° de latitude sud, au pied d’une chaîne de montagnes qui porte, plusieurs noms,

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parmi lesquels Serra Grande ou encore Serra dos Cayapos, du nom des Indiens qui en firent longtemps leur habitat. L’Araguaya s’appelle Cayapo Grande depuis sa source jusqu’à sa jonction avec un de ses affluents, le Cayaposinlio, et on le nomme Rio Grande depuis ce point juscju’à l’embouchure du rio Vermelho, à partir duquel le nom d’Araguaya finit par prévaloir. Il coule en droite ligne du sud au nord, et on estime à 5 ou

Goyaz. — Jeunes Indiens Cayapos. Indien Caraja.

600 kilomètres la longueur de son cours depuis sa source jusqu’au Vermelho, un peu au-dessus de Leopoldina; sa longueur totale est de 2.627 kilomètres. La région du Haut-Araguaya est arrosée par de nombreuses rivières ; c’est la rive droite, la rive goyanaise, qui donne au grand fleuve le plus d’affluents, dont six ou sept sont assez importants. La rive gauche est plus pauvre en grg-nds cours d’eau. Dans la région des sources, on parle bien d’un rio Pitombas et d’un rio Bonito, dont l’existence est assez problématique. Le premier que l’on signale avec exac-

titude est le rio Diamantina, qui prend sa source dans le territoire de Matto Grosso, au pied d’une chaîne de montagnes appelée Serra Diamantina. Si l’on tient compte du nom que portent la rivière -et la montagne, ce serait dans cette dernière qu’il faudrait chercher l’un des mystérieux entrepôts où l’Araguaya s’approvisionne de pierres précieuses. Au-dessous de la colonie Macedina, on rencontre encore le Barreiros, qui. avec ses deux tributaires, le Passavinte et le rio das Garças, forme la rivière la plus importante depuis ce point jusqu’au Crystallino, qui se jette dans l’Araguaya au-dessus de la pointe sud de l’île de

Bananal .

ô XIV. — L’ile de Bananal est formée par une bifurcation de

f. l’Araguaya qui, à 300 kilomètres en dessous de Leopoldina, se partage en deux bras ; après avoir coulé parallèlement pendant Ê; 375 kilomètres, ils se rejoignent en formant l’île de Bananal, probablement la plus grande île fluviale du monde. D’après les f missionnaires dominicains de Goyaz (^), qui nous ont renseigné

P sur nombre de particularités intéressant 1 État, 1 intérieur de

cette île, qui est aussi vaste que le Portugal, serait une sorte de Ù cuvette formant une vaste lagune, dite Lagoa Grande, récep-

r tacle de toutes les pluies et des infiltrations qui ne semblent pas

avoir de déversoir; mais jusqu’à ce jour cette île n’a pas été P explorée et l’intérieur en est totalement inconnu. Ce qu’on sait, c’est qu’elle est occupée par la tribu des Indiens Javahès, fraction de la nation des Carajas. D’après des nouvelles V récentes apportées par un missionnaire revenant du Para, qui

f/ s’était engagé dans le bras mineur de l’Araguaya, ce bras serait

I en train de s’obstruer peu à peu sur une grande étendue par des

I amas de vases, de troncs d’arbres et de détritus de toutes

Ü, natures. L’île de Bananal ne tarderait donc pas à devenir une

presqu’île.

Sur la rive gauche du bras majeur de l’Araguaya, à peu près au milieu de l’île de Bananal, se trouve un de ses forts affluents, au nom sinistre, le rio das Mortes ou rivière des Morts, sur laquelle on raconte une sombre histoire. Vers la fin du xviii® siècle.

î (1) Ces missionnaires sont des Français appartenant à l’ordre des Frères Prêcheurs,

V qui ont fondé divers petits centres sur les rives de l’Araguaya, à Conciçâo, à Bareira,

f: à Santa Rita, afin de catéchiser les Indiêns de cette région qu’ils sont à peu près

t les seuls à bien connaître. Nous leur devons nombre de renseignements précieux,

'■1 principalement sur les Indiens de tout l’Araguaya.

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une bande d’aventuriers partit de Cuyaba, à la recherche de l’or; après plusieurs semaines de marche vers le sud, ils arrivèrent sur les bords d’une grande rivière, à laquelle ils donnèrent le nom de Roncador, à cause du bruit qu’elle faisait en roulant sur un lit de rochers.

En fouillant les sables, ils descendirent peu à peu et arrivèrent au milieu d’une tribu indienne, celle des Araès. Ce fut là qu’ils s’arrêtèrent et se fixèrent. L’or abondait dans les sables de la rivière et dans les flancs d’une montagne voisine; le bruit s’en répandit, d’autres aventuriers accoururent et le gouvernement envoya un Capitâo Mor pour percevoir les droits établis sur les produits des mines .

■ Un filon d’une extrême richesse ayant été découvert dans les flancs de la montagne, le capitâo mor prétendit se l’approprier et en réserver l’exploitation à lui-même et à ses partisans, à l’exclusion des autres. Cette prétention déchaîna la discorde, si bien que la cupidité et les mauvaises passions aidant, on en vint aux mains ; la mine où travaillait le fonctionnaire et ses amis fut un jour envahie, et on s’extermina sans merci à coups de pioche, à coups de couteau, avec tous les instruments de travail qu’on eut sous la main. Le carnage fut si affreux que les rares survivants se dispersèrent épouvantés; maisons et mines, tout fut abandonné. C’était là, sans doute, le châtiment de ceux qui avaient anéanti la tribu des Araès, car les fugitifs moururent de faim au fond des forêts. Longtemps après, on retrouvait leurs ossements épars dans les fourrés. Depuis, une terreur superstitieuse éloigna de ces lieux tous ceux qui auraient été tentés d’y revenir, et on finit par ne plus même savoir où se trouvait la fameuse mine des Araès. Seuls les barqueiros, qui naviguent sur l’Araguaya, montrent l’embouchure de cette rivière qui fut le théâtre de tant d’horreurs et sur lacjuelle ils refusent de s’engager (R.

Au nord de l’État de Groyaz, les forêts de la rive gauche de l’Araguaya (territoire en litige), abondent en arbres à caoutchouc dont l’exploitation ne fait que commencer. Conceiçâo do Araguaya est devenue le centre des nouvelles exploitations de caoutchouc. Les rives de l’Araguaya, comme en général toutes celles du bassin

(1) Dans les archives de Goyaz on trouve le deroteiro ou itinéraire, suivi par les aventuriers de Cuyaba; bien qu’il soit un peu confus nous en avons pris copie.

amazonique, sont couvertes de forêts, surtout sur la rive gauche, qui laissent apercevoir de loin en loin de vastes plaines et un grand nombre de lacs bordés d’une quantité énorme de palmiers buritys. Sur les rives goyanaises, les plaines sont plus nombreuses et l’aspect du pays semble inviter les éleveurs à s’y fixer, leur promettant de belles prairies pour leurs troupeaux et ^

des terrains de mattas pour la culture. Déjà on y rencontre un certain nombre de fazendas autour desquelles paissent pacifiquement de nombreux troupeaux.

XV. — C’est pour ouvrir toute cette région à la civilisation, en même temps que pour donner une issue aux produits deGoyaz que Couto de Magalhaes se mit à l’oeuvre et aux prix d’efforts inouïs fonda le port de Leopoldina; il créa une flotte composée de trois bateaux et de deux chaloupes à vapeur de moindre dimension, sans compter des embarcations à rames de toutes grandeurs. Sous l’impulsion vigoureuse et opiniâtre du gouverneur de Goyaz, un courant commercial plus ou moins factice s’établit du côté de l’Araguaya. Leopoldina s’accrut rapidement; on y construisit de belles maisons et un collège et on put croire y;

que ce point était appelé à devenir une ville importante. Sur les ■ u

2.000 kilomètres qui séparent Leopoldina de l’Océan (par l’Ama- yj

zone), 600 au moins sont semés de rapides ou cachoeiras^, qui y

rendent impossible la navigation à vapeur. Les bateaux que le a

gouverneur de Goyaz avait fait arriver jusqu’à Léopoldina ne faisaient le service que jusqu’à Santa Maria, spr un parcours déjà fort joli de plus de 1.200 kilomètres. Entre Santa Maria, '

Pedra Prêta et Cachoeira Grande, il fallait transborder voyageurs et marchandises et les charger sur les botes, embarcations à rames, seules capables d’affronter les redoutables rapides du ^

Bas-Araguaya et du Bas-Tocantins. Mais, de cette façon, la durée du voyage était diminuée des trois quarts par les vapeurs de la flottille de l’Araguaya. Par bote, le trajet se fait parfois en six et sept mois aller et retour.

Malheureusement, Couto de Magalhaes disparut et son oeuvre s’écroula comme un château de cartes. Pour qu’une entreprise aussi considérable que celle à laquelle il s’était attaché réussisse, l’énergie d’un seul homme ne suffit pas, il faut une force qui ne s’use pas, une association d’énergies humaines se renouvelant quand l’une d’elles fait défaut. Ces énergies ont certainement

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manqué, car, après une prospérité éphémère, Leopoldina est rentrée dans un sommeil léthargique et fait l’effet d’une cité abandonnée. Depuis 1895, le dernier vapeur de Couto de Magalhaes a été rejoindre, sous les eaux de l’Araguaya, ses frères qui y reposaient, trop endommagés pour pouvoir jamais être réparés; et la navigation à vapeur est suspendue sur l’Araguaya.

Leopoldina est en léthargie mais ne mourra pas; l’Araguaya verra, dans peu d’années, une activité inconnue régner sur ses rives et d’autres vapeurs remplacer, sur ses eaux, ceux du grand Couto de Magalhaes. Cette transformation sera due, cette fois,

Goyaz. — Indien et Indiennes Cayapos.

non à un homme, mais à la locomotive qui fera entendre son sifflet sur ces rives lointaines. Deux voies ferrées, en effet, se dirigent actuellement sur Groyaz, celle de la Mogyana et la ligne Oeste de Minas dont les travaux se poursuivent activement.

XVI. — La Mogyana venant de Sâo Paulo (Campinas) étend ses rails sur bientôt trois États avec ses 1.400 kilomètres en trafic qui ont pénétré dans la région mincira (de Minas), par la ligne de Caldas, l’embranchement de Guaxupé et par son prolongement vers Araguary , point terminus actuel. La voie est préparée jusqu’à Catalào, 96 kilomètres plus loin, en plein État de Goyaz. Cette ligne traversera ensuite la capitale, se dirigeant vers

Leopoldina, future vedette commerciale de l’Araguaya, suivant un tracé qui a recherché le plus court chemin en évitant le plus possible les accidents de terrain. Toutefois, cette ligne, absolument goyanaise, puisqu’elle a un parcours de 760 kilomètres en territoire de l’État, aura à lutter contre un terrain accidenté et le prix de revient par kilomètre sera augmenté de ce fait. Afin que la Mogyana poursuive la construction immédiate du tronçon allant de Catalâo à Itapemiri, le gouvernement vient de lui accorder une subvention de 30 contos de reis par kilomètre.

La ligne Geste de Minas, qui s’arrêtait à Formiga, dans cette partie de l’État de Minas Geraes, doit se prolonger sous le nom de Chemin de fer de Goyaz jusqu’au cœur de cet État. Cette ligne, dont le tronçon jusqu’à Bambuhy a été récemment livré au trafic, se rencontre à Catalâo avec la ligne venant d’Araguary et se dirige vers le nord, à la recherche du point le plus convenable sur le cours navigable du rio Maranhâo, c’est-à-dire à Palmas, en passant par Santa Luzia et traversant la grande zone' de 14.000 kilomètres carrés du plateau central de Goyaz, réservée au futur District Fédéral.

Certes, il s’en faut d’au moins trois ou quatre ans, avant que le riche État de Goyaz puisse entrer dans une phase de prospérité grâce à ces voies ferrées qui vont faire pénétrer la vie et l’activité dans son territoire encore à peu près inviolé, mais c’est déjà un résultat remarquable que la locomotive vienne bientôt frapper à sa porte.

A l’heure présente, on travaille à l’établissement d’une ligne télégraphique reliant Goyaz à Curralinho, Jaragua, Sào José de Tocantins, Cavalcanti, Arraias, Conceicâo, Natividade, Porto Nacional, Pedro Afïonso, Carolina et Boa Vista, centres de population du Nord qui réclament, avec urgence, les communications indispensables à l’expansion de leur commerce.

XVII. — ■ Depuis le jour où Bartolomeo Bueno quitta Sâo Paulo pour venir d’une traite planter sa tente sur les bords du rio Vermelho, la race dite civilisée a refoulé les populations indiennes du pays; sans doute elle en a assimilé une partie, mais elle a amené d’une manière ou de l’autre la disparition du reste dans les régions occupées. Pour entrer en contact avec les tribus, débris des nations indiennes vivant encore dans une sauvage indépendance, il faut aujourd’hui s’avancer vers l’ouest. Cepen-

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dant, pas n’est besoin d’aller bien loin dans cette direction pour trouver ce que l’on cherche, il suffit de descendre le rio Vermelho jusqu’à son embouchure dans l’Araguaya, et à 180 ou 20() kilomètres de Groyaz, on se trouve en plein pays indien. Toute la rive gauche du fleuve depuis sa source jusqu’à sa conjonction avec le Tocantins, sur un parcours de 2.000 kilomètres, est une terre vierge qui n’a jamais nourri, à de rares exceptions près, d’autres habitants que des Indiens étrangers à toute civilisation. La rive droite elle-même, dans les régions plus directement baignées par le fleuve, ne connaît guère sur de grands espaces d’autres maîtres qu’eux. C’est sur cette rive qu’on trouve nombre d’ aldeamentos fondés par le gouvernement ou par les missionnaires.

Un aldeamento est un centre d’indiens soumis, vivant en bons termes avec les populations voisines. Faire perdre aux Indiens leurs habitudes de vie errante, les amener à se grouper et à vivre de la vie sédentaire, cela s’appelle les aldeiar, c’est-à-dire les constituer en village (ou aldeiar).

Quoiqu’on en parle fort peu, il existe encore au Brésil un grand nombre de tribus indiennes demi-civilisées ou vivant à l’état complètement sauvage sur les rives des grands fleuves de l’intérieur. Une dizaine d’États possèdent encore dans leurs sertoes éloignés un nombre plus ou moins important de ces primitifs. En ce qui concerne Coyaz et les zones avoisinant l’Araguaya, le Tocantins et leurs divers aflQuents, on y note l’existence de quatre grandes tribus : Carajas, Cherentes, Javahés et Cayapos, auxquels il faut ajouter les Apinagés dans la région septentrionale extrême de Goyaz et les Carahos sur les affluents du Tocantins rive droite.

XVIII. — Les Carajas, dont nous aurons à reparler, sont les premiers Indiens que l’on rencontre lorsqu’on descend l’Araguaya en dessous de Leopoldina; ils sont fractionnés en un grand nombre de petits groupes et ont semé les rives du fleuve de leurs aldeias sur un espace de 1.800 kilomètres. Chaque village ne compte guère plus de 30 ou 40 individus. Pendant que fonctionnait le service de la navigation sur l’Araguaya, les Carajas se trouvèrent en relations suivies avec les civilisés, c’étaient eux qui approvisionnaient de combustible les vapeurs qui, à défaut de charbon, chauSaient au bois. On ne connaît pas grand chose des Carajas de l’intérieur.

Les Cherentes et les Carahos du Tocantins et du rio do Sommo ne sont pas, non plus, étrangers à un commencement de civilisation grâce à leurs relations avec les populations voisines. A Piabanhas, par exemple, la population est composée de blancs et d’indiens soumis, installés à une petite distance de la localité. Au début de l’occupation récente du pays par quelques familles, il se produisit une scission dans la tribu des Cherentes; les intransigeants se décidèrent à fuir cette population civilisée qui menaçait de les absorber. Ils passèrent le Tocantins, marchèrent dans la direction de l’ouest et descendirent sur le territoire de Matto Grosso jusqu’au Parana. Cette fraction, dont le nom seul est un peu altéré, connue aujourd’hui sous celui de Cha vantes, dut soutenir de rudes guerres avec les Carajas qui occupaient en maîtres les deux rives du moyen Araguaya; ces Indiens ont la réputation d’être des hommes courageux, féroces même, et ils sont la terreur de leurs voisins les Carajas.

Les Cherentes et les Carahos, ainsi qu’une fraction de Carajas élèvent le bétail et cultivent un peu de terre. Chacun fait son petit défrichement au milieu de la forêt pour y planter du manioc, du riz, etc. Mais ils n’ont guère le sens de la propriété particulière, plutôt celui de la propriété collective; ils regardent tout empiétement sur leur territoire comme une injustice révoltante. Pendant notre séjour à Para, nous vîmes arriver trois chefs Carajas et Cayapos avec six guerriers venant réclamer devant le président de l’État, M. Joâo Coelho, contre les spoliations dont ils avaient été Pobjet de la part des habitants de la région.

XIX. — Dans le cours supérieur de l’Araguaya, au-dessus de Leopoldina et jusque près du confluent du Tocantins, on trouve l’importante tribu des Cayapos qui se répandent un peu partout dans les sertoes, entre l’Araguaya et le Xingu. La nation des Cayapos descend des montagnes qui portent leur nom, considérées comme le point central de leur race; cette nation a de tout temps rayonné entre les bassins de l’Amazone et du Parana, elle passe pour redoutable. Cependant, les missionnaires dominicains réussirent à en grouper un certain nombre près de Conceiçâo do Araguaya, ils commençaient à s’habituer à une vie sédentaire; malheureusement cette colonie a été dernièrement attaquée et pillée par des bandits qu’on nomme là-bas des cangaceiros qui, sans doute, ne trouvèrent pas de prise plus riche^

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