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ETAT DE GOYA Z

Cette violence injustifiée produisit sur les pauvres Indiens un sentiment de méfiance et d’amertume, puis, sans aucun doute, le désir de la vengeance contre ceux qui disaient vouloir les protéger et qui les trompaient d’une façon aussi cruelle. Il est difficile, dans des moments semblables, de faire entrer dans les cerveaux peu cultivés de ces primitifs, la compréhension que ceux qui les ont attaqués n’appartiennent pas à la même catégorie que ceux qui leur promettent secours et éducation; pour

Goïaz. — Indiens et Indienne Boi’oros.

eux ce sont des blancs. Heureusement, quelques bandits ayant pu être pris par les forces du gouvernement, le désir de représailles se calmera peut-être dans l’esprit des indigènes, qui commençaient à apporter leur concours, intermittent il est vrai, à la mise en valeur de la région.

Des fazendeiros de la région de Rio Bonito et de Rio Claro, avec lesquels nous nous sommes rencontré, nous ont donné quelques renseignements sur les relations peu cordiales qu’ils entretiennent avec les Cayapos.

Rio Bonito est une bourgade installée sur les bords de la j

rivière du même nom, affluent de l’Araguaya^ c’est le centre |

d’une population d’éleveurs venus des États de Minas et de Sâo Paulo. Ayant trouvé dans les contrées du Haut-Araguaya de |

splendides pâturages, ils en ont pris possession et ils ont bâti i

de grandes fazendas pour s’y livrer à leur industrie préférée : l’élevage du bétail, qui ne demande pas une grande activité ni un labeur absorbant. Ils ne regrettent pas d’être venus s’installer dans ce pays, au contraire, mais le voisinage des Cayapos leur occasionne parfois quelques ennuis. Le territoire de Rio Bonito est, en effet, placé au coeur même d’une contrée qui, de tout temps, a été regardée comme le berceau de la nation indienne des Cayapos.

On comprend que ces Indiens, voyant des hommes d’une autre race venir s’établir au centre de leur pays, n’aient pas résisté à la tentation de protester, et comme chez eux les protestations ne se font pas autrement qu’à coups de flèches et de casse-tête, on devine ce qui en est résulté. Dans la région du .J Rio Bonito, ils font parler d’eux de temps en temps et ils sè livrent à des déprédations particulières sur les nouvelles fazendas.

Un de ces fazendaires nous racontait comment ils étaient venus pendant la nuit piller sa basse-cour et lui enlever ses plus beaux porcs, pour faire bombance avec cela tout près de la maison. l Pour le narguer, ils apportèrent à l’entrée de l’habitation les plumes des volailles et les os de ses cochons. A un autre, ils avaient arraché ses plantations de manioc, mais ils agissent de la sorte pour les plantations d’une même tribu lorsqu’elles arrivent les premières à maturité. A un troisième, ils avaient mutilé des mulets et des chevaux afin de pouvoir en arracher les fers dont ils sont avides, etc. Les fazendaires du Rio Claro avaient à se plaindre des Cayapos plus encore peut-être que ceux du Rio Bonito; lassés de subir des avanies, exaspérés des meurtres commis par les Indiens, les hommes valides s’étaient armés et orga- . nisés en troupe pour faire une batida (battue) de bugres (É*, ils se divisèrent en deux troupes, essayant de cerner quelques groupes ou villages, n’importe lequel, coupable ou innocent. Une nuit, vers l’aube, ils cernèrent une taba (village); une partie des

(1) Nom générique sous lequel on désigne au Brésil tous les Indiens sauvages.

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habitants, attaquée en plein sommeil, fut massacrée sans pouvoir se défendre. Les survivants, mêlés à d’autres groupes, se massèrent en arrière et firent tête à leurs agresseurs le jour suivant.. La troupe dut alors battre en retraite en détruisant trois villages abandonnés avec quelques femmes et vieillards, qu’elle trouva sur le chemin de retour. Le résultat le plus clair de cette expédition, comme de toutes les autres semblables, fut d’empirer la situation en ajoutant de nouveaux griefs aux anciens et en allumant de plus violents désirs de vengeance dans le coeur des Indiens.

Quels sont les devoirs de l’homme civilisé à l’égard des sauvages dont il usurpe la terre, usurpation peut-être légitime puisque l’indigène ne l’a pas faite entièrement sienne par son travail? Jusqu’où doit-il pousser la patience et supporter les avanies que commet de bonne foi un sauvage qui n a pas la moindre notion de la propriété? Ces questions si graves, à propos du droit de chacun, légitime ou non, on les résout sur place, pratiquement, et au petit bonheur des coups de fusil. Les fazendaires que nous avons entendus avaient un formidable dossier de griefs à formuler contre leurs voisins, mais si ceux-ci, à leur tour, avaient pu formuler leurs plaintes, qui sait quel terrible réquisitoire ils pourraient présenter? Nous savons, pour l’avoir maintes fois observé, que la haine de l’Indien a, dans la plupart des cas, été provoquée par des abus et des brutalités de la part des premiers colons des frontières, population généralement ignorante et grossière, animosité qui se reporte naturellement sur tous les blancs en général.

XX. — Lorsqu’on reproche à ces habitants de maltraiter ou de tuer les Indiens, ils répondent invariablement en haussant les épaules « O Indio e um bicho mao » Q’Indien est une bête malfaisante) .

Donc, c’est faire œuvre pie que d’en débarrasser la terre quand l’occasion s’en présente. En réalité, à part quelques rares exceptions, les Indiens du Brésil sont inconstants et indisciplinés, gourmands et voleurs, susceptibles et vindicatifs. Une partie de ceux qui sont élevés par les missionnaires et dans quelques collèges établis par le gouvernement s’empressent de retourner dans les forêts pour reprendre la vie sauvage en l’agrémentant de quelques vices de plus. A la vérité, ce ne sont plus des enne-

mis; devenus membres influents de leur tribu, ils lui donnent une meilleure organisation. Sur une terre riche et fertile, les Indiens mènent une vie misérable; leur indolence et leur paresse, leur insouciance, en est en partie la cause, mais c’est surtout à l’état social dans lequel ils vivent, une sorte de communisme primitif, que les malheureux doivent d’être dans une misère sordide dont il est impossible de se faire une idée. N’étant pas le seul à profiter de son travail, puisqu’un autre peut profiter de sa récolte avant lui, l’Indien se préoccupe peu de faire des plantations, à son tour il ira récolter dans une plantation voisine.

Une tribu d’indiens, reste de hordes tupys, est connue dans le Haut-Tocantins et dans le sud de Goyaz sous le nom de Bororoes, mot qui en réalité signifie, ennemi; Faspect de ces indigènes diffère suivant les régions, les ornements dont ils se parent sont d’autant plus différents que ces Indiens sont depuis plus ou moins longtemps en contact avec les civilisés. Dans ce dernier cas, les Bororoes se percent la lèvre inférieure pour y placer des rondelles de bois, ou une sorte de chapelet composé de petits morceaux de nacre ou d’os. Ces Bororoes sont d’une grande adresse pour ramer, plonger et chasser ou pêcher le poisson, ils ont des chiens d’une race spéciale pour compagnons de chasse; et il arrive que des bandits brésiliens, les Cangaceiros, les excitent à commettre des rapines.

Même dans les régions où ils sont les plus nombreux, on aborde difficilement les Indiens bravos des diverses tribus, qui sont prodigieusement habiles à se dissimuler et dont on ne connaît la présence que par les dommages qu’ils causent. La plupart de ceux qui ont eu à en souffrir n’en ont parfois aperçu aucun. On retrouve leurs traces, leurs campements, mille indices montrant qu’ils sont bien passés par Là ; mais sauf certains cas, assez rares, où ils attaquèrent à découvert un voyageur isolé ou une maison sans défense, les maraudeurs restent invisibles. Les incursions des bravos deviennent de plus en plus rares à mesure que le pays se peuple et que les forêts qui leur servent de repaires s’éclaircissent par la hache et par le feu. Comme ils n’ont d’autre tactique que la ruse et qu’ils n’attaquent que par surprise, sinon toujours sans raison, il suffit généralement de couper les arbres à une certaine distance pour être à l’abri d’une agression.

Pendant notre voyage sur les rives du Parana entre les chutes

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.Urubupunga et le rie Aguapehy sur les deux rives du Parana, visitées, rive gauche par les indiens Coroados, rive droite par les Cherentes, il nous a été difficile d’entrer en relation directe avec ces Indiens. On s’apercevait à chaque instant de leur présence, on les approchait certainement plus d’une fois. Cheminant à travers la forêt nous entendîmes des voix qui semblaient nous narguer ou nous défier avec colère en langue indienne ou en très mauvais portugais. Nous y répondions en les priant de se montrer ou de se laisser approcher en y mettant les tons de voix les plus engageants, autant qu’il était possible du moins lorsqu’on

Goïas. — Famille d’indiens guaranys demi-civilisés.

converse à travers la profondeur de la forêt. Nous leur promettions ce qu’ils ont l’habitude de désirer le plus, couteaux, hameçons et tabac; peine inutile, impossible de les décider à se montrer. Une seule fois, quatre cherentes appartenant â un groupe accourus sur la rive du fleuve, appelés par la trompe d’un de nos barqueiros, consentirent à se laisser approcher et à accepter quelques menus cadeaux pendant que les autres se retiraient plus loin. Dans les picadas tracées en forêt, ces dialogues à distance avec des êtres mystérieux qu’on ne voit pas, qu’on sait être animés d’intentions hostiles, qui épient sans qu’on puisse les

aborder, sont étranges et impressionnants. Il faut yraiment que ces Indiens soient moins féroces qu’on veut bien les représenter, car rien ne leur serait plus facile que de percer de flèches sans grand risque le voyageur qui passe dans la forêt.

Dans les États du Sud, Sâo Paulo, Parana, Santa Catharina, Rio Grande do Sul, on trouve encore dans certains centres des aldeamentos d’indiens guaranys demi-civilisés qui achèvent de s’éteindre à l’abri de quelque population. Dans l’ouest de ces mêmes États, fort peu explorés,’ on retrouve encore les Coroados réputés comme très sauvages, on les rencontre du rio Tiété jusqu’aux chutes de Sete Quedas. Tous ces Indiens dits Coroados ou couronnés en raison des diadèmes ou cocares de plumes qu’ils portent dans les jours de fête, semblent appartenir à la grande tribu des Caïnguas, dont les Indiens des environs du Guayra font aussi partie, et ne forment nullement une race isolée.

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