CHAPITRE XIII
I. — Un Etat lointain et peu connu. — IL Limites, aspect physique. — III. Rivières, climat. — IV. La Grande Forêt, mission du colonel Rondon, son œuvre, une auto dans la brousse. — V. Un canal utile. — VL Cuyaba, la ville de l’Or. — VIL Gorumba. VIII. Ladario, Miranda, Sao Luiz de Caceres, etc. — IX. Du Parana au Paraguay et au Pacifique. — X. Le caoutchouc et la canne à sucre au Matto Grosso. — XL Elevage et exportation de bêtes à cornes. — XII. Gisements aurifères et diamantifères. — XIII. Les aigrettes du Matto Grosso, chasse de civilisés. — XIV. Chasse des Indiens, comment ils en tirent parti. — XV. Commerce des plumes, exportation, droits de sortie.
1. — Plus que Goyaz, Matto Grosso peut être considéré comme l’État le plus lointain du Brésil. En effet, si, dans l’état actuel des communications, il faut une quinzaine de jours pour arriver à la capitale de Goyaz, comme nous l’avons dit précédemment, trente à quarante jours sont nécessaires pour aller de Santos ou Rio, à Corumba et Cuyaba. On se rend par voie maritime jusqu’à Buenos Ayres ; puis, on emploie le service fait par le Lloyd Brazileiro et par diverses lignes de navigation argentines et paraguayennes. C’est cette dernière voie que nous avons prise au cours d’un voyage antérieur. Pour l’instant, malgré quelques passages agréables, cette longue navigation fluviale, depuis l’Océan jusqu’à Corumba, est plutôt monotone. Comme pour Goyaz, il faudra environ trois années pour que la capitale de Matto Grosso soit directement reliée au littoral brésilien par la voie ferrée.
On peut dire que le Matto Grosso est l’État le plus riche de la Confédération^ celui où la nature s’est montrée le plus prodigue de ses dons, tant au point de vue des richesses forestières et de la fertilité de son sol que de la prodigieuse valeur de son soussol. L’État de Matto Grosso a une superficie de 1.379.651 kilo-
mètres carrés, il vient immédiatement après Amazonas pour l’importance territoriale ; sa population ne dépasse guère 160.000 habitants; c’est l’État le moins peuplé du Brésil; il a donc à lutter contre deux terribles ennemis, le peu de densité de la population et l’énormité de son territoire, avec en plus l’isolement causé par le manque de communications. Matto Grosso constitue, pour l’instant, comme un monde à part, une terre vierge encore à découvrir, puisque seulement les zones riveraines des fleuves Parana et Paraguay sont bien connues et que c’est uniquement sur les rives de ce dernier qu’on trouve quelques cités plus ou moins considérables.
L’intérieur est intact, et on possède peu de renseignements sur toute la contrée en général i c est une partie de cet Ouest brésilien qu’on ne fait que soupçonner. Tout ce morceau du Brésil est représenté, en effet, sur les cartes par de larges espaces en blanc; pour tous ceux qui cherchent des terres à explorer, il offre encore aujourd’hui un aussi beau champ d’action que le cœur de l’Afrique. Sans parler du bassin de l’Amazone qui, sur d’immenses espaces, est aussi le pays de 1 inconnu, les cartes représentant les cours supérieurs . de l’Araguaya, du Tapajoz et du Xingu qui enchevêtrent leurs sources au milieu d’un réseau inextricable de rivières, ne paraissent guèie plus piécises cjue celles qui décrivaient les cours du Niger et du Congo, il y a quarante ans.
IL — Les limites du Matto Grosso vers le sud et l’ouest sont assez précises; c’est, de ce coté, le fleuve Paraguay et le Guaporé qui le sépare de la Bolivie sur une distance de 14 degrés. Sa frontière orientale est aussi limitée par deux grands fleuves, le Parana, qui le sépare des États de Parana et de Sao Paulo, et l’Araguaya ou Rio Grande, de celle de Goyaz. Au nord, il touche aux États d’Amazonas et du Para, sa limite est indécise et diversement tracée, ce sont des régions en litige, de même que quelques sections des limites orientales. On ne possède également sur l’orographie de çet immense État que des données très som maires. On sait qu’à mi-distance du nord et du sud, il existe deux chaînes importantes ou de hautes terres qui la partagent en deux versants inégaux; run, celui du nord, très vaste; l’autre beaucoup plus petit. Ces hautes terres, dont l’altitude ne dépasse o-uère 1.000 mètres dans les serras dos Parecis, Sâo Vicente,
Sàlinas, ete., qui së dirigent de l’ëst à l’ouest pour finir sous les noms de Amanbahy et de Maracajü, sont d’une altitude un peu supérieure vers le cordon sud.
En réalité, il n’y aurait qu’un plateau formant des plaines appartenant aux campos des Parexis ou Parecis (du nom des tribus indiennes qui vivent dans la région), que les eaux ont ravinées sur d’immenses espaces ; ces ravins ne sont cependant pas des vallées. Pendant la saison sèche, les eaux se maintiennent dans des apparences de lit * mais de février en août, saison des grandes crues, elles s’étalent au dehors et forment sur la plaine de vastes nappes qui atteignent parfois 3 mètres de profondeur. Il est des régions - où ces nappes ne s’évaporent jamais complètement et constituent des marais démesurés, comme ceux c(ue nous avons observés au-dessous de Corumba. De même, plus au sud, sur les deux rives du Paraguay, mais surtout sur la rive gauche, existent les immenses marais ou banados de Xarayes, zone de 7.000 kilomètres carrés, dans laquelle le Paraguay et ses affluents confondent leurs eaux entre une multitude d’îles et d’îlots couverts de buissons ou de grandes herbes. Il y a également des marais analogues, mais beaucoup moins étendus, dans la région du versant nord.
ni. — Un grand nombre de rivières très importantes sillon-, nent le territoire de Matto Grosso dans tous les sens. Sur la frontière ouest et est, ce sont : l’Apa, le Paraguay, le Guaporé, le Madeira, le Sâo Manoel, l’Araguaya et le Parâna ; au centre, le Taquari, le Cuyaba, l’Arinos et une partie du Tapajoz, une partie du Xingu et le rio das Mortes. Les conditions climatériques sont très différentes au nord et au sud, de même sur les plateaux et dans les plaines basses. En général, ce climat est chaud; la moyenne de la température est de 24° ; lorsque soufflent les vents du nord, le thermomètre dépasse 30° et quand c’est, au contraire, le pampero, sorte de mistral venant du sud qui règne, la température tombe, à 15 et à 14°. Tout ce qu’on peut affirmer avec certitude, c’est que le climat des hauts campos est très salubre, l’air y est sec ,et la température relativement plus basse ; les maladies endémiques y sont à peu prés inconnues. Par contre, dans les régions du sud-ouest, limitrophes de la Bolivie, zones inondables, l’atmosphère est dense et lourde ; il y existe des légions de moustiques et la fièvre intermittente, quoique
bénigne, y est fréquente. C’est pourtant la région du Matto Grosso la plus peuplée, et, malgré son insalubrité relative, elle a toujours été à l’abri des épidémies, peste, fièvre jaune, choléra, exception faite d’une épidémie de variole, survenue en 1868.
IV. — Le nom de Matto Grosso, mot qui veut dire : grande forêt, ferait penser que cet État n’est compose que d’une immense forêt vierge j on se tromperait en partie, car, dans nombre de régions connues, rien n’éveille l’idée de .la forêt vierge, telle que nous la comprenons. On n’a généralement autour de soi que des cerrados, c’est-à-dire de grandes broussailles; dans leurs parties les plus élevées, les campos de Matto Grosso portent des graminées, des halliers, une végétation disséminée en bouquets isolés. C’est ce que vient de reconnaître la Commission commandée par le colonel Rondon, du génie brésilien, qui, depuis plus de deux ans, violente la brousse de cet immense État, chargée par le Gouvernement d’établir des communications télégraphiques entre Cuyaba et l’Amazone. Après des difficultés et des efforts sans nombre, cette tâche, qu’on aurait pu croire impossible, est en grande partie réalisée, grâce à l’audace, à l’énergie et à la ténacité du colonel Rondon et de ses collaborateurs. La Commission avait à opérer une percée presque en ligne droite, en suivant la vallée du Jurema, jusqu’au Madeira, pour établir la ligne-tronc, avec toutefois un léger écart à l’ouest, pour relier la ville de Sâo Luiz de Caceres, sur le Paraguay, et l’ancienne métropole de l’État, aujourd’hui en ruine. Villa Relia de Matto Grosso, sur le
Guaporé.
On ne saurait trop applaudir à l’oeuvre admirable de cette mission et aux résultats obtenus en luttant contre les difficultés de toutes sortes : attaoiues des Indiens, obstacles accumulés pai la nature et les éléments, etc.. Contrairement à ce qui se passe d’habitude, la mission s’efforça de vivre en bonne intelligence avec les tribus indiennes qu’elle rencontrait, et dont quelquesunes se montrèrent hostiles. Grâce à beaucoup de patience et de bons traitements, la mission y parvint ; elle eut cependant plusieurs hommes blessés à coups de flèches. Tout en construisant sa ligne et en en assurant la conservation, la mission Rondon opéra la reconnaissance d’une immense étendue de terrain inculte dans la partie du sertào nord-ouest du Matto Grosso, zone définitivement et complètement etudiee. C était là la lealisation
d’un projet depuis longtemps conçu, mais toujours ajourné par ceux qui voyaient figurer en blanc sur les cartes une zone colossale, couverte de forêts, avec la mention décourageante « terras desconhecidas », terres inconnues.
En efiet, après la construction de l'embranchement de 300 kilomètres établi entre Sâo Luiz de Caceres et Matto Grosso (Villa Bella), la mission dut traverser et reconnaître des forêts et nombre de rivières inconnues. Le chemin jusqu’à Diamantino, bourgade qui est considérée comme la clef du sertâo, fut le suivant, en l’indiquant par les noms des stations installées qui figureront sur les cartes futures. Au nord de Cuyaba Povoaçâo (G da Guia, sur les rives du Cuxipoassu; Povoaçâo de Brotos et villa de Rosario sur la rive du rio Cuyaba; Villa Diamantino au confluent du rio do Ouro et du Diamantino. En plein sertâo elle créa Parecis, sur le plateau de ce nom, au bord de la rivière duKagado, VUazutliata des Indiens Parecis; Ponte de Pedra, au bord du rio Bocayuva ou Sucuriuina des indigènes; Barâo de Capanema, sur la rive du rio do Chumbo (plomb) ou Kurusiunasâ des Indiens, nommé aussi Cravary, Salto Utiarity, près d’une imposante chute portant ce nom, sur le rio Papagaio ou Sauéruind; puis la station de Juruema sur les rives du fleuve de ce nom, le Kamciizacola des Indiens Parecis. De ce point la mission prit la direction du Jacy Parana pour atteindre le rio Madeira près de Santo Antonio. La mission Rondon parvint à utiliser une automobile de route « Fiat », de quarante chevaux, qui pouvait véhiculer 3.500 kilos à la vitesse maximum de 30 kilomètres à l’heure, sur de très grandes distances; tout d’abord sur les rives du riô Sepotuba, depuis Tapirapoan jusqu’au Salto ou saut du Sepotuba, puis de ce point jusqu’au Jurema sur le plateau des Parecis. Cette automobile rendit d’énormes services à la mission pour transporter son énorme matériel par un va-et-vient continuel, d’autant plus que l’organisation des convois de vivres et de matériel au moyen de mules était rendu difficile par le manque de pâturages sur certains points. Une équipe perçait un picadâo (large sentier) dans la forêt pour le passage de la voiture. Nous ne savons pas encore si cette automobile, la première qui aura traversé une région inexplorée considérée impraticable, sera parvenue à Sâo Antonio sur le Madeira avec le colonel Rondon.
(1) Petite agglomération, lieux parfois composés de quelques cases.
V. — La ligne de partage des eaux entre les rivières qui, se dirigeant au nord, vont- grossir LArnazone, et les autres qui, coulant au sud, sont tributaires du Parana, est en quelques points si étroite qu’il suffirait d’ouvrir un canal d’environ 6 kilomètres de long entre le rio Aguapehy (^), sous-affluent du fleuve Paraguay et le rio Alegre, sous-affluent du fleuve Madeira, pour établir une communication fluviale ininterrompue entre le Rio de la Plata et l’Amazone. Vers la fin du xviii® siècle, le gouvernement portugais pensa à faire construire ce canal, mais les moy ens d’exécution dont on disposait alors étaient insuffisants. Il est possible que ce projet soit repris après l’achèvement des travaux du chemin de fer Madeira-Mamoré, qui contourne la zone des rapides de ces fleuves; on ouvrirait ainsi au commerce et à la civilisation des régions extrêmement riches en caoutchouc, jusqu’ici inexplorées et inexploitées clans les neuf dixièmes de leur étendue.
On sait seulement que le long des rivières de l’intérieur vivent des tribus indiennes parmi lesquelles : les Parecis, les Guatos ou Barbados, los Huanas, les Chanes, appartenant sans doute, à la même famille que les Mojos de Bolivie, les Coroados et les Cayuas du Sao Lourenço, etc.; tribus les unes pacifiques, les autres hostiles, dont on ne connaît pas le nombre ni l’importance. Pendant sa percée de Cuyaba au Madeira, la mission Rondon n’a pu, malgré l’énormité de son labeur, que soulever une faible partie du voile qui couvre encore le Matto Grosso au nord du Campos dos Parecis.
, VI. — A l’heure actuelle, cet immense État ne compte encore qu’un très petit nombre de centres habités dignes d’être mentionnés; la population, insignifiante comme on l’a vu, est dispersée çà et là dans le centre et le sud de l’État, surtout sur la rive du Paraguay. Cuyaba, la capitale de Matto Grosso, est aujourd’hui une ville d’environ 30.000 habitants. Elle est située à peu près au centre de l’État sur la rive gauche du fleuve du même nom, en un point presque équidistant des trois versants du triangle formé par les serras dos Parecis et do Norte, de Amambahy et de Maracaju. La ville s’étend sur la rive du Cuyaba
(1) L’Aguapehy est affluent du rio Cuyaba et le rio Alegre affluent du Guaporé. Le partage des eaux serait surtoüt entre l’ancienne ville de Matto Grosso, sur le .Guaporé, et la capitale, actuelle Guyaha, sur le rio du même nom.
sur une longueur de 3 kilomètres; malgré quelques constructions modernes, elle a l’aspect de toutes les vieilles cités coloniales de l’intérieur, et la plupart de ses maisons sont d’un seul étage. Les rues sont poiir la plupart étroites et très mal pavées avec des pierres irrégulières ; il y a plusieurs places, dont un superbe jardin public orné de plantes tropicales variées où la musique joue deux fois par ’ semaine. Cuyaba est dans son ensemble beaucoup plus animée que Goyaz ; une lignede tramways, assez médiocre mais utile quand même, dessert la ville ; on y
M\tto Grosso. — Le port de Corumba et le Paraguay.
trouve des clubs très fréquentés et quelques hôtels de dixième, ordre que le voyageur est cependant heureux de rencontrer. Le Palais du Gouvernement, d’une architecture lourde et ordinaire, l’Hôpital, LArsenal, le Trésor, le Collège des Salésiens, le Lycée, la Chambre des Députés, l’église Sâo Gonçalo parmi six autres, sont les meilleurs édifices de Cuyaba, tous en somme fort ordinaires. La chaleur y est assez grande, mais moins qu’on pourrait le supposer, car la ville est située sur une colline à 230 mètres d’altitude et d’autres collines en limitent l’horizon sauf à l’ouest.
Le président de l’État de Matto Grosso est élu pour quatre ans et le pouvoir législatif est exercé par une seule Chambre
composée de dix-huit députés, élus pour deux ans, qui se réunissent le 13 mai de chaque année. Ces courtes périodes maintiennent dans les principaux centres une certaine agitation avant, pendant et après les élections qui, en raison du caractère bouillant des habitants habilement excités par des perturbateurs, dégénèrent en troubles plus ou moins prolongés. Depuis quelques années, la zone peuplée de l’État est souvent troublée par les agissements de quelques ambitieux. Le gouvernement fédéral s’est vu obligé d’intervenir, mais les diverses amnisties votées par le Congrès ont eu pour eSet d’encourager les perturbateurs habituels de l’ordre. Il faut bien vite ajouter que ces troubles sont purement locaux et politiques, c’est plutôt une lutte entre des personnes aspirant aux fonctions publiques; le commerce et les habitants n’en sont que peu ou nullement affectés.
Cuyaba, comme d’ailleurs tous les centres de population de l’État, doit sa fondation à la grande quantité d’or qui fut découvert dans les terrains sur lesquels elle est assise, parles bandes d’aventuriers paulistes que lasoif de l’or poussait vers les régions ignorées de l’intérieur, assurant ainsi à la couronne de Portugal d’immenses territoires inconnus. C’est sur les rives du Coxipo- Merim qu’un de ces aventuriers, Paschoal Cabrai, étant à la chasse d’esclaves indiens, trouva dans les berges de la rivière des pépites d’or en assez grand nombre; il s’établit d’abord sur ce point, puis plus tard au lieu dit Forquilha, où le précieux métal était encore plus abondant. Il se rapprocha ainsi de l’endroit où se trouve aujourd’hui Cuyaba, et où un de ses compagnons, Miguel Subtil, découvrit accidentellement des pépites de plusieurs livres. C’est autour de Cuyaba qu’on trouva les gisements les plus riches du Brésil; en l’espace d’un mois 6.000 kilos d’or furent extraits. Ces nouvelles, propagées à l’intérieur, attirèrent sur les rives du Cuyaba un grand nombre d’aventuriers venus des États de Minas et Sâo Paulo, lesquels peu à peu se répandirent sur d’autres points du pays où l’or était découvert. Autour de la ville, on voit toujours un grand nombre de trous et de larges excavations qui montrent combien le sol fut retourné. Aujourd’hui encore, dans la capitale et dans d’autres localités, lorsqu’il pleut fort, de légères paillettes d’or affleurent à la surface du sol, que les enfants cherchent à réunir. L’habitant dédaigne maintenant d’extraire cet or, car une journée de lavage
ne lui rapporterait pas autant qu’une demi-journée de travail ordinaire.
Il n’y a aucune industrie à Cuyaba, sauf une fabrique de bière â Manga et quelques fabriques de boissons alcoolisées ou gazeuses.
VII. — Corumba est la seconde ville de l’État, on pourrait peut-être dire plus exactement la première en raison de sa population, de son activité, de son commerce, mais c’est en même temps une ville plus moderne. Corumba est le principal port et
Matto Grosso. — Vue partielle de Gorumba.
l’entrepôt commercial de Matto Grosso, elle est édifiée sur la rive gauche du Paraguay, dans une anse formée par le fleuve et sur une hauteur de formation calcaire qui porte une moitié de la ville’. L’autre moitié, la partie basse, s’élève sur la rive du fleuve; c’est là que se trouvent la douane, beaucoup de magasins et de dépôts commerciaux et aussi nombre de maisons particulières. C’est une ville très cosmopolite, aux rues larges, régulières et bien ombragées, quoiqu’elles ne soient pas toutes pavées. Les maisons de commerce y sont nombreuses et l’activité commerciale assez grande. La rue Delamare est la principale artère de la ville, une sorte de rue do Ouvidor ; c’est l’endroit le plus gai, le
plus vivant de Corumba, celui où on trouve les principaux magasins de modes, mercerie et nouveautés.
Une grande partie de la population de Corumba est étrangère, Argentins et Paraguayens y sont particulièrement nombreux; on y entend parler les langues les plus diverses, et surtout le guarany, non seulement parmi les Paraguayens, mais aussi parmi les Brésiliens. Les places de la ville, peu nombreuses, sont bien garnies d’arbres ; les édifices publics ont meilleur aspect que ceux de Cuyaba, entre les meilleurs figurent la Municipalité, la caserne, la prison et le Dépôt militaire. Cette ville progresse continuellement, si bien qu’on avait envisagé d’y accomplir des travaux afin d’y permettre l’accès des navires calant 6 mètres d’eau; mais comme d’après le rapport adressé au Ministère des Travaux Publics il faudrait de trop grandes dépenses pour arriver à ce résultat, on va se borner à y construire des quais. La profondeur du port aux plus basses eaux est toujours supérieure à 2 mètres, mais le canal le plus profond se trouve sur la rive opposée à la ville, où se tient la douaue bolivienne de Porto Suarez. La largeur du Paraguay à cet endroit n’est que de 340 mètres.
Corumba est environnée de campagnes verdoyantes, mais plus loin se trouvent des régions inondées à l’époque des crues et où l’eau ne s’évapore jamais complètement, formant des marécages et des banados. Il existe dans les environs de la ville de grands gisements de fer oligiste qui attendent qu’on veuille bien les exploiter.
VIII. — Ladario n’est à proprement parler qu’un centre artificiel assez actif, situé à 6 kilomètres au-dessous de Corumba sur le bord du Paraguay ; c’est un grand établissement de réparations navales fondé en 1872 et entretenu depuis par le Gouvernement fédéral, un des trois arsenaux de marine du Brésil. Il y existe de grands dépôts de matériel pour toute réparation et des chantiers et ateliers bien outillés. C’est à Ladario que se trouve la station des petits vaisseaux de guerre qui composent la flottille du Matto Grosso, au nombre d’une demi-douzaine. L’arsenal et la station sont défendus par cinq forts établis sur les berges les plus élevées du fleuves.
Miranda est une petite localité sans grande importance située à un kilomètre de la rive droite du rio Miranda, la principale
industrie du district est celle de la herva matté; de même dans* le vaste municipe de Nioac, autre localité qui comme toutes celles du Matto Grosso semblent étouffées dans les vastes solitudes du territoire. La richesse de ce très vaste municipe est'ff’élevage dU; bétail, mais elle réside surtout dans les immenses champs de herva matté cultivés, appartenant à l’iniportante compagnie « Matte Larangeira », société fondée au capital de 4.000 contos (un conto de reis, 1.610 francs, le milreis 1 fr. 55) dont les fabriques donnent une production d’une valeur annuelle de 2.000 contos.
Matto Grosso, ou Villa Bella, est une ville historique car elle; fut autrefois la capitale lointaine de l’État, ce n’est plus aujour-, d’hui qu’un gros bourg à moitié ruiné, situé à 600 kilomètres nord-ouest de Cuyaba et à 300 de Sâo Luiz de Oaceres sur la rive droite du Guaporé. Cette localité déchue reprendra sans doute une grande vitalité lorsque, après l’achèvement du chemin de fer Madeira Mamoré, les eaux du Guaporé et du Paraguay pourront être reliées comme nous l’avons dit par un canal très court unissant deux de leurs affluents.
, Sâo Luiz de Caceres est la ville la plus importante de l’État après Corumba, située sur la rive gauche du Paraguay, à 300 kilomètres sud-ouest de Cuyaba ; sa population est d’environ 15.000 habitants. Cette ville, une des meilleures places commerciales de l’État, ne fera que progresser grâce à l’industrie de l’élevage qui se fait en grand dans le municipe, et aussi en raison du commerce du caoutchouc, de la vanille, du jalap, de l’ipécacuanà et autres plantes médicinales telles que le jaborandi, la salsepareille, le copahyba, la quina, etc. Pour l’instant cette ville voit son essor comprimé par le manque de communications, car pendant la saison sèche les vapeurs remontent difficilement jusque-là et le service est fait le plus souvent par des vapeurs particuliers.
lîlous avons dit que le Matto Grosso était relié avec le reste du Brésil par les vapeurs Lloyd Brazileiro dont la ligne fluviale, de Montéyidéo à Cuyaba, forme deux sections d’une extension totale de 2. 091 ‘ milles. La première section va de Montévidéo à Corumba; le trajet se fait avec des vapeurs de 800 tonnes en moyenne, avec aménagement pour 50 passagers de première et 100 de troisième. On fait escale dans les ports suivants, argentins et paraguayens, brésiliens depuis Apa : Rosario, Parana, la Paz,
Corrientes, Asuncion, Apa, Porto Murthinlio, Coimbra, Corumba. De Corumba à Cuyaba, il y a 440 kilomètres, ce trajet forme la deuxième section et s’opère avec des vapeurs de moindres dimensions, de 50 tonnes en moyenne, pouvant contenir 20 passagers de première et 50 de troisième. On suit le cours du Paraguay puis le Sâo Lourenço et le Cuyaba. Il existe aussi des Compagnies de vapeurs argentins qui font régulièrement ce parcours .
IX. — La construction de la ligne ferrée qui doit mettre en communication directe Matto Grosso avec le littoral, est aujourd’hui entreprise simultanément des deux côtés de l’État, la partie qui traverse le nord-ouest de Sâo Paulo étant complètement achevée. C’est de ce côté que nous avons cette fois pénétré en territoire du Matto Grosso par le tracé du chemin de fer Nord- Ouest où nous avons trouvé de nombreux campements d’ouvriers. Ce tracé, qui est peu connu et a subi diverses modifications, est actuellement définitivement établi, pour la section qui traverse Je Matto Grosso sur 960 kilomètres. Cette section a été commencée àPorto Esperança, sur la rive gauche du Paraguay, à 90 kilomètres et à cincj heures de vapeur de Corumba. De ce point, le tracé traverse des terrains bas et marécageux (baixada) qui s’étendent jusqu’à la serra de Bodoquena sur une distance de 40 kilomètres; de là, il suit les pentes de cette serra jusqu’au rio Atibay, qu’il traverse, se dirige sur le rio de Miranda, Aquedauna et Campo Grande, aujourd’hui perdues au milieu des solitudes matto-grossiennes. De Campos Grande le tracé va prescjue en droite ligne jusqu’au Rebojo de Jupia, sur le Parana, en passant par Lagoas.
Malgré les difficultés rencontrées depuis le point initial du tronçon de Porto Esperança à Miranda, où existe un grand marais on a déjà réussi à asseoir la ligne jusqu’au kilomètre 80.
Dans la direction de Miranda à Campo Grande les travaux se poursuivent régulièrement et avec une rapidité satisfaisante. En cet endroit, cependant, on a eu à vaincre de grandes difficultés, spécialement par manque de personnel; celui qui s’y trouve immigre facilement, soit pour fuir le climat, soit pour se rendre au Rio de la Plata où il va se livrer aux travaux des moissons ou de la fenaison.
La partie la plus difficile de la ligne est à peu près achevée jusqu’à Miranda; maintenant les travaux vont se poursuivre avec
plus de facilité, car la zone à traverser est composée de campos immenses très salubres où le placement des rails se fera plus rapidement.
La Nord-Ouest, ou transcontinental brésilien, des rives du Paraguay pénétrera en Bolivie en face de Porto Esperança pour se diriger sur Huanchaca, point qui se trouve relié par chemin de fer au port d’Antofogasta, sur le Pacifique. De Huanchaca à la Paz, il y a un autre tronçon de voie ferrée. Grâce au transcontinental, la Bolivie se verra rapprochée de l’Europe de plus de 2.000 kilomètres; cette entreprise gigantesque aura en plus comme résultat d’augmenter dans des proportions incalculables la valeur économique des régions aujourd’hui à peu près isolées, et ce sont les États de Sâo Paulo et de Matto Grosso qui sont appelés à en tirer les plus grands bénéfices, principalement ce dernier quL pourra exporter plus facilement les riches produits de ses forêts.
X. — Les forêts du Matto Grosso égalent, par l’abondance et la valeur des arbres à caoutchouc, celles de l’Acre, de l’Amazonas et du Para, dont elles sont d’ailleurs le prolongement, mais l’exploitation du caoutchouc est encore une industrie rudimentaire dans cette région où l’extraction et surtout la coagulation de la gomme ne se pratiquent pas tout à fait comme dans les territoires voisins. Nous avons eu occasion dans un autre ouvrage (^) de donner des renseignements sur la manière dont on extrait le caoutchouc dans cet État, aussi n’en parlerons-nous pas ici. Cette industrie procurant de gros bénéfices, des plantations de mangabeira et de maniçoba ont été faites dans le Sud de l’Etat et donnent déjà de bons résultats, mais comme la qualité et par conséquent le prix n’atteignent pas à beaucoup près celui du caoutchouc de fine para extrait de l’hevea, on préfère exploiter ce dernier dont le centre de production est la vaste région qui s’étend au nord de l’État, le long des affluents et des sous-affluents de l’Amazone. Cette exploitation, qui commence à se développer, a déjà fait la fortune de plusieurs maisons de commerce aujourd’hui fort importantes de Sâo Luiz, de Caceres, de Cuyaba et de Corumba.
Le caoutchouc ne devrait être, pour le Matto Grosso, qu’une
(1) Au pays de l'Or noir. — Le caoutchouc du Brésil. Librairie orientale et américaine, E. Guilmoto, éditeur.
richesse accessoire, car ]'a fertilité de l’État, aussi bien au sud qu’au nord, est extraordinaire et permet toutes sortes de cultures. La terre riche en humus entretient facilement une végétation exubérante, et Cependant, pour des causes diverses l’industrie, agricole n’a pas progressé et ses produits ne suffisent pas à la consommation de la population. Celle-ci, malgré son bon caractère, est extrêmement inactive et indolente. On cite des plantations de canne à sucre qui ont produit pendant quarante ans sans être replantées, le riz donne souvent dans la 'proportion de 800 et 1.000 pour un, le maïs 200 pour un, le café et le tabac croissent admirablement. Seule, la canne à sucre est cultivée sur une assez grande échelle ; sur les rives des fleuves Paraguay, SâoLourenço, Cuyaba, etc., il existe 15 grandes usines centrales dont la plupart possèdent un outillage perfectionné. La plus importante est l’usine d’Itaicy, située sur les rives du fleuve; cet établissement, qui vaut 2.300 contos, donne de gros bénéfices. Sur d’autres parties du territoire sud, il existe encore 80 autres engenhos de petite importance.
Les terrains des vallées de différents fleuves et rivières se prêtent admirablement à la culture de la canne à sucre ; ils sont fertilisés tous les ans par le limon déposé au moment des inondations. Le sucre et l’eau-de-vie sont en grande partie consommés dans l’État de Matto Grosso lui-même, une petite partie est exportée au Paraguay.
XL — L’élevage du bétail forme actuellement la principale richesse de Matto Grosso et au point de vue dès ressources du pays, occupe le premier rang. Toute la région comprise entre le fleuve Parana, Apa et Paraguay possède des pâturages naturels salitrés comme on en voit peu; à défaut de l’agriculture qu’on dédaigne, sans doute parce qu’elle demande un travail plus constant, le bétail trouve là des conditions naturelles les plus favorables pour l’alimentation et la reproduction. On évalue à plus de 3.000.000 le nombre des bêtes a cornes existant dans l’État. Il y a des fermes qui élèvent jusqu’à 200. 000 bœufs. Dans les bons pâturages, le nombre des têtes double en quatre années, ce qui correspond à une natalité de 28 p. 100.
Pendant la saison sèche, les pâturages qui sont naturels se conservent toujours verts; et pendant, la saison des pluies, à mesure que l’eau commence à envahir les terres, l’herbe pousse
et s’élève, en se conservant toujours au-dessus du niveau de l’eau qui atteint souvent une hauteur de 30 à 40 centimètres, elle ne dépasse cette hauteur que dans les parties basses. Naturellement, tous les terrains ne sont pas envahis par les eaux qui débordent des fleuves; les parties les plus hautes se conservent à sec.
Les chevaux et les mulets ne viennent pas aussi bien dans les savanes de Matto Grosso à cause d’une épizootie dite peste de cadeira, sorte de paralysie des reins, venue de Bolivie il y a déjà fort longtemps. On se sert beaucoup de bœufs porteurs dans l’intérieur, les chevaux et mulets employés viennent du dehors. Il "est tout naturel que dans ce pays d’élevage, l’industrie des viandes conservées ait pris un certain essor, mais on pourrait faire beaucoup mieux . A Paconé, ville située au sud de Sào Luiz de Caceres, il existe une charqueada (fabrique de viande salée et séchée) fondée au capital de 300 contos et produisant annuellement pour 500 contos de viande. A Miranda, il y en a une autre, fondée au même capital et produisant 350 contos de viande, cela malgré le manque de communication. Aux environs de Sâo Luiz de Caceres, à Descalvados, se trouvent les pâturages, abattoirs et fabriques de conserves de viande en poudre connus sous le nom de Produits Cibils de la C° Industrielle et Agricole au Brésil, société belge fondée au capital de 6.000 contos, donnant une production d’une valeur de 700 contos. L’entreprise tue environ 70.000 têtes de bétail par an.
L’exportation du bétail sur Minas Geraes et Sao Paulo se fait par terre, à travers des routes qui sont à peine de mauvais sentiers; elle atteint 250.000 têtes par an. Les animaux n’arrivent aux environs de Uberaba (Minas) qu’aprés un voyage de plusieurs mois. Le Paraguay s’alimente aussi de bétail du Matto Grosso pour l’approvisionnement de ses villes. Les animaux pour la boucherie sont vendus couramment 50 à 60 francs par tête en moyenne.
L’État de Matto Grosso exporte chaque année environ 700.000 kilos de cuir sec et 100.000 cuirs salés. Les importations s’élèvent à 2.500 contos de reis et les exportations à 7.600 contos. Le budget de l’État est évalué à 1.900 contos de recettes et à 1.800 contos de dépenses en chiffres ronds. Les rentes de Matto Grosso sont beaucoup diminuées du fait de la contrebande qui se pratique sur une grande échelle sur la frontière du Paraguay et
parle Madeira, à l’aide du Guaporé où la surveillance est à peu près impossible.
XII. — Nous avons dit que l’État de Matto Grosso pouvait être considéré avec celui de Goyaz comme le plus riche de tout le Brésil en gisements de métaux précieux; la plupart des mines d’or exploitées du temps de la colonisation ne l’ont été que superficiellement en raison des procédés d’extractioix et du matériel employé tout à fait rudimentaire. Les emplacements de la plupart de ces mines sont encore presqueùous connus ; certaines autres comme les Martyrios, d’où les premiers aventuriers rapportèrent de grandes quantités de métal, ne purent plus être retrouvées, de même que celles des Araés des environs du rio das Mortes. Voici, à titre de renseignement, les gisements connus exploités ou non, jusqu’à ce jour, ce sont les mines d’or de Jamory, Juruhima, Rio do Ouro, Brunado, mine anciennement très abondante mais peu exploitée ; Cocaes, près de l’ancien village de Sâo José, dans les environs du rio Cuyaba; Galera, sur un affluent du Guaporé, Sapateiro, dans le municipe de Livramento, Façada, sur le chemin de Cuyaba à la fabrique de poudre située à trois lieues de la capitale.
Près des sources de l’Arinos, grande rivière sur le versant nord de la serra dos Parecis, se trouvent les mines de Santa Izabel, fort renommées et non exploitées. L’or est très abondant sur le rio Barbados qui naît dans la serra de Tapuapoan, principalement vers le confluent du Sepotuba. Dans le district de Camapuan, on trouve dans différentes rivières de ce territoire de l’or et des pierres précieuses. La chapada de Santa Anna, localité située à 60 kilomètres de Cuyaba, dans la serra de Sâo Jeronymo, possède des mines d’or très riches. Des mines se trouvent également dans le Cabaçal, entre le confluent du Sepotuba et Villa Maria. Une Compagnie anglaise' s’est établie à cet endroit.
Le rio Coxipo, qui naît dans la serra da Chapada, est un des plus riches en or de tout l’État; c’est dans son lit que les premiers aventuriers trouvèrent les plus grosses pépites; ces mines sont .connues sous le nom de Lavras de Subtil ou Forquilhas. Une Compagnie anglaise, The Transpacific, exploite l’or du rio Coxipo au moyen de dragues. Le Jauru, petite rivière tributaire du rio Coxim du district de Camapuan, possède beaucoup d’or. Les localités ou rivières suivantes sont également riches : Galera, rio
qui naît dans les campos de Parecis, 6 kilomètres au nord de Sareré; le Jamari ou Candeas, rio qui descend de la serra dos Parecis, possède sur ses rives les mines inexploitées de Uruma- I cuan ; Lavrinlias, petite localité sur le chemin de Cuyaba à Matto Grosso, est le centre de gisements importants. Dans la serra de Maracajü, au sud de l’État, descendent les rios Iguatimy et Ipané
Matto Gnosso. — Notre campement sur le tracé du chemin de Ter du Matto Grosso.
possédant de l’or, non exploités. Gisements des rives du rio Bento Gomes, du municipe de Paconé, Gisements de Papuam près de Villa do Pilar; Ribeirào do Ouro, dans le district de Paconé. Santa Anna, Pary, Uribies, sont des gisements du municipe de Diamantino. Les gisements de la rivière de Santa Anna ne furent jamais exploités.
Pais , encore : Santa Barbara, à 130 kilomètres au nord de Cuyaba, dans la serra dos Parecis; Santa Cruz, près du municipe de Villa Maria; Santa Izabel, près du rio Arinos. Très Barras,
près du rio Arinos ; Visco, sur la rive droite du Guaporé ; Sepo^ tuba, rio qui descend de la serra dos Parecis entre la capitale et le rio Paraguay, sont de riches gisements qui ne sont pas exploités. C’est vers les sources du rio Xingu, lui-même très riche en or, et ses affluents, dos Bois, Trahyras et Xavier, qu’il faudrait rechercher les fabuleuses mines d’or dos Martyrios, découvertes par Bartolom.eo Bueno da Silva.
Le sous-sol de Matto Grosso ne renfermé pas seulement de l’or en quantité certainement considérable, mais aussi des diamants, lesquels furent découverts en nombre d’endroits, mais principalement dans le municipe de Diamantino, assis au confluent des rios de Ouro et Diamantino, à 250 kilomètres nordouest de Cuyaba et dans le rio Buritysal qui se trouve non loin du Diamantino. Le Coxipo-Mirim, qui coule dans le district de Guia, à 40 kilomètres de Cuyaba, roule aussi des diamants d’une très belle eau. Le rio Coxim et ses petits tributaires, le Camapuansinho, le Taquary-Mirim, le Boa Vista et surtout le Jauru ont la réputation d’être très riches en diamants. Des études récentes ont donné des résultats excellents : elles viennent d’être faites à l’instigation de la Société Torquato et C'®, de MM. Pereira de Albuquerque, Azambuja et Knowler, qui ont obtenu l’autorisation d’exploiter les gisements diamantifères et autres dans le lit d’une partie de ces rivières. Les rivières indiquées, sauf le Coxim, sont très étroites, mais toutes ont des eaux limpides coulant avec force.
D’après les conclusions de ces études, la dissémination de l’or et des diamants dans les rios Jauru et Coxim n’est pas uniforme, car en raison du mouvement des eaux dont le courant est très rapide, il s’effectue un lavage naturel des graviers et pierrailles qui sont entraînés d’un point pour être déposés dans un autre, ce qui fait que certaines parties de ces cours d’eau sont très riches pendant que d’autres sont pauvres. Les graviers et conglomérats qui recèlent des diamants sont le plus souvent accompagnés de parcelles de minéraux comme l’oligiste, la limonite, fer magnétique, tourmaline et roche hyalo-turmalite noirâtres, et d’autres pierres de couleur comme les azulinhos ou bleutées et les cMcorias ou grenat. Le plus riche gisement diamantifère signalé jusqu’à ce jour se trouve sur le rio Quilombo, distant de 80 kilomètres des mines d’or de Santa Anna, et à 85 kilomètres de
Ciiyaba. C est une esclave d’un Portugais nommé Domingo de Azevédo, qui, en lavant du linge, découvrit dans le rio Quilombo un diamant d’une valeur de 6.000 francs. Lé Portugais s’enrichit par la suite avec la découverte de son esclave à qui il n’accorda meme pas la liberté et dont on ignora le nom.
D’après tous les renseignements recueillis, il ne fait aucun doute que les richesses minières du Matto Grosso sont incalculables, mais pour que le travail des mines soit rémunérateur, il faudrait qu’il fût entrepris avec des procédés et un matériel modernes. Néanmoins, ce n’est pas à notre avis l’exploitation des mines qui donnera le plus grand développement au pavs;
1 industrie agricole contribuerait beaucoup plus à sa richesse, car l’extraction des métaux précieux ne provoque qu’un mouvement momentané et factice* il détermine la cherté de la vie et ne laisse souvent que l’indigence.
se doute guère que le Matto Grosso fournit une grande partie des magnifiques plumes, aigrettes et crosses, qui frissonnent si gentiment sur les chapeaux de nos belles élégantes. La raison en est que la douane de Corumba ne tient pas beaucoup compte de cette exportation, qu’il en sort de grandes quantités en contrebande, et surtout qu’elles sont dénationalisées en traversant les pays qui les exportent en Europe et aux États- Unis . en 1 espèce, le Paraguay et la République Argentine, sans parler d’autres intermédiaires.
Ainsi que le nom l’indique, les plumes d’aigrette sont droites, rigides, hautes de 15 à 20 centimètres, blanches et régulières; celles qui sont jaunes et usées constituent une seconde qualité. Quant aux a Crosses », enferme de crosses d’évêques, elles sont éplement blanches et frêles, délicates et hautes de 10 à 12 centimètres. Elles sont fournies par une espèce de héron blanc, nommé garzas, échassier haut de 40 à 60 centimètres, entièrement blanc, qui vit en bandes innombrables au bord des rivières, lacs, marais et ruisseaux, voisinant en bonne intelligence avec les (( tuyuyus » et de grands sauriens qui sont aussi très nombreux dans ce pays et qui trahissent la confiance
de ces oiseaux en happant cà l’occasion ceux qui les approchent de trop près.
Ces oiseaux revêtent leur plus joli costume à l’époque de leurs amours; c’est à ce moment, où ils ont leurs plumes au grand
complet, que' les chasseurs s’en emparent et les dépouillent de leur délicate et luxueuse parure . Les aigrettes les plus belles ornent la tête des mâles, en très petit nombre. La chasse aux garzas se fait de différentes manières, suivant qu’elle est opérée par des Brésiliens ou par des Indiens.
La chasse par les civilisés est brutale, rapide et sans pitié. Les chasseurs se forment en petites troupes, les uns en canot, les autres à cheval, un groupe rabattant les oiseaux vers l’autre, et c’est à coups de fusil que les timides garzas sont abattus sans aucun ménagement. Ces oiseaux se réunissent en grandnombre, aussi à chaque coup de fusil c’est comme un vol de flocons épais de neige vivante qui s’élève et va s’abattre un peu plus loin. Comme nous l’avons dit, les garzas vont souvent de compagnie avec les « tuyuyus ». Ces derniers sont d’énormes échassiers à la tête noire pelée, au bec de même couleur, long de 40 à 50 centimètres, emmanché d’un cou d’une égale dimension, cravaté d’un collier de plumes écarlates, le tout porté par un corps de 50 kilos, couvert de plumes blanches,- sur des pattes longues, noires et noueuses.
Lorsque, au cours des chasses aux hérons, les tuyuyus se voient attaqués par des chasseurs à pied, non protégés par des cavaliers, ils se défendent bravement et adroitement à l’aide de leur bec et causent des ennuis à leurs agresseurs. Accroupi, sous la menace d’un coup de machete, ou sabre d’abatis, l’oiseau écarte souvent l’arme et, avec une détente rapide de son cou, il blesse de son bec fermé, et parfois grièvement, l’infortuné chasseur. Les plumes des tuyutus, quoique d’une grande blancheur, ne sont pas encore exportées.
XIV. — Les Indiens, Parecis, Guatos, Oayuas, Corovados, et même Cayapos opèrent tout autrement. Ayant observé l’endroit où les garzas se sont décidés à passer la nuit, ils s’y rendent la nuit en canot, ou à pied, si l’endroit le permet. Ils cernent les oiseaux et allument de distance en distance des feux de plantes stupéfiantes; ils s’emparent prestement dès précieuses aigrettes sur les oiseaux endormis qu’ils relâchent avant qu’ils aient pu revenir de leur surprise. S’il y a quelque cruauté à plumer ces hérons vivants, les chasseurs indiens font au moins preuve d’une prévoyance qui n’était pas autrefois dans leur caractère. Le procédé dont se servent le plus fréquemment les Indiens, qui n’ai-
ment guère les expéditions nocturnes, est l’emploi de flèches à tampons qui étourdissent le volatile, ou alors les flèches ordinaires avec lesquelles ils en exterminent de grandes quantités, car l’arme n’est pas bruyante et les garzas sont très farouches. M. Cadiot, un de nos compatriotes, Conseiller du Commerce Extérieur de la France, négociant à Cuyaba, où il réside depuis de longues années, nous a raconté la manière originale souvent employée par les Indiens pour tirer parti de leur chasse.
A la fin de la période de chasse, qui dure près de quatre
Matto Grosso. — ^ Indiens guatos dans une rue de Cuyaba.
mois, sur une énorme étendue de territoire, le chef de la troupe réunit quelques-uns de ses guerriers, et dans le costume primitif que représente notre photographie, parfois agrémenté de dessins variés sur leurs peaux brunes, ils arrivent dans les villages frontières et dans les centres d’échange, souvent même jusqu’à Cuyaba, après avoir accompli un énorme voyage. Laissant au fond de leur étroite et large pirogue les cocares, coiffures diadèmes en plumes de perroquet, qui ornent leur tête, enlevant la baguette de cire dure et blonde qui leur traverse les narines transversalement, ne conservant pour tout vêtement qu’une petite pendeloque de coquillages polis insérée dans la lèvre inférieure et qui
leur retombe sur le menton, ils se dirigent vers les magasins les plus proches, marchant, c’est bien le cas de le dire, en file indienne, par rang de qualité et d’âge. Leur premier soin est d’entrer dans le premier magasin venu afin d’acheter contre de petites pincées de plumes un ou deux costumes complets de toile de couleur que l’Allemagne et l’Angleterre, et aussi les filatures brésiliennes importent à très bas prix, dont ils se partagent les pièces, afin de ne pas se présenter en sauvages. Chacun ayant une partie de costume, reprend place dans le cortège incomplètement habillé, et, formant un monôme original, on se met en quête d’autres magasins.
Cette promenade est le plus souvent interrompue par les agents de la municipalité, qui ont mission de veiller à la décence dans la rue, et les délinquants sont conduits au poste où la charité municipale bienveillante et celle des habitants revêt à peu près ces grands enfants à l’aide de vieilles défroques et les remet aussitôt en liberté. Les Indiens radieux reprennent triomphalement leurs visites des magasins où le chef débat le prix âprement.Les articles qu’il demande en échange de ses produits sont généralement des couteaux, des haches, des garruchos ou pistolets à longs canons, de la poudre, du plomb, des mouchoirs, divers autres objets, et surtout de la cachaça ou eau-de-vie de canne. La vente terminée la troupe reprend joyeusement, parfois bruyamment, le chemin de ses villages où elle parviendra après plusieurs jours, parfois des semaines, .:de. navigation ou de marche.
XV. — L’État de Matto Grosso fait payer un droit d’exportation de 600 reis (0 fr. 90) par gramme de plumes exportées. L’exportation des plumes d’aigrette s’élève à environ 160 kilos annuellement, mais il est certain qiCune belle quantité sort sans payer aucun droit. Les plumes d’aigrettes sont vendues à Cuyaba ou à Corumba 1 conto de reis, soit 1.610 francs le kilogramme; arrivées en Europe, ces plumes vaudront six et souvent huit fois plus.
L’État d’Amazonas est avec le Matto Grosso le territoire ou on trouve le plus degarzas porteurs d’aigrettes. D’autres plumes sont aussi fournies par les mêmes États : ce sont les plumes de miraflores dont la queue, imitant celle de l’oiseau de paradis, forme un panache de plumes dorées miroitantes et de forme
particulière qu’on nomme «arête de poisson » ; les plumes de héron gris, plumes grises tombantes, en faveur suivant les caprices de la mode, et nombre d’autres qu’il serait trop long de désigner ici. Puis, les plumes de nandou ou autruches américaines nommées Ema au Brésil, qui n’ont qu’une valeur de 2 à 3 francs le kilo, valeur marchande insignifiante qui est compensée par la quantité. Les acheteurs d’aigrettes et de crosses auraient intérêt à établir des relations directes avec le Matto Grosso qui pourrait tenter aussi les amateurs de chasses productives.