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CHAPITRE XIV

ÉTAT DE PARANA

De Sâo Paulo à Curityba. — II. Superficie et limite, le Contesté avec S. Catharina, zones. — III. Castro et Ponta Grossa, les routes du Parana. — IV. De Ponta Grossa à Curityba, aperçu de la capitale. — V. Population, prix de la vie, industries. — VI. Les colons et les colonies du Parana. — VII. Morettes, Antonina, Paranaguâ. VIII. Le sous-sol paranaense. — IX. Culture du blé, les pinheraes. — X. Le maté du Parana, ce qu’est ce produit, son habitat. — XL Ses propriétés. — XII. Dans les hervaes. — XIII. Exploitation d’un herval, le carijo. — XlV. Le Barbacuâ et la cancha. — XV. Prix du maté, importance de son exportation. — XVI. Les chutes de l’Iguassu, le Salto du Guayra, villa Velha. — XVII. Les sambaquis du Parana.'

I. — Pour se rendre de Rio de Janeiro ou de Sao Paulo à Curityba, capitale de l’État de Parana, le voyageur peut aujourd’hui choisir entre deux voies, par mer ou par terre. Par mer, en prenant passage sur un des vapeurs du Lloyd Brazileiro ou de la Navigacâo Costeira, qui mettent de deux à trois jours pour faire le trajet de Rio à Paranagua, suivant que le voyage est direct ou avec escales. Par le chemin de fer Sâo Paulo-Rio Grande qui, comme on le sait, doit se relier sur l’Uruguay aux chemins de fer du Rio Grande do Sul, après avoir traversé les États de Parana et Santa Catharina. Quoique la voie de terre soit moins confortable que celle de mer, en raison de la poussière et de la chaleur qu’il faut se résigner à supporter en yvagon, qu’elle soit aussi beaucoup plus coûteuse Q), c’est celle-là que nous avons choisie, ayant décidé d’aller jusqu’au bout de la ligne alors en construction et de continuer à cheval jusqu’à l’Uruguay et le Rio Grande en suivant le tracé. Ce faisant, nous avons probablement été le premier Européen qui soit allé de Rio de Janeiro aux frontières

(1) Le prix du voyage par mer de Rio à Paranagua est de 63 milreis; par terre il arrive à plus du double, sans compter la nourriture; le trajet ne peut se faire en moins de deux jours.

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de r Uruguay et de l’Argentine par le centre du pays, en utilisant le réseau de lignes formant le transbrésilien, depuis Pirapora sur le Sâo Francisco jusqu’au moyen Uruguay.

De Sào Paulo à Itararé, à la frontière du Parana, il y a 436 kilomètres que nous franchîmes en empruntant la ligne de la Sorocabana. A Boituva, celle-ci bifurque; on se trouve dans une région très peuplée, où les petites exploitations sont nombreuses; partout, on aperçoit d’immenses plantations d’ananas dont on a entrepris la culture avec succès. A partir d’Itapeteninga, le caractère du pays change : ce sont de vastes campos ondulés, favorables à l’élevage, avec dans les vallées des bouquets de bois où se montrent déjà quelques pins araucarias, essence caractéristique du Parana. Puis, ceux-ci deviennent de plus en plus nombreux, les vallées plus profondes et plus boisées, et, à Itararé, ayant franchi la rivière du même nom, qui sert de frontière aux deux États, nous pénétrons dans le Parana.

II. — L’État de Parana a une superficie de 221.319 kilomètres carrés et une population de 350.000 à 370.000 habitants; généralement mal partagé sur l’Océan, où . il ne possède qu’une petite façade littorale, pourvu en échange de deux bons ports, la baie de Paranagua et l’anse de Guaratuba, toute voisine, qui n’est pas utilisée, il est plus généreusement doté à l’intérieur, où il s’étend à l’ouest jusqu’au fleuve Parana qui le sépare de la République du Paraguay et de l’État de Matto Grosso ; — au nord, jusqu’au Paranapanema et le rio Itararé, qui le séparent de Sâo, Paulo; — au sud, l’Iguassu, qui lui sert de frontière avec Santa Catharina et une toute petite partie de l’Argentine. Ses frontières fluviales en font presque une île. Depuis de longues années, l’État de Parana occupait une large bande de terrain s’étendant depuis riguassu jusqu’au haut Uruguay, territoire revendiqué avec énergie par l’État voisin de Santa Catharina; le litige fut enfin porté devant le suprême Tribunal Fédéral qui, après un long procès, vient de rendre son jugement en donnant gain de cause à Santa Catharina . La cause de ce litige portait sur une superficie de près de 2.000 lieues carrées (lieues de 6 kilomètres), occupée par une assez nombreuse population. La décision paraît très juste, en ce qu’elle donne aux deux États leurs limites naturelles, mais elle souleva au Parana des colères violentes qui menacèrent d’aller jusqu’à l’émeute. Le Parana avait, en effet,.

fait de grandes dépenses dans cette région ; il y avait fondé de nombreux centres; créé cinq vastes municipes et trois comarcas ; il payait les autorités judiciaires et la police^ lès fonctionnaires de rinstru'ction publique ; il avait construit des routes et des édifices : on comprend ■donc ses protestations. La population, qui payait les impôts au Grouvernement de Parana auquel elle obéissait, votant sur ses listes aussi bien aux élections fédérales qu’estadoales, ne veut en aucune façon appartenir à Santa Catharina. Pour qui ne connaît pas les sentiments parti cularistes que développe la forme fédérative faisant de chaque État autonome autant de petites patries j on comprend mal cette répugnance paranaense, catharinense ou rio-grandense ; les habitants n’en sont pas moins les fils d’une même patrie, le Brésil. Et, en fin de compte, c'’est ce que tout le monde se dira, car le Brésilien est patriote, lorsque les colères, que la politique n’est pas sans exciter un peu, se seront apaisées sous l’influence du temps.

Le climat de l’État de Parana est sans aucun doute le meilleur de tout le Brésil; il jouit d’ailleurs de cette réputation que rien ne vient contrarier. Le pays se divise en deux zones : celle du littoral, étroite et basse, de climat humide, et celle des hauts plateaux, qui va de la serra do Mar au rio Parana, plateaux dont l’altitude oscille entre 200 et 1.200 mètres et où la température est très douce, le climat en tout semblable a celui du sud de l’Europe. En plus de la serra do Mar, qui descend de Sào Paulo et dont le point culminant, au Parana, porte le nom de Marumbi (1.810 mètres), il y a encore, dans l’État, la Serrinha (1.215 mètres), la serra Esperança (1.365 mètres), das Fumas, dos Agudos et d’autres encore. Toute cette zone élevée peut encore se subdiviser en cinq autres zones bien caractérisées : 1° le plateau de Curityba, entre la serra do Mar et la Gerrinha; 2° les campos Geraes, entre la Serrinha, les sertoes de Cinza et les forêts de la vallée du Tibagy ; 3° le plateau de Guarapuava, campos fameux pour l’élevage du bétail ; 4° la zone constituée par les vallées des rios Iguassu, Jeguiguassu, Pequiry et Sâo Joâo; 5“ la zone des vallées de l’Ivahi et du Tibagy. Ces deux dernières zones sont couvertes d’admirables forêts.

ni. — B’Itararé à Ponta Grossa, la deuxième ville de l’État et le point de réunion du chemin de fer du Parana et de la S. P. Rio Grande, il y a 252 kilomètres. La ligne descend presque

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continuellement à partir de Castro qui, avec Jaguariahyva, forme les deux centres les plus importants sur ce parcours jusqu’à Ponta Grossa, qu’on aperçoit à plus de 60 kilomètres avant d’arriver. La ligne possède un nombre de courbes invraisemblables; la Compagnie américaine, qui avait la concession de ce chemin de fer au début, bénéficiait d’une prime de 30 contos par kilomètre, évitait le moindre accident et ne craignait pas d’allonger. A l’heure actuelle, on réduit la longueur de la voie de 38 kilomètres sur ce parcours, car ces courbes sont loin de faciliter le trafic. Castro est une jolie petite ville de 14.000 habitants, située à 957 mètres d’altitude, sur la rive gauche du rio Yapo; un pont met la ville en communication avec son faubourg Santa Cruz, édifié sur l’autre rive. Castro, outre les vieilles maisons coloniales^ grossières et inélégantes, possède quelques belles constructions et il s’en édifie chaque jour davantage. Cette ville doit son développement actuel, qui ne fait que s’accroître, à la ligne ferrée; car c’était, il y a quelques années, une insignifiante bourgade. Alentour existent des centres agricoles très florissants.

Ponta Grossa doit également au chemin de fer d’être devenue une ville importante, l’entrepôt commercial qui dessert toute la région ouest et sud-ouest. Construite en damier, elle s’élève sur une colline formant dôme à 947 mètres d’altitude ; cette situation lui vaut d’être souvent battue par les vents qui soulèvent des nuages de poussière, d’autant plus que ses rues, larges et bien tracées à angle droit, ne sont pas pavées pour la plupart. La colline entière est aujourd’hui couverte de constructions, si bien que la ville s’étend peu à peu dans la plaine environnante . On y trouve beaucoup de belles maisons de deux et trois étages ; les maisons de commerce les- plus fortes appartiennent à des Allemands ou à des Teuto-Brésiliens; il y a aussi quelques commerçants italiens. Ponta Grossa est la clef des campos Geraes, plaines ondulées, fertiles, propres à toutes les cultures, avec d’immenses pâturages pour l’élevage. Un peu plus loin,^ recommencent les pinheiraes, les énormes forêts de pins araucarias qui donnent aux paysages un cachet d’originalité incomparable. Ponta Grossa est, par sa situation privilégiée, assurée d’un grand avenir; c’est le point terminus du chemin de fer du Parana (ancien Chemin de fer Brésilien, racheté et affermé par l’État) et point central de la

Compagnie Sâo Paulo-Rio Grande qui y possède ses bureaux de direction, ses ateliers de construction et de réparation, dans lesquels nous avons trouvé quelques ingénieurs et employés français. Peut-être n’y en a-t-il pas encore une proportion suffisante en raison des importants capitaux français investis dans cette Compagnie, mais cela change un peu d’autres affaires et de la Nord-Ouest, où un seul compatriote, tenu à l’écart, représentait notre argent. Nous ne sommes vraiment pas difficiles à contenter.

D’assez bonnes routes relient Ponta Grossa à Castro, Palmeiras, Conchas, Taquary, Bastos, Tavares, etc., et à cinq ou six centres coloniaux occupés par des colons russes pour les uns, et par des Russes et Polonais pour les autres : colonies situées entre 2 et 18 kilomètres de la ville. Nous ne pouvons pas dire que l’État de Parana possède de bonnes routes telles que nous les comprenons ; néanmoins, c’est à notre avis l’État qui apporte le plus de soins et de-^ ténacité à la construction de ces chemins de roulage et les a poussés dans les directions les plus variées, de façon à relier des localités fort lointaines. Construites en pleine terre et non cailloutées, ces ■ routes sont forcément ravinées après de fortes pluies, d’autant plus que les charrettes employées pour le transport des marchandises sont portées par des roues étroites et coupantes qui ont vite fait de creuser de profonds sillons dans les chemins d’un entretien difficile et coûteux. Ces voitures sont particulières à l’État et certainement d’importation polonaise ; d’une apparence frêle, elles sont lourdement chargées et tirées par une dizaine de mules, elles transportent à des distances considérables des marchandises et objets manufacturés, rapportant des produits variés en échange.

IV. — De Ponta Grossa à Curitybâ, capitale de l’État, il y a 191 kilomètres que l’on franchit en un peu moins de huit heures, la voie descend presque continuellement en pente plus ou moins prononcée. Partout on voit des lieux habités : les maisons, de style polonais bien caractérisé, sont construites en bois et couvertes en tuiles également en bois, comme la grande majorité des habitations dans l’intérieur et les colonies. Le bois est la matière première la plus abondante et la moins coûteuse, aussi on en use et on en abuse; des propriétés sont encloses de débris de planches au lieu de fils de fer. A 30 kilomètres de Curitybâ,

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on trouve quelques centres de population très rapprochés, aux cultures bien soignées. Ce sont d’anciennes colonies dont les propriétaires se sont, pour la plupart, enriohis dans le commerce des céréales et des plantes maraîchères; quelques-uns ont vendu leurs lots, étant devenus négociants. La route carrossable qui

CüRiTYBA. — Rue 15 de Novembre et place Tiradentes.

conduit de cet endroit à Curityba est bordée de chaque côté de fermes ou propriétés peu éloignées les unes des autres ; on nomme cette partie de la' route le Portao.

La capitale du Parana est située sur un plateau à 897 mètres d’altitude, au milieu d’une plaine qu’on nomme les campos de Curityba. C’est une ville pouvant avoir de 45 à 50.000 habitants dont le développement est tout à fait récent. L’impression qu’on

ressent en y arrivant est celle d’une ville en plein mouvement progressiste, avec partout une note de bon goût. Deux villes donnent cette impréssion immédiate, c’est Sâo Paulô et Bello Horizonte^ Seule,' cette dernière ville possède des rues plus larges ; celles de Curityba le sont presque autant, elles sont bordées de maisons solides; un grand nombre sont de construction récente, surélevées et agréables à la vue. Malheureusement, les rues de Curityba ne sont pavées que dans la partie centrale, si bien que lorsqu’il pleut les rues excentriques sont extrêmement boueuses ; elles sont desservies par de petits tramways à traction animale qui vont bientôt être remplacés par des voitures électriques. Le gouvernement vient de faire de grands sacrifices pour doter la ville de canalisation d’eau et d’égouts ; une première entreprise abandonna les travaux avant leur achèvement; l’État fut indéniablement trompé dans cette affaire. Il dut dépenser de fortes sommes pour compléter les travaux. C’est aujourd’hui une chose faite, la ville est depuis plusieurs années éclairée à l’électricité.

Tous les édifices publics sont d’une construction élégante et d’une architecture de bon goût qui change du goût lusitanobrésilien. Les plus intéressants sont : le Palais du Gouvernement, de style Renaissance italienne; le Palais du Congrès, •fort joli édifice de style Renaissance; la caserne du Régiment de Sécurité ; le Seminario Episcopal ; les Ministères ; la caserne de cavalerie; l’Asile des Aliénés; l’Asile des Orphelins, l’Église presbytérienne, de style gothique écossais. 4^ nombre des monuments tout à fait réussis figure la cathédrale, qui ne ressemble à aucune autre église du Brésil, de pur style gothique; c’est une copie de la cathédrale de Barcelone. Cette église contraste avec toutes ses similaires, car extérieur et intérieur sont agréables et discrètement luxueux, sans cet excès d’ornementation qu’on remarque partout. La Santa Casa de Misericordia mérité aussi une mention spéciale. Lè Musée Paranaense, placé sous la direction d’un homme éminent et érudit, M. Romario Martin, contient de belles collections; dans une de ses dépendances, on trouve deux vastes laboratoires de chimie et de physique. A noter aussi, les établissements d’enseignement qui sont nombreux; le Lycée et diverses écoles modèles méritent d’être signalés. La presse est représentée par plusieurs quoti-

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diens, parmi lesquels : Â Republiça, 0 Pavana, Diaro da Tarde, etc., qui comptent de bons journalistes- Plusieurs grandes places égaient la ville : la place Tiradentes, en face de la cathédrale, un véritable parc, et le Paseio Publico sont les lieux préférés de la population.

V. — Celle-ci présente à Curityba, plus que dans toute autre ville du Brésil, les caractères ethniques de la population brésilienne de l’avenir. L’esclavage n’a jamais été très développé au Parana, où il n’y avait pas d’exploitation de canne à sucre. Le peu de nègres qu’il pouvait y avoir a disparu depuis longtemps, si bien que dans les rues de la ville comme dans l’intérieur, on ne voit que des gens au teint blanc, aux traits réguliers et on note plus qu’ailleurs des cheveux tirant sur le blond. Le facteur puissant du progrès de l’agriculture et du commerce paranaense est sans aucun doute l’élément polonais et allemand. A Curityba, la plus grande partie des maisons de commerce sont allemandes, partout on voit des enseignes aux noms allemands; cela n’implique pas que ces maisons soient étrangères, elles appartiennent seulement à des fils ou neveux d’Allemands, de Polonais et d’Italiens, l’Allemand restant l’élément dominant du commerce. Dans les magasins et les débits, auberges et restaurants, les employés et serviteurs ne sont plus Portugais ou insulaires des Açores comme dans les États du Nord, mais Polonais et Italiens. On note peu ou pas de cafés à Curityba; cela est dû à ce que la population riche et aisée fréquente beaucoup les clubs, qui sont nombreux. Le club Curitybano est des plus importants, disposant de locaux vastes et bien aménagés, avec une bibliothèque de près de 12.000 volumes.

Toute l’industrie de Curityba consiste en un certain nombre de fabriques de maté, de scieries qui se trouvent déjà à une certaine distance de la ville et d’une fabrique de boissons alcoolisées et gazeuses, de brasseries, de quatre filatures à Curityba dont une seule importante; la plus forte de l’État se trouve à Ponta Grossa. Près de la ville existe aussi la plus importante fabrique d’allumettes de tout le Brésil et peut-être de l’Amérique du Sud : la fabrique Eisenbaen et Hurliman, qui possède une forêt de pins pour son usage et a payé au gouvernement 1.000 contos É) d’impôt en une seule année.

(1) On sait déjà que le conto de reis vaut 1.610 francs, et le milreis 1 fr. 55.

Tr *

La vie est relativement bon marché à Curityba. Les loyers, surtout, y sont bien inférieurs à ceux payés à Rio ou -à Sâo Paulo. On peut avoir une petite maison ou quelques pièces pour 25 à 30 milreis par mois, une maison entière très convenable pour 55 à 75 milreis; nous avons vu un hôtel très vaste, composé de deux corps de bâtiment, ne payer que 200 milreis de loyer. Il y existe deux hôtels assez convenables, Dolsky et Grand-Hôtel dont le prix est de 6 à 7 milreis par jour. Les légumes, fruits et volailles abondent sur le marché; chaque matin les rues sont sillonnées de voitures de toutes formes venant des colonies qui environnent la capitale, lesquelles y apportent sous la conduite des filles ou des fils des colons, fromages, beurre, œufs, bois et verdure de toute sorte. Dans les quartiers excentriques, on ne voit que de lourdes charrettes conduisant la herva maté brute ou préparée, en sacs ou en barils, des chars transportant de pesants troncs de pin à destination du chemin de fer.

Voici les prix maxima atteints par quelques denrées sur les marchés de Gurityba : pomme de terre, 7.500 reis les 40 kilos; riz, 25 milreis les 60 kilos; haricots, 16 milreis les 120 litres; maïs, 22 milreis les 120 litres; lard, 11 milreis les 15 kilos; viande de porc, 9 milreis les 15 kilos; viande de bœuf, idem ; le charque ou viande séchée, milreis le kilo; oignons, 3 milreis les 15 kilos; farine de maïs, 7 milreis les 40 litres; café,' 9 milreis les 15 kilos; herva maté, 3 milreis les 15 kilos; vins du pays, 180 milreis les 500 litres; saindoux, 1.200 reis le kilo; la' bière de bonne qualité, 8 milreis la douzaine de bouteilles, il y en a à 6 et4milreis. Un bon poulet coûte de 1.000 à 1.500 reis, etc., etc.

VI. ~ Le Parana est, avec Sâo Paulo, TÉtat qui a apporté le plus d’attention et de soins à la question de l’immigration. Dans cet État, la grande majorité des colons sont Polonais, et ils perpétuent là leurs usages et leurs coutumes ; ce sont en général des colons actifs et persévérants, qui fournissent une bonne maind’œuvre. Il y a aussi beaucoup de colons allemands, mais en nombre moindre. Il y a dans tout l’État environ 80 colonies, tant particulières que fédérales ou estadoales. Dans les environs de Gurityba, il existe plus de 15 colonies éloignées de la ville de 3 à 20 kilomètres, les unes anciennes et émancipées formant en quelque sorte des faubourgs écartés. Ge sont ces dernières qui fournissentà la capitale sa main-d’œuvre, tant masculine que féminine pour ses

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fabriques; les autres sont de fondation récente. Tous les lots et habitations de ces colonies qui forment aujourd'hui des centres plus ou moins compacts, respirent Taisance et la prospérité. Nous en citerons quelques-unes : Argelina, à 3 kilomètres, habitée par des colons allemands, italiens et brésiliens; Sâo Ignacio, à 6 kilomètres, Polonais; Santa Candida, Polonais, Allemands; Orléans, à 10 kilomètres, Polonais, Galiciens ; Dom Pedro, à 15 kilomètres. Allemands de Silésie et Suisses français; Dom Augusto, à 12 kilomètres, Silésiens; Sâo Ignacio, Silésiens et Brésiliens; Santa Felicidade, à 5 kilomètres. Italiens et Polonais; Abranches, à 12 kilomètres, colons de nationalités diverses; de même qu’à Affonso

Penna, à 12 kilomètres, etc. Dans toutes ces colonies, nous n’avons trouvé que peu de Français; la plupart occupent diverses fonctions aux chemins de fer du Parana, et S. P. R. G., d’autres sont petits commerçants.

Quelques colonies eurent leur développement initial arrêté par des erreurs d'organisation; des lots furent mal délimités tout d'abord; puis on a localisé des colons sans famille, sans la moindre connaissance ni aptitude pour l’agriculture. On introduisit aussi beaucoup d’éléments inquiets et perturbateurs^ animés de passion politique, natures haineuses et révoltées, irrespectueuses des pou-

Parana.

— Types de maisons de colons polonais.

voirs et des lois du pays. Les réclamations sont incessantes de la part de ceux qui, sans la moindre notion d’agriculture, et surtout par paresse, attendent tout du gouvernement en esquivant un travail quelconque. Ces mauvaises recrues n’attachent aucune importance à l’aide et aux secours fournis par l’État. Un exemple: un colon avait reçu une grande quantité de semences, et cependant son lot était inculte. Lorsqu’on lui demanda ce qu’il en avait fait, sa femme répondit avec désinvolturé : « Les semences, eh bien, nous les avons mangées ». Tous ces déchets sont dus au système de recrutement direct par des agents officiels. En général, ce système qui engage le nom et la responsabilité de l’État dans des opérations onéreuses, n’amène dans les ports du Brésil que des éléments médiocres, souvent imbus de dangereuses doctrines, mendiants et vagabonds dont le nombre remplit surtout les clauses du contrat et donne satisfaction aux agents ou à leurs préposés" qui touchent une certaine prime par individu. Ce système,-sauf quelques exceptions utiles, est aujourd’hui abandonné, et les mauvais éléments disparaissent d’eux-mêmes peu à peu, ce qui est un bien pour les colonies. Ceux qui restent senties meilleurs éléments de propagande.

L’aide qu’offre aux nouveaux colons le gouvernement du Parana n’est pas à dédaigner. Pour son alimentation pendant les premiers six mois jusqu’à la récolte et la vente de ses produits, l’immigrant a droit à un secours de 600 reis par jour par adulte et enfant au-dessus de sept ans, et 300 reis par jour par enfant de 3 à 7 ans. Il reçoit gratuitement des semences diverses, des plants d’arbres fruitiers et forestiers, des plants de vigne que nous avons vu distribuer en abondance (i), ainsi que tous les instruments agricoles indispensables. Pour l’aider davantage, le colon est employé plusieurs jours par semaine à tour de rôle pour les travaux d’intérêt général pour lesquels il reçoit un salaire de 3 milreis par jour. Celui-ci est remis chaque samedi avec les secours alimentaires sous forme de bons avec lesquels il peut se procurer ce dont il peut avoir besoin, l’excédent de ses dépenses devant lui être remis en espèces par les commerçants

(1) La vigne vient très bien au Parana, on commence à la cultiver sur une assez grande échelle; le vin- ordinaire, sans doute mal préparé encore, a un goût de framboise. Aux environs de Gurityba, nous avons visité un important et beau vignoble appartenant à un Français, M. Poplade, qui, outre beaucoup de vin et de raisins, fournit des plants pour tout l’Etat.

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des colonies. Le gouvernement de Parana a eu la faiblesse de continuer les secours de vivres plus d’un an à ‘ des paresseux et des incapables; il faillit y avoir une émeute le jour où ces secours furent supprimés, sous l’excitation de quelques anarchistes qui disparurent peu après. Un certain nombre ne commencent à travailler que lorsqu’ils voient que les secours vont cesser.

Par contre, les deux tiers des colons sont laborieux à des degrés divers, et à côté de lots qui n’avaient guère changé d’aspect entre certaines mains, nous en avons vu de très bien cultivés et en plein rapport. A Affonso Penna, colonie nouvelle, nous avons

ClIEMIX DE FER DU PaEANA.

Viaduc Carvalho. Tunnel du Pico do Diabo.

remarqué des lots ayant quintuplé et décuplé de valeur dans l’espace de quatre mois et un an. Parmi ceux-là, on trouvait ceux de plusieurs Suisses, d’un Français et d’un Belge dont les lots se faisant face étaient les plus beaux de la colonie. Le ministre des Travaux Publics et de la Colonisation qui nous accompagnait était heureux de nous les présenter; ces colons travailleurs, qui sont déjà récompensés par les bénéfices qu’ils tirent de leurs exploitations, sont assurés de toutes les faveurs et du concours du gouvernement. Quelques lots russes et espagnols étaient aussi en plein progrès. Mais c’est là surtout que tout dépend de l’activité et de l’initiative de l’homme.

VIL — Après Curityba, nous voulons visiter Paranagua et Antonina, deux ports, deux centres commerciaux situés dans la même baie. Curityba est séparé de Paranagua par la graude

barrière naturelle que forme la serra do Mar, entre le littoral et le premier plateau. Pour atteindre ce port, il a fallu construire une ligne ferrée de 111 kilomètres qui est une merveille d’audace et d’ingéniosité. La ligne de Paranagua à Curityba et celle de Santos à Sâo Paulo sont les plus célèbres constructions de toute l’Amérique méridionale ; on se demande comment on a pu les mener à bonne fin. A Santos, ce sont des plans inclinés qui escaladent le Cubatâo; pour Paranagua à Curityba, c’est une suite de tunnels, de galeries, de ponts accrochés d’une manière invraisemblable aux flancs des montagnes ou suspendus sur des abîmes de végétation. Cette dernière ligne est certainement la plus merveilleuse, par l’originalité et la hardiesse de son tracé; il est indéniable que le parcours, opéré par un temps clair, soulève une rare émotion, un vrai enthousiasme par les aperçus terrifiants et les admirables spectacles qu’on y découvre. C’est à partir du kilomètre 85 qu’on commence à descendre la serra; peu après on aperçoit le Pico do Diabo, pointe de montagne dont une galerie perce le granit; le spectacle à cet endroit est magnifique. Après avoir passé au kilomètre 65 un précipice, au fond couvert d’une végétation humide et mystérieuse et auprès duquel on remarque une croix rappelant le dénouement dramatique d’une haine politique, on atteint le viaduc Carvalho. Ce n’est pas là un pont ni un viaduc, mais une terrasse accrochée au flanc de la montagne dont elle accompagne les sinuosités ; aucune barrière ne sépare le train de l’abîme qu’il longe. Plus loin, c’est le pont Sào Joào, une toile d’acier rigide qui réunit un mont à un autre, et dont les piliers de fer soutiennent le tablier à 50 mètres au-dessus d’un abîme de roches et de verdure. Puis c’est encore une succession de tunnels, de cascades qu’on frôle et dont la plus belle est le Veo de Noiva, (voile de mariée). On arrive enfin à Morrettes, située au fond de la vallée de Nhumdiaquara qu’on dominait depuis longtemps après une descente rapide.

Morrettes est une gracieuse petite ville entourée de quelques collines, sur la rive du Nhumdiaquara; c’est le centre de quelques colonies autrefois peuplées par des Allemands venus de S. Catharina, qui gagnèrent peu à peu Curityba. Ces colonies sont aujourd’hui occupées par des Italiens et des Brésiliens; les terres sont des plus fertiles et conviennent admirablement à toutes les

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€ultures. On commence à y faire, ainsi que dans une partie de la zone littorale, des plantations de bananes, dont on exporte de grandes quantités pour l’Argentine. C’est de Morrettes que part un petit embranchement de 16 kilomètres conduisant à Antonina, bon port situé au fond de la baie de Paranagua, et concurrent du port de ce nom. La ville a un joli aspect, elle s’étend sur les pentes de quelques collines, sur les bords du rio Cachoiera. La population, hospitalière et courtoise, est plutôt paysanne; elle peut s’élever à 8.000 ou 9.000 habitants. Cette ville, qui est un peu en décadence, car le chemin de fer lui a retiré une partie de son trafic, possède encore d’importantes maisons de commerce. Il y existe divers établissements industriels parmi lesquels deux engenhospour préparer le maté et un engenho central pour le riz de la région. L’exportation du bois de l’État se fait en partie par ce port, parce que les navires peuvent se rapprocher davantage de la rive. Tout près d’Antonina, dans la vallée de Cachoeira, il existe des mines de fer et manganèse, d’une richesse invraisemblable. Pour l’exploiter pratiquement, il faudrait une petite voie ferrée de 2 kilomètres, qui amènerait le minerai au rivage, car les transports sont difficiles.

VIII. — Paranagua est le principal port du Parana, par lequel il exporte une grande cjuantité de ses bois et de sa herva maté. Ce port est situé sur un bras de mer, formé par la baie, à Tembouchure du rio Itibéré qui baigne l’ancienne ville. Les nouvelles constructions s’étendent de plus en plus vers le Porto D. Pedro ou Porto de Agua, où, à l’aide de petits wharfs en bois, les navires peuvent embarquer et débarquer leurs marchandises. Cette partie de la baie est plus profonde, et la logique exigerait que tout le trafic se fasse sur ce point, car l’Itibéré est en partie obstrué par la vase et les alluvions, malgré les dépenses d’un service de dragage. Les négociants exportateurs et agents de navigation ont construit à Porto de Agua de grands magasins qui possèdent chacun leur wharf ; il suffirait de construire un môle ou des quais en bois pour faciliter le trafic; les négociants ont offert de le construire à leurs frais contre certains avantages, mais le gouvernement a refusé, car ce sont des quais en maçonnerie qui sont prévus... dans l’avenir. Le voyageur s’étonne surtout à la vue d’un magnifique édifice surmonté d’un belvédère et flanqué de deux beaux et vastes magasins. C’est la nouvelle douane, palais inutilisé, car

faute d’un Avharf en bois d’une cinquantaine de mètres, les marchandises ne peuvent y être débarquées ; le gouvernement, pour des motifs ignorés, ne veut pas le construire et il laisse inoccupés magasin et douane qui ont coûté des sommes considérables; peutêtre tomberont-ils en ruines avant qu’on en tire parti. La douane actuelle fonctionne dans un vieil édifice, ancien collège des Jésuites. Il existe un petit tram^vay qui conduit à Porto de Agua; la distance n’est d’ailleurs pas considérable.

La vieille ville portugaise a un aspéct calme et mélancolique de ville de province, mais nullement désagréable; il y existe même quelques belles constructions, entre autres, la Municipalité et les habitations de riches négociants ou fonctionnaires. Nous avons été surpris de voir l’exiguïté de la gare du chemin de fer du Parana; quand il y a affluence à l’arrivée ou au départ des trains, beaucoup de personnes doivent rester dehors ; les magasins sont tellement petits que les expéditeurs se voient refuser leurs marchandises jusqu’à ce qu’il y ait de la place. Le tout est très insuffisant et nuit considérablement au trafic de la ligne. Paranagua n’a guère plus de 6.000 habitants; cette ville ne se développera qu’en s’agrandissant vers Porto de Agua, et ce, lorsqu’on se sera décidé à améliorer le port, qui est un des meilleurs de la côte.

Parmi les villes principales de l’État de Parana figurent encore Campo Largo, Palmeiras, Guarapuava, Lapa, Tibagy, Rio Negro sur le fleuve de ce nom, où il existe un modeste service de navigation; Pvio Negro est relié à Serrinha par une ligne ferrée de 89 kilomètres. Un autre petit embranchement de 9 kilomètres conduit de la station de Restinga Secca à Porto Amazonas, sur le rio Iguassu (1.600 kilomètres de cours), où existe un assez bon service de vapeurs fluviaux desservant les ■divers centres assis sur le fleuve jusqu’à Porto Uniâo da Victoria, qui dépend aujourd’hui de Santa Catharina.

IX. — On ne connaît pas beaucoup les richesses du sous-sol de Parana, aucune étude sérieuse n’en a jamais été faite. On y trouve cependant de l’or en beaucoup d’endroits, du fer, des diamants et du charbon (plutôt du schiste bitumineux). Dans le rio Tibagy, qui naît dans la comarca de Curityba pour aller se jeter dans le rio Paranapanema, comme sur les rives de plusieurs de ses affluents, dont le Papagaios, il existe des gisements d’or et de

ÉTAT DE PARANA

diamants. A Gruarda Velha, lieu situé à 3 kilomètres en dessous delà paroisse de Tibagy, on trouve, dans les graviers d’un mont, des diamants petits comme tous ceux du Tibagy, mais d’une belle eau. Sur les rives de l’Ivaby, rio qui naît dans les Çampos de Guarapuava, de même que sur ses petits affluents, Bomfim, Tinto, Capivary, Tbua, on a trouvé des agates et autres pierres précieuses mais surtout des gisements de minerai cuprifèi-e et du fer magnétique en abondance.

La serra Dourada, qui est proche des Campos de Guarapuava,

Pakana. — Quais de Paranagua.

est riche en or, qui n’a jamais été exploité. On trouve encore du mercure àPalmeiras, de l’or à Assunguy, Veluxerava,.Sâo José dos Pinhaes, dans le Yapo, Marumby etc; du plomb à Cerro Azul, de l’argent dans la serra da Prata, au sud de Paranagua. A Cupim, dans le municipe de Ponta Grossa, près de l’endroit nommé Santa Antonio de Imbituva, il y aurait des gisements d’excellent charbon, de pétrole et de sulfate double d’alumine ; il en est de même dans tout le municipe de Guarapuava, où les mines sont considérées comme des ramifications de celles de Ponta Grossa, etc.

X. — L’Etat de Parana possède un sol d’une fertilité incomparable, arrosé par un grand nombre de rivières et propre à recevoir toutes les cultures ; il a d’immenses pâturages, et cepen-

"Vif.

dant tout reste à faire dans l’industrie de l’élevage et les boeufs viennent du dehors, il importe du riz quand il pourrait en récolter. Il n’est pas question des haricots, du maïs, de l’orge, qui viennent bien partout ; ‘la culture du blé serait une source de richesse pour cet État. Il y a prés d’un siècle,, cette culture a été très florissante au Rio Grande do Sul et dans les Campos Geraes du Parana; elle fut depuis abandonnée, carie blé était atteint d’une maladie qu’on nomme rouille (ferrugem). On s’occupe maintenant d’entreprendre cette culture dans beaucoup de zones tempérées de l’Etat, mais sur une trop petite échelle, car on craint toujours la rouille, à laquelle on n’a pas sérieusement cherché de remède. Dans les colonies que nous trouvâmes lors de notre voyage de Ponta Grossa à l’Uruguay, nous vîmes de beaux champs d’orge et de blé, par exemple à Iraty, à Gonçalves Junior, àLegru et àCalmon; toutefois, la récolte est encore bien loin de suffire aux besoins des colons. Il faut espérer que, dans peu d’années, les diverses colonies du Parana pourront fournir assez de blé pour la consommation de l’État.

Pour l’instant, on peut dire que les ressources du Parana sont tirées de ses deux grandes richesses naturelles: les hervaes, dont nous allons parler, et d’où il tire le maté qui forme sa principale exportation ; en second lieu, de ses immenses forêts de pins, araucarias brasiliensis. Ces forêts'' ou pinheraes, sont particulières au Parana, elles s’étendent maintenant au delà de Santa Catharina jusqu’au Rio Grande; elles renfermeraient plusieurs centaines de millions de ces pins si imposants et si curieux. Ce sont des arbres de 30 à 35 mètres de hauteur et de 1“,60 de diamètre qui se terminent par un diadème de branches horizontales. Ces arbres sont placés à 2 mètres à peine les uns des autres; les noeuds en sont extrêmement durs et servent pour chauffer les machines de la S. P, R. G., mélangés au charbon.

L’exploitation de ces forêts est encore imparfaite; il existe actuellement 120 scieries dispersées un peu partout dans les forêts du sud-ouest et du nord; elles débitent chaque année un nombre considérable de ces pins magnifiques où tout est utilisable. De grands espaces, aujourd’hui déboisés, étaient, il y a peu de temps encore, couverts de ces arbres. Avec l’imprévoyance habituelle d’un grand nombre de Brésiliens, qui considèrent

ÉTAT DE PARANA

comme inépuisables des richesses qui peuvent être exploitées durant une cinquantaine d’années, on ne replante pas; il se peut donc qu’une exploitation plus intensive amène la disparition totale des pinheraes. Cette éventualité est toutefois encore lointaine, car en raison des difficultés de transport — on a rarement la voie ferrée à sa disposition et ses tarifs sont élevés — l’exportation, et par conséquent l’exploitation, n’ont pas encore pris le développement qu’elles pourraient atteindre. Arrivés âParanagua, les

Parana. — Scierie dans une forêt de pins,

pins débités en planches, poutres, madriers^ douves et caisses préparées, ne trouvent, pas toujours à être embarqués et les prix de transport augmentent les prix de vente. Cela est si vrai qu’en nombre d’endroits sur le littoral le bois national est fâcheusement concurrencé par des bois de l’Amérique du Nord ou de Norvège, cependant inférieurs comme qualité. Cela tient à des causes diverses où la question des transports et les organisations défectueuses entrent pour beaucoup. A Manaus et au Para, on emploie en quantité, pour expédier le caoutchouc, des caisses qui sont achetées aux États-

Unis; un industriel du Parana en a offert de semblables a un prix très inférieur, naturellement il obtint de très fortes commandes; eh bien, pour des raisons que nous ignorons, ces caisses démontées attendent depuis, des mois et des mois, dans un hangar de Paranagua, qu’on veuille bien les transporter.

L’exploitation des bois de pins du Parana pourrait donner d’énormes bénéfices ; malgré ses imperfections, cette industrie a donné la vie à beaucoup de points inhabités du territoire, et nourrit beaucoup de monde ; on pourrait faire beaucoup mieux.

XI. — C’est surtout de l’exportation du maté, le thé du Parana^ ou thé du Brésil comme on le nomme, que l’État tire d’importants revenus. Ce maté est pour l’État de Parana ce qu’est le café pour Sâo Paulo, la cacao à Bahia et le caoutchouc au Para et dans l’Amazonas.

Le maté ou lier va maté, qui joue un rôle prépondérant dans l’alimentation de différents peuples de l’Amérique du Sud où il possède plus de quinze millions de fervents consommateurs, ne fait que commencer à s’implanter en Europe où, il y a peu de temps encore, on ne le trouvait que dans les pharmacies. La consommation n’en est pas encore très grande, mais il est permis de croire que le trafic en deviendra plus important lorsque la herva m.até sera plus connue et ses vertus plus appréciées. A l’heure actuelle cependant, la grande majorité du public ignore ce qu’est le maté, ses propriétés, où et comment on le récolte, la manière curieuse dont il est préparé. Pendant notre voyage de 642 kilomètres de Ponta Crossa à l’Uruguay, par le chemin de fer Sâo Paulo-Rio Grande, puis sur le tracé de cette ligne, nous avons visité de nombreuses exploitations de herva maté ; outre cela, un séjour antérieur de plusieurs mois dans les hervaes (É de Tacurupucu (Paraguay), de l’Igatimi, de Gairâo et de l’ita Géra (État de Parana), nous permet de donner à ce sujet quelques renseignements pratiques.

La herva maté, ou caa-mi des Indiens Guaranis, est le produit d’une sorte de houx, l’Ilex paraguayensis de Saint-Hilaire. Comme matière commerciale, les feuilles sont improprement connues sous le nom de herva, du mot guarani caa, qui veut dire herbe, ce nom s’étend à l’arbuste qui le produit. Celui-ci, qui appartient

(1) Pluriel de herval, exploitation ou endroit où se trouvent réunis beaucoup d’arbres à maté.

ETAT DE PARANA

à là même famille botanique que le houx, atteint une hauteur moyenne de 5 à 6 mètres, et parfois assez rarement 8 et 10 mètres. Le tronc de l’arbuste est couvert par une écorce blanchâtre, et les branches, comme toutes les autres parties de l’arbre, ont un aspect velouté ; les feuilles sont d’un vert sombre de 3 à 7 centi-

Paeana. — Ai'biiste à maté.

mètres de largeur sur 1 à 3 . de large. Le maté croît dans les régions tempérées, situées entre le 20® et le 30® degré de latitude sud, où il semble préférer les altitudes de 300 à 1.000 mètres. Il vit depuis le territoire de Misiones (République Argentine), dans la partie du Paraguay baignée par le Parana, dans tout le Brésil méridional qui semble son habitat préféré, car on le rencontre dans les États de Parana, Santa Catharina, Rio Grande do Sul et

Matto Grosso, sur une étendue qui n’a pas encore été complètement déterminée. Cet habitat est en même temps celui du majestueux pin araucaria avec lequel le maté se mélange dans la forêt.

XII. — La grande valeur du maté réside dans ses feuilles, qui, réduites en infusion, donnent une boisson comme le thé, aussi agréable, mais possédant de plus grandes vertus hygiéniques. Depuis les temps les plus reculés, les Indiens des régions citées, plus haut connaissaient les qualités de ces feuilles ; ils faisaient dans de grandes cuves en terre cuite des' infusions qu’ils se partageaient ensuite à l’aide d’une calebasse.

Les Jésuites, qui, jusqu’en 1774, jouirent dans le pays du privilège exclusif d’exploiter la herva maté, furent les vrais vulgarisateurs de cette boisson. L’usage de l’infusion de maté fut adopté rapidement et généralisé parmi les peuples latins d’Amérique. Indigènes et colons surent apprécier les vertus de ce produit ; ils avaient à leur disposition la coca et les feuilles de Vllex, mais le maté est devenu, pour tous, l’élément indispensable; la coca est restée le privilège des Indiens Aymaras et Quechuas des hauts plateaux de Bolivie et du Pérou, elle trompe leur faim et elle répare leurs forces. Le maté remplace chez les populations de l’Amérique du Sud, les aliments végétaux; on le trouve partout sur la table du Brésilien, de l’Argentin, du Chilien, du Bolivien, de l’ Uruguayen, qui consomment chaque année 50 millions de kilos de maté du Brésil.

Nous ne reproduirons pas ici l’opinion ou les , résultats des observations de nombreux savants, ce qui nous entraînerait hors du cadre de cette étude de vulgarisation ; il nous suffira de dire que Dujardin-Beaumetz, Jobert, Bouant, Marvaud, Doublet, Espery, Courtier, d’Arsonval, Moreau de Tours, etc., etc., sont d’accord pour mettre le maté au premier rang des aliments d’épargne, digestifs, stimulants et assimilateurs par excellence ; son pouvoir laxatif, sudorifique et diurétique accélère les fonctions de l’organisme. Ses propriétés toniques et excitantes permettent de supporter un jeûne prolongé, et il trompe la faim. C’est la véritable boisson des climats débilitants et des bourses pauvres; possédant les qualités excitantes du café, il ne cause pas d’énervement. Dans les pays cités plus haut, des distributions obligatoires en sont faites aux troupes. En ce qui nous concerne, nous avons maintes fois observé dans la pampa, chez les gauchos.

ÉTAT DE PARANA

aussi bien que chez les monteiros (travailleurs des forêts /herbateiros et bûcherons), que nous voyions revenir au camp, harassés et en sueur, qu’il leur sufi&sait de quelques calebasses de maté pour recouvrer bonne humeur et vigueur; ils étaient disposés à reprendre leur tâche avec une nouvelle ardeur. Vivant de la même vie que nos travailleurs, également buveur de maté, nous pouvons en attester, par expérience, les bienfaisants effets. Bien souvent nous n’avons pas eu d’autre aliment. Ajoutons encore que les Basques et les Italiens, qui sont certainement les Euro-

Parana. — Herva à flamber.

péens les plus vigoureux et les plus actifs de l’Amérique du Sud, sont des férvents du maté.

XIII. — Revenons maintenant aux hervaes. Ils sont de deux sortes ; ceux qui appartiennent à des Sociétés ou à des particuliers, exploités régulièrement et déjà nombreux auprès des centres habités, et les hervaes vierges à découvrir dans la forêt. Ces derniers, achetés ou livrés à l’État, sont par la suite exploités comme les premiers. L’exploitation des arbres se faisant en taillant les branches pour utiliser les feuilles, les arbres, après avoir été complètement élagués, doivent être laissés trois années, temps nécessaire pour qu’ils se recouvrent d’un nouveau feuillage. Pendant ce temps, les hervateiros exploitent d’autres arbres ou se mettent à la recherche d’une herval vierge.

Pour cette opération, on réunit de dix à quinze hommes.

habitués à la vie de la forêt, car pour trouver un herval valant la peine d’une exploitation, il faut très souvent traverser de longues régions désertes et l’exploration ne se fait qu’au, prix de grandes fatigues, pour les hervateiros, leur chef et leur capataz (contremaître), qui de fort loin doivent rapporter le produit de leur récolte. Ces hommes s’enfoncent dans la forêt avec quelques provisions de haricots, de riz, de carne secca et de sel pour leur subsistance. La chasse seule variera ce menu.; les tentes sont simplement formées par des bâches passées sur des branches et tendues sur le sol.

C’est une vie rude et pénible que celle des hervateiros descubridores, car aux fatigues et aux privations s’ajoutent les mille tortures des insectes et c’est là, à notre avis, ce qu’il y a de plus insupportable. Mais le personnel hervateiro du Parana est fait pour cette existence; les hervateiros sont en effet difficiles à remplacer, car aucun Européen surtout ne résisterait comme eux aux fatigues, ne se contenterait de la solde et de l’alimentation qui leur sont accordées. En échange, ce sont bien les travailleurs les plus inconstants qui existent, difficiles à soumettre à un travail régulier et persévérant. Il ennuie et fait fuir ces hommes : ils aiment mieux peiner plusieurs mois dans la forêt, mangeant et dormant mal, assaillis par les insectes de tout genre, après quoi ils descendent faire les lézards dans un centre habité quelconque, que travailler moins péniblement mais plus régulièrement dans une colonie agricole.

La forêt de l’ouest du Parana ne s’interrompt que par de rares éclaircies nommées campinas, lesquelles sont comptées. Le caractère de cette forêt ne change pas, même lorsqu’on passe de la forêt vierge commune à ce que l’on nomme pinheiraes ou forêts d’araucarias brasiliensis. Le sol est coupé çâ et là par de nombreux ruisseaux, toujours occupé par d’impénétrables maquis formés en partie par des tacuaras-tacuapi (sorte de bambou aux usages multiples), des nhapindaes (espèce d’acacia fort épineux) et surtout des lianes innombrables, des ésipos, mais principalement le tacuarambo, graminée de la forêt qui s’accroche aux arbres et les couvre comme d’un immense voile aux dentelles capricieuses; cette liane constitue parfois des rideaux si épais qu’il se forme des réduits assez obscurs pour qu’on ait pu y développer des clichés photographiques.

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XIV. — Lorsqu’un ou plusieurs hervaes sont découverts, le chef herbateiro en commence immédiatement l’exploitation, on demande ensuite au gouvernement ou aux autorités les plus immédiates, la consécration nécessaire. Les chefs hervateiros revendent généralement leurs récoltes à une société commerciale ou à une marque quelconque qui en achèvera les préparations par des moyens mécaniques, et qui se charge d’écouler le produit à l’intérieur ou de l’exporter à l’étranger. Dans ce cas, les patrons passent avec ces sociétés des contrats par lesquels ces dernières s’engagent à leur acheter .leur récolte en leur laissant

Pap.ana. — Herva au carijo.

un bénéfice qui n’est jamais inférieur à un milreis par 10 kilos. L’exploitation d’un herval, qu’il soit stable ou non, se fait d’une manière simple et primitive suivant les ressources restreintes du milieu. On commence par débarrasser l’arbuste de toutes les plantes qui l’entourent, puis vient la première opération, celle de la taille ou poda. Les opérateurs grimpent aux arbres et, avec leur machete ou facào, ils coupent le feuillage et les branches jusqu’à 2 à 3 centimètres de diamètre, il ne reste plus de l’arbre que le tronc et les branches principales. Après une semblable mutilation, il ne faut pas s’étonner si l’arbuste a besoin de 3 ans pour se refaire.

Une fois tout coupé, les branches sont ramassées et subissent

leur première opération qui consiste à les soumettre à l’action d’un feu intense de bois sec. Protégés par une barricade de troncs d’arbres ou de boucliers en bambou, les ouvriers se rapprochent le plus possible du brasier, sur lequel ils passent rapidement et une à une les branches de maté, cela s’appelle sapecar, et il faut éviter l’action prolongée delà chaleur. L’opération s’achève lorsque les feuilles ont pris une couleur vert sombre un peu jaunâtre. En peu d’heures, les ouvriers ont flambé des monceaux de branches; cette première torréfaction a pour objet d’éviter que la feuille ne se flétrisse sous l’action des agents atmosphériques. La herva sapecada est ensuite amenée au campement central à l’aide de hottes en bambou nommées rairo. Chaque charge de 60 kilos est remise à un contremaître qui prend note du poids de la herva livrée.

Une fois la herva réunie au camp, on procède au séchage définitif des feuilles qui s’opère de deux façons. Pour la première, on construit un carijo, sorte d’immense gril primitif, composé de traverses grossières en bois, longues de 3 à4 mètres, placées sur des fourches de 2 mètres de hauteur. La herva groupée en petites bottes est placée sur le carijo, sous lequel on allume plusieurs feux.' La herva est alors soumise à une longue torréfaction de vingt-quatre heures consécutives, d’autres fois elle se pratique à plusieurs reprises; la nuit est préférée, le carijo est protégé par une toiture rustique ou par une bâche, contre les intempéries. On évite naturellement d’y mettre le feu, ce qui malgré tout arrive parfois ; ce séchage est évidemment primitif, et on a essayé de l’améliorer, déjà on a construit près des centres habités plusieurs fours donnant un produit excellent et obtenant un prix de 50 p. 100 plus élevé que celui de la herva de carijo. Mais en général le carijo est remplacé par le barbacuâ.

XV. — Le barbacuâ est une construction de branches entrelacées qui couvre, en forme de demi-lune, un trou pratiqué dans le sol; il est couvert par une toiture de bambous tacuaras et de feuilles de palmier. Le trou est la bouche d’un conduit qui se fait par dessous terre à une certaine distance du barbacuâ, à l’extrémité duquel on maintient un feu constant, la chaleur sortant par le trou. Un homme appelé uru surveille cette opération, retournant de temps en temps avec un bâton la herva qui sèche. La torréfaction achevée au bout de quatorze ou seize heures, la herva

ETAT DE PA R AN A

est jetée sur la cancha qui est un espace du sol dépourvu de végétation et uni. Sur cette aire, la lierva est battue à coups d’un gros bâton ayant une arête aiguisée, nommé façào de malhar. La cancha diffère suivant les endroits; c’est tantôt un mortier, tantôt un immense baquet dans lequel tourne une roue verticale eu encore une aire rectangulaire d’un mètre de large, close de chaque côté par deux parois de pieux; un homme armé de son bâton est placé à chaque extrémité. La herva ainsi triturée et broyée est dite cancheada ; elle peut être empaquetée et vendues Une première qualité est obtenue dans des usines ou engenho.

Parana. — Un barbacuâ.

qui s’installent, maintenant, un peu partout; là, le maté subit un complément de préparation, les feuilles sont débarrassées des menues brindilles et passées dans des tamis mécaniques; il est rebroyé au moyen de pilons mus par des moulins à eau, à vapeur ou électriques. C’est là que le maté est préparé suivant le goût des consommateurs américains. Il existe, dans tout l’État, 32 de ces engenhos dont 15 pour Curityba seulement; les plus importants sont ceux de David Carneiro, Fido Fontana, Manoel de Macedo, da Veiga, Miro et C°, X. de Mirandas, Babrego et França et divers autres.

Dans le herval, la herva cancheada est déposée dans un hangar ou hutte en branchages bien close, sur un plancher fait de lianes très fines qui se nomment nogue, lequel est porté par des pieux

de 50 centimètres au-dessus du sol, afin que la lierva soit à l’abri de l’humidité. Le noque peut contenir environ 2.000 kilos de herva préparée ou herva barbacuâ. En sortant du noque, le maté est mis en bruacas ou surroes, sacs faits de morceaux de cuir frais et cousus cà l’aide de fils de cuir. Le surrâo se remplit mouillé, puis il est cousu; sous l’action du soleil, le cuir se contracte et comprime le maté; les surroes pèsent de 60 à 140 kilos. Dans les usines d’élaboration, on emballe le maté dans des barriques faites de douves en pin" du Parana, ou bien dans des boîtes en fer-blanc, qui sont plus agréables à la vue que les surroes velus. Le transport de la herva du noque aux engenhos se fait à dos de mules, ou à l’aide de charrettes traînées par des boeufs ou des mules et il doit être accompli par temps sec.

XVI. — La crise passagère qui a atteint en 1907 et 1908 les produits brésiliens, tels que le café et le caoutchouc, n’a pas atteint le maté, qui est resté produit rémunérateur, aussi bien pour les patrons hervateiros que pour les fabriques d’élaboration, en dépit des bas prix auxquels le maté est présenté sur les marchés, ce qui met le produit à la portée de toutes les classes sociales. Son prix moyen de fabrique est de 200 à 340 reis le kilo pour l’exportation; il subit, de ce chef, un droit de sortie de 450 reis par 10 kilos. Cet impôt rapporte à l’État de 15 à 1.700 contos par an. D’après un tableau officiel, le prix moyen du kilo de maté rendu à bord est de 460 reis, soit 0 fr. 75 au change actuel, et ces prix se sont maintenus depuis dix ans avec des variations insignifiantes.

Pour en terminer avec le maté, il n’est pas inutile de donner le chiffre de la production de ce produit pendant ces dernières années, afin de montrer le développement pris par une industrie longtemps négligée et peu encouragée. ^

L’exportation du maté fut, en 1905, de 41.110.930 kilos; en 1906, de 57.796.403 kilos; en 1907, de 52.652.747 kilos; en 1908, de 45.314.625 kilos; en 1909, de 58.017.850 kilos, d’une valeur de 45 à 48 millions en chiffres ronds. Aces chiffres, il faut ajouter 13 millions de kilos de consommation locale.

Les États de Rio Grande do Sul et de Matto Grosso en produisent aussi une certaine quantité, mais c’est le Parana qui est le grand fournisseur de ce produit; car il donne, à lui seul, les huit dixièmes de maté exporté.

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XVII. — C’est, dans l’État deParana, à sa frontière avec l’Argentine et le Paraguay, que se trouvent les chutes d’eau les plus remarquables du Brésil, telles que VIguassu, la plus grande cataracte du monde. L’Iguassu est de 60 pieds plus élevée que la cataracte du Niagara, approximativement trois fois plus large, et son volume d’eau de 60 p. 100 supérieur. Cette cataracte découverte depuis peu, du moins par les géographes, est deux fois plus grande que la cataracte du Zambèze, la Victoria Falls. Elle offre au touriste un spectacle incomparable avec ses chutes nombreuses et de hauteurs différentes dont une de 68 mètres.

Parana. — Surroes de maté sortant du noque.

Quelques chiffres établiront la comparaison avec les grandes cataractes connues :

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