‹ Au Brésil: De l'Uruguay au rio São FranciscoChapitre 44 sur 69 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

ÉTAT DE RIO GRANDE DO SUL

I. De Ponta Grossa à l’Uruguay. — II. Superficie, aspect, zones du Rio Grande. — III. Le climat. — IV. De l’Uruguay à Passo Fundo, les routes. — V. Les voies ferrées du Rio Grande. — VI. Transports terrestres et fluviaux, flottage du bois. — VIL Porto Alegre. — VIII. Anciennes et nouvelles colonies. — IX. Agriculture rudimentaire. — X. Produits des zones coloniales. — XL Culture de la vigne, industrie viticole. — XII. Les centres de population de la « Serra ».

1. — Du Parana, nous nous rendîmes au Rio Grande do Sul par terre en empruntant le chemin de fer Sâo Paulo-Rio Grande en trafic jusqu’à la station d’Afîonso Penna. De Ponta Grossa à Porto Uniâo da Victoria, limite actuelle de l’État de Santa Catharina, il y a 263 kilomètres (i) que l’on franchit à une allure raisonnable variant de 25 à 30 kilomètres à l’heure ; heureusement que les sujets d’observation ne manquent pas en route, le temps ne paraît donc pas trop long. Peu de temps après avoir quitté Ofjicinas, où sont les ateliers de la Compagnie, la voie ferrée pénètre dans la forêt de pins araucarias; ce n’est pas la forêt épaisse, touffue, monotone, mais une succession de bois coupés de vastes campinas, de vallées plus ou moins boisées, où s’élèvent çà et là les maisons de bois de quelques caboclos. C’est sur ces lignes nouvelles qu’on peut le mieux se rendre compte de la valeur des voies ferrées comme facteur de peuplement. Sur tout ce parcours, autrefois désert, où l’on ne trouvait que quelques campements de hervateiros, nous avons compté onze agglomérations, dont quatre ou cinq déjà importantes comme : Entre Rios, Fernando Pinheiro, Iraty, Paulo Frontin, etc.

(1) Le parcours total de la ligne Sao Paulo-Rio Grande est de 894 kilomètres de Itararé, frontière de Sào Paulo au fleuve Uruguay, frontière du Rio Grande do Sul et de Santa Catharina.

ETAT DE RIO GRANDE DO SUE

Uniào da Victoria, où nous arrivons après neuf heures de voyage, est déjà une petite ville, c’est d’ailleurs un centre ancien. C’était le point terminus de la navigation fluviale sur le rio Iguassu, l’arrivée du chemin de fer en fit un centre actif destiné à un certain avenir. La ville est située sur la rive gauche de riguassu que le chemin de fer franchit sur un magnifique viaduc de près de 500 mètres, véritable oeuvre d’art qui surprend au milieu d’une région d’aspect un peu sauvage. Au-dessous se trouve un gué, passage obligatoire des troupeaux qui viennent des campos de Palmas pour alimenter les marchés du Parana. Toute la région environnante est riche en lier va maté et les exploitations y sont nombreuses.

A Uniâo da Victoria, nous pénétrons dans l’État de Santa Catharina, mais nous ne parlerons que plus tard de cet État qui ne s’est vraiment développé que jusqu’à une certaine distance du littoral. Dans cette partie du territoire, outre Uniâo da Victoria, on ne trouve que quelques petites agglomérations qui se sont créées le long de la ligne. De l’Iguassu au Haut- Uruguay, il y a 379 kilomètres; sur tout ce trajet la Sâo Paulo- Rio Grande suit constamment la rive gauche du rio do Peixe, affluent de l’Uruguay, qui lui procure un tracé naturel. Entre Uniâo da Victoria et Afïonso Penna, qui était le point terminus de l’exploitation lors de notre passage, nous trouvâmes trois stations, formant autant de centres coloniaux très prospères ; ce sont les colonies de Legru, Sào Joào, Calmon, puis Affonso Penna; cette région se peuple rapidement et les colons ont déjà obtenu de beaux résultats dans la culture du blé. De cette dernière station à la pointe des rails, il y avait encore 80 kilomètres de ligne à peu près achevés, ce qui nous permit d’arriver plus vite à l’avancement où nous nous trouvâmes le 28 août. Là, on travaillait avec une grande ardeur, sous la direction énergique de l’ingénieur Achille Stengell, pour lequel M. Gaston de Cerjat, superintendant de la Sâo Paulo-Rio Grande, nous avait donné une lettre de recommandation. Cet ingénieur se mit à notre entière disposition pour nous faciliter la continuation de notre voyage jusqu’à l’Uruguay.

A tous égards, particulièrement pour la main-d’œuvre, la S. P. R. G. est plus favorisée que la Nord-Ouest. Depuis Entre Rios, la ligne traverse de nombreuses colonies polonaises qui lui

fournissent un travail excellent, soutenu et discipliné. Comme les récoltes étaient achevées, il y avait 6.000 hommes employés à l’avancement depuis la pointe des rails jusqu’à l’Uruguay. M. Stengell, qui ne manquait ni d’argent, ni de matériel, obtenait des hommes placés sous ses ordres le maximum de rendement; aussi, les travaux exécutés avec méthode marchaient rapidement à raison de 1 kilomètre en moyenne de rails complètement posés par jour. Il est donc plus que probable que la ligne sera entièrement achevée à l’heure où paraîtront ces" lignes.

Quatre jours et demi nous suffirent pour atteindre à cheval le rio Uruguay, que nous franchîmes le lendemain. C’est un peu au-dessous de l’embouchure du rio do Peixe avec ce fleuve que doit aboutir, sur l’autre rive, le tronçon de la ligne du Chemin de fer Auxiliaire du Brésil, qui doit opérer là sa jonction avec la S. P. R. G.

IL — L’État de Rio Grande do Sul dispute à Minas Geraes la seconde place après Sào Paulo parmi les États les plus prospères et les plus progressistes du Brésil. Sa superficie est de 236.553 kilomètres carrés, avec une population de 1.500.000 habitants. Le pays présente deux zones bien distinctes, séparées par la serra do Mar, qu’on nomme aussi serra Gérai, laquelle, après avoir couru parallèlement à la côte jusqu’au Tramandahi, se dirige nettement vers l’ouest et va mourir sur les bords de l’Uruguay. La région du nord ou da serra est élevée et montagneuse, les altitudes y varient de 200 à 1.000 mètres; dans la région du sud dominent les campes légèrement ondulés, nommés là-bas campanhas; cela représente les deux tiers de l’État; c’est la région de l’élevage par excellence : boeufs, chevaux, moutons y croissent et multiplient.

Le Rio Grande est l’État le plus méridional du Brésil, il a pour limite au nord Santa Catharina; au sud et à l’ouest, l’Uruguay et la République Argentine; à l’est, l’Océan. Le littoral rio grandense est formé d’une côte basse, sablonneuse et sans abri, sauf le port de Rio Grande à l’entrée de la Lagoa dos Patos; nous ne compterons pas comme tel la petite anse de Terres, située au nord de l’État. Cette côte est bordée de lagunes, dont deux forment de véritables mers intérieures ; ce sont : la Lagoas dos Patos, de 230 kilomètres de longueur et de 60 kilomètres dans la plus grande largeur, et la Lagoa Mirim, de

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180 kilomètres de longueur; il y a en outre quatre autres lagunes de moindre importance. En somme l’État de Rio Grande se présente sous trois aspects : la pampa ou campo, la zone agricole ou des colonies, et la région du matto ou des forêts.

Le pays dans son ensemble est bien irrigué par plusieurs fleuves ou rivières importantes, dont les principales sont ; le Guahyba, qui n’est autre chose que l’estuaire de plusieurs grandes rivières, le Cahy, le Cravatahy, le rio dos Sinos et le Jacuhy ; cet estuaire de 66 kilomètres peut également être considéré comme le prolongement de la Lagoa dos Patos. Il y a encore ribicuhy, le Taquary et l’Uruguay qui baignent l’État, le dernier sur plus de 400 kilomètres navigables.

IIL — De même que dans tous les autres États, on ne compte dans le Rio Grande que deux saisons bien tranchées, l’été et l’hiver, saison sèche et saison des pluies. La première commence en octobre et finit en mai ; la deuxième commence généralement en juin pour se prolonger jusqu’à fin septembre; on peut ajouter que ce climat n’est rigoureux ni dans un sens, ni dans l’autre. Dans la région des campos, la température baisse rarement, l’hiver, à zéro. Dans la partie haute, au contraire, il gèle parfois, et le thermomètre descend à 3 et 4 degrés au-dessous de zéro. Pendant les mois de janvier, février et la première quinzaine de mars, il fait généralement très chaud ; le thermomètre monte fréquemment au-dessus de 35 degrés. Cette chaleur est rendue fort supportable par les variations de température ; d’autre part, les nuits sont suffisamment fraîches. C’est dans la zone montagneuse, la serra, que les différences sont le plus prononcées.

Dans son ensemble, le climat du Rio Grande peut être considéré comme excellent; on n’y note pas de maladies épidémiques, le paludisme lui-même, qui, dans les États ‘regardés comme les plus salubres, se trouve régner quand même sur les bords de quelques rivières, y est absolument inconnu. Le pourcentage de la mortalité est dans cet État de 20. à 21 p. 1.000; les statistiques sanitaires montrent que la fièvre typhoïde intervient pour 4 p. 100 dans ces chiffres et la tuberculose pour 15 p. 100. Si l’on considère que dans la grande majorité des villes il n’existe pas de bonne canalisation d’eau, ni d’égouts, il faut s’étonner que le chiffre de la mortalité ne soit pas plus élevé. Le jour où les prin-

cipaux centres seront tous pourvus d’eau en abondance et d’égouts, il est hors de doute que le nombre des décès baissera à 15 ou 16 p. 1.000. Les immigrants considèrent le climat du Rio Grande comme bon et salubre, car c’est, avec le Parana, l’État qui, après Sao Paulo, reçoit présentement le plus grand nombre d’immigrants; ce sont les Italiens ou descendants d’Italiens qui sont les plus nombreux; on évalue leur nombre à 250.000 environ, et celui des Allemands ou descendants à 220.000; puis viennent les éléments espagnols, russes et austro-hongrois.

IV. — Lorsqu’on pénètre dans l’État de Rio Grande do Sul, après avoir franchi le Haut-Uruguay, le caractère de la région ne change guère, toujours très fortement boisée ; c’est d’ailleurs ce qu’on nomme .la forêt vierge de l’Uruguay. Entre ces forêts, on aperçoit de vastes étendues de campos pendant plus de 100 kilomètres. Cette forêt possède une exubérance de végétation comparable à celle des zones tropicales, ce qui peut étonner dans un pays aussi tempéré. Les arbres y sont énormes et de taille élevée, encombrés de lianes, de plantes grimpantes enchevêtrées qui forment de véritables rideaux. Ces voûtes de verdure impressionnent toujours fortement, mais sont bien préférables à la traversée des taquarals ou vastes étendues de bambous qui constituent un fouillis inextricable; on remarque aussi de superbes araucarias qui deviennent ensuite de plus en plus rares. A 50 kilomètres de Passe Fundo, on s’engage sur le tracé de la ligne en construction; le terrain est encore accidenté, mais les ondulations sont moins sauvages et beaucoup moins boisées. Vers Passe Fundo et sur toute la zone traversée par la voie ferrée jusqu’à Cruz Alfa et Santa Maria, ce sont en général d’immenses campos ondulés, abondant en vallées profondes, au fond desquelles se maintient toujours un peu d’eau. Cette région ne souffre pas de la sécheresse qui gêne parfois les éleveurs de l’État plus au sud, vers Santa Anna et Alegrette. Depuis que le chemin de fer de Santa Maria à l’Uruguay dessert Passo Fundo, bourgade autrefois isolée au nord de l’État, ce centre prend chaque jour . une plus, grande importance; il y a dans les environs quelques exploitations et colonies prospères. Dans la ville même, nous avons trouvé un important engenho pour préparer le maté, dirigé par un Français, M. Couty. Le maté élaboré dans cette région nous a semblé meilleur que celui préparé dans certaines fabriques

Rio Grande DO Sül. — La forêt vierge de rUriiguay

du sud-ouest du Parana, où il arrive parfois mélangé avec un pseudo-ilex.

Le terrain de campo, dans la région de Passo Fundo, se vend de 40 à 70 contos la lieue carrée (^).

L’État de Rio Grande semble destiné à pourvoir à l’alimentation des Etats du nord du Brésil avec les produits de son élevage et les ressources que lui apporte la production agricole des importantes colonies situées au nord de Porto Alegre. Cette ambition se heurte pour le moment à l’insuffisance des moyens de communication, car nombre de régions productrices ne sont encore desservies que par voie terrestre ou fluviale extrêmement lente. Devant la difficulté des transports, certains agriculteurs éloignés sont forcés de restreindre l’importance de leurs plantations à la capacité de la consommation locale pour n’avoir pas à dépenser les bénéfices du travail en frais de transport. Est-ce à dire que le Rio Grande est dépourvu de communications par voies ferrées? Bien au contraire, cet État figure même au nombre de ceux où le réseau des chemins de fer se trouve le plus développé ; malgré tout, ce réseau est trop insuffisant pour qu’il soit permis de tirer des richesses de l’État tout le parti possible, aussi le Gouvernement porte-t-il ses efforts vers l’amélioration de ses voies de communications.

V. — Le Rio Grande do Sul possède actuellement 2.000 kilomètres de voies ferrées, qui, il y a peu de temps encore, formaient plusieurs tronçons manquant de liens entre eux et laissant à désirer sous le rapport de l’administration. Dans le but de procéder à l’unification de ces voies ferrées, le Gouvernement fédéral, qui avait racheté ces lignes, passa en 1905 un contrat avec une Société belge ( 2 ) pour l’affermage de la majeure partie des chemins de fer de l’État et la construction de prolongements et de lignes complémentaires. Depuis, les voies en exploitation ont été soudées ensemble et forment aujourd’hui deux grandes artères qui coupent le territoire de l’est à Fouest .et du sud au nord, ayant comme point de départ les deux centres les plus importants de l’État, Porto Alegre, sa capitale, et Rio Grande, son port près de l’Océan, lesquels sont réunis par la navigation à vapeur sur la Lagoa dos Patos. Ces deux grandes lignes ont

(1) On sait que la lieue brésilienne est de 6 kilomètres.

(2) Compagnie auxiliaire de chemin de fer au Brésil.

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comme centre Santa Maria, ville située au pied de la région montagneuse, juste au milieu de TÉtat.

La première ligne part de Porto Alegre pour aller atteindre, après un parcours de 772 kilomètres, presque en droite ligne, la ville d’üruguayana sur le rio Uruguay, à la frontière argentine; il n’y a qu’a traverser le fleuve pour se trouver en communication avec le réseau argentin. Au sud, une petite ligne, qui court parallèlement au fleuve sur la rive brésilienne, forme la jonction avec le réseau de la République orientale de l’Uruguay. Sur cette ligne principale viennent se greffer plusieurs embranchements qui desservent un certain nombre de localités de la région coloniale du nord. Le principal de ces embranchements est celui qui part de Saycan, près de Cacequy, pour aller à Santa Anna do Livramento, tronçon en construction, qui constitue le prolongement direct de la grande voie transbrésilienne qui mettra en communication Montevideo avec Rio de Janeiro.

La deuxième grande ligne réunit les ports de Rio Grande et de Pelotas sur la Lagoa dos Patos et le rio Sao Gonçalo, au nord de l’État, où elle va se rencontrer sur le Haut-Uruguay avec la ligne centrale de Rio de Janeiro. De Rio Grande à l’Uruguay, la distance totale est de 1.130 kilomètres; la voie fait tout d’abord une grande courbe pour rejoindre Santa Maria, après quoi elle se dirige directement vers le nord. Cette ligne était, lors de notre passage, en exploitation jusqu’à Passo Fundo sur une distance de 958 kilomètres; sur les 182 kilomètres qui séparent Passo Fundo de l’Uruguay, la construction était fort avancée, sauf sur la dernière partie du tracé. Il nous semble que l’ingénieur chargé des travaux à l’avancement n’avait pas à sa disposition tout le matériel qui lui aurait été nécessaire. Néanmoins cette ligne, qui devait être inaugurée fin septembre 1910, sera sans doute achevée à la fin de cette même année.

De Cruz Alta, ville située en pleine serra sur la ligne précédente, part un embranchement qu’exécute le génie aux frais de rUnion, destiné à être prolongé jusqu’en face de l’Argentine, à l’embouchure de l’Ijahy Grande sur l’Uruguay ; pour le moment cet embranchement a pour but de desservir les deux importantes colonies de Ijuhy et de Guarany. Une ligne réunissant Sâo Joào de Monténégro à Caxias, centre de la région coloniale, était à peu près achevée lors de notre visite. Une ligne appartenant à une

Compagnie indépendante, la Brazil Great Southern, court presque parallèlement à TUruguay entre Quarahy et Itaquy. C’est sur le parcours de Rio Grande à Uruguay que nous avons vu, non loin de Cacequy, le pont de 1.500 mètres, alors en voie d’achèvement sur lequel doit s’opérer la traversée du fleuve Santa Maria, affluent de ribicuhy. Ce pont métallique, qui sera certainement l’ouvrage de ce genre le plus important de l’Amérique méridionale, coûtera la somme de 4.630.000 francs.

VI. — Dans les régions non desservies par le chemin de fer, les transports se font à l’aide de grands chariots tirés par des boeufs, ceci dans la partie basse de l’État où la disposition du sol permet un transit relativement facile sur des routes rudimentaires. Le trafic se fait au moyen de chevaux et de mules de charges dans les parties montagneuses; dans les vallées et les zones moins accidentées, on se sert également de charrettes traînées par. des mules; dans la serra, la mule est la bête de somme, de trait, ou de selle par excellence. C’est pourquoi une bonne mule coûte de 180 à 250 milreis 0 , un jeune mulet est vendu 60 milreis; aussi cet élevage est fort lucratif. Les chevaux n’ont pas une grande valeur, mais en général ces animaux sont fort dégénérés, quoique sobres et durs à la fatigue. La population du Rio Grande: est . pourtant un peuple de gauchos, c’est-à-dire de cavaliers émérites; et ü faut s’étonner qu’on n’ait pas encore tenté sérieusement d’améliorer la race de chevaux par des croisements. Tout propriétaire d’estancia d’élevage, grande ou petite, met cependant tout son amour-propre à posséder un beau cheval qui, très souvent, lui vient de l’Argentine.

Les transports des zones coloniales du nord et d’une partie de la région sont quelque peu facilités par la navigation sur un groupe de rios qui aboutissent à Porto Alegre. Le plus important de ces fleuves est le Jacuhy qui est navigable une bonne partie de l’année sur plus de 300 kilomètres, on peut employer des vapeurs de 50 à 60 tonnes, calant 1“,60, jusqu’à Rio Pardo et 0“,80 jusqu’à Cachoeira, 0“,60 au delà de ce dernier port. LeCahy sert également à des vapeurs de 30 à 40 tonnes, ne calant pas plus de D”,90. Le Taquary est navigable jusqu’à 154 kilomètres de Porto Alegre pour des vapeurs calant 1 mètre à 1“,50. Le rio dos Sinos

(1) Le milreis, on le sait déjà, vaut 1 fr. 55.

est navigable jusqu’au delà de Taquarà sur 165 kilomètres pour des vapeurs de 30 tonnes et de tirant d’eau, et pour toutes

sortes de chalands et de chaloupes . Le Cravatahy n’est navigable que sur un parcours de 45 kilomètres pour des vapeurs de 15 à 20 tonnes. La navigation sur l’Ibicuhy, qui était interrompue depuis longtemps, vient d’être rétablie entre Uruguayana et Cacequy. Le service de navigation à vapeur, quoique assez fréquent, n’est vraiment régulier que sur le Jacuhy, le Taquary et

Rio Gkande 00 SuL. — Radeaux ou trains de bois sur l’Uruguay.

le Cahy. Sur les autres rivières il n’y a pas de dates de départ ni d’arrivées bien déterminées.

Sur le fleuve Uruguay qui dessine toute la frontière ouest et nord de l’État de Rio Grande, il existe un service de navigation peu régulier entre Uruguayana, Itaqui et Sào Borja. Le grand fleuve qui débouche dans le rio de la Plata est malheureusement barré en aval de l’embouchure du rio Quarahy à la frontière uruguayenne par le Salto Grande. Il est toutefois navigable pour de petits vapeurs, depuis cette frontière jusqu’au Ponto dos Guarruchos, à 540 kilomètres plus loin. Le passage des embarcations ne peut se faire pendant les basses eaux au delà de la cachoeira de Butuhy qui se trouve entre Itaquy et Suo Borja. Le fleuve Uruguay sert surtout, en ce qui concerne la partie qui

longe le rio Grande do Sul, au flottage du bois venant des forêts de son cours supérieur. Ce transport de bois a lieu sur des balsas ou radeaux formés de troncs d’arbres réunis entre eux par des lianes ou des cordages. Nous avons vu de ces trains de bois, mesurant plus de 100 mètres de longueur. Ces balsas sont dirigées dans leur navigation dangereuse par une demi-douzaine de mariniers c[ui y édifient une petite liabitation, une hutte ou rancho, fait de branchages et de bambous entrelacés et recouverts de palmes. Ils vivent la pendant la durée de leui voyage, c[ui n’est pas inférieure à quinze jours. Lorsque la balsa est disloquée et vendue, les mariniers se convertissent en cavaliers; ils achètent dans la région des chevaux bon marché et reprennent par étapes le chemin de leurs forêts du nord, où ils trouveront à revendre avantageusement leurs montures. Le flottage du bois a lieu également sur les rios dos Sinos, Taquary, das Antas, cjui tiansportent les planches débitées dans les colonies italiennes de la légion

de Venancio Ayres et de Caxias.

VXP Porto Alegre, capitale de l’État de Rio Grande do SuÉ est, après Sao Paulo, la ville la plus importante et la plus populeuse du Brésil méridional; sa pojDulation s’élève actuellement â un peu plus de 100.000 habitants. La ville est édifiée en amphithéâtre sur une colline formant promontoire sui la rive gauché du rio Guahyba, au confluent de quatre fleuves qui se réunissen!t pour se jeter dans la Lagoados Patos. Cette situation privilégiée en fait l’entrepôt obligé de la zone agricole coloniale du nord et du nord-ouest de l’État, dont la production lui arrive par les vallées du Jacuhy, du Cahy, du Taquary. et du rio dos Sinos. Après avoir couvert les deux pentes du promontoire, la ville s’étend maintenant dans la plaine environnante jusqu’à 18 kilomètres de son centre, où la population est disséminée dans les beaux faubourgs de Gloria, Navigantes, Parthénon, Moinhos de Vente, Floresta, Meninos Deus, etc. Les rues sont larges, bien alignées dans la partie neuve, mais plus ou moins bien pavées ; dans la ville commerciale, elles sont un peu tortueuses et quelques-unes à forte pente. On y note cependant un mouvement commercial et une activité considérables, surtout dans les rues 7 de Setembro, Voluntario da Patria et, en général, dans toutes celles qui avoisinent le port depuis la pointe da Gloria. Les maisons de commerce de gros et de demi-gros y sont nombreuses et bien pourvues.

La ville justifie bien son nom de gaie ou joyeuse ' il y règne une grande animation, particulièrement dans la rue des Andradas, qui est bordée de nombreuses constructions modernes, où se concentrent les plus beaux magasins, cafés et brasseries de la ville. On trouve à Porto Alegre des librairies aussi importantes que celles de Rio. Dans la population qui sillonne les rues, on rencontre beaucoup de types allemands, surtout parmi les femmes; ce sont les descendants et descendantes des premiers colons qui défrichèrent les forêts du nord dans la première moitié du siècle dernier. On enteud parler l’allemand un peu partout; la ville d’ailleurs est très cosmopolite. Sur la partie haute de la ville, où l’on parvient en gravissant la forte pente de la rue General Camara, on jouit d’une vue pittoresque sur les quatre fleuves qui forment le Guahyba et sur la partie delà ville neuve, qui s’étend dans la plaine du Meninos Deus . La ville est éclairée à 1 électricité et au gaz, et fort bien reliée à ses faubourgs par un bon service de tramways électriques, d’installation récente. Au moment de notre passage, on procédait à la construction des égouts, opération qui est grandement facilitée par la situation de la ville. Les places sont nombreuses; celles de la vieille ville sont plantées de beaux arbres ; le Parque est une très belle promenade.

Si on aperçoit nombre de vieilles constructions du temps colonial, on note un peu partout, surtout dans la ville haute et les faubourgs, de jolies et confortables habitations. On ne retrouve guère dans ces constructions le mauvais goût portugais qui domine partout en architecture. Les clubs sont nombreux et fort bien fréquentés. 11 paraît, à Porto Alegre, une demi-douzaine de journaux quotidiens, parmi lesquels le J ornai do Commercio, le Correo do Povo, Gazetta do Commercio, A Federaçâo méritent une mention spéciale. Parmi les édifices publics, les plus importants sont le palais de la Municipalité, les écoles d’Ingenharia et Militar, magnifique édifice de deux étages, à proximité du Parque Tamandaré; le Seminario, qui est après la Municipalité le plus bel édifice de la ville; l’École Normale, l’École de Médecine, la Chambre des députés, l’Athéneo, l’Hôpital Portuguez, le Théâtre Sâo Pedro, l’Hôpital de la Caritade. Le pala^is du Gouvernement, qui, d’après les plans, sera un magnifique monument, est en construction.

La vie n’est pas chère à Porto Alegre, et le prix de la pension dans un bon hôtel est de 6 à 7 milreis. Le marché est très bien approvisionné par les centres coloniaux situés à 30 ou 40 kilomètres au nord, lesquels sont actuellement desservis par la ligne de Porto Alegre à Novo Hamburgo etTaquara, et celle de Caxias. La plupart de ces colonies, qui sont aujourd’hui des bourgades et villes florissantes, ne sont pas de constitution récente. Ce furent les Allemands qui commencèrent, vers 1830, à défricher les forêts situées au nord de Porto Alegre: les Italiens ne vinrent les rejoindre que cinquante ans plus tard ; mais ils furent bientôt les plus nombreux. Le courant immigratoire, qui s’était arrêté vers 1895, recommence à se diriger de nouveau vers le Rio Grande, où les colonies ont la réputation de prospérer assez rapidement.

VIII. — 11 est réel que les colonies qui forment comme autant de vertes oasis, au nord et au nord-ouest de la capitale et de l’État, sont aujourd’hui florissantes, après avoir été longtemps isolées et livrées à elles-mêmes sous l’ancien régime, lequel n’avait en vue que de peupler le territoire, sans s inquiéter si les colons pourraient écouler les produits de leur récolte.

Parmi ces centres maintenant groupés, nous citerons la colonie Jaguüri, avec une population de 13.000 habitants, dont la production atteint une valeur de 2.100 contes, 1 exportation 900 contes et l’importation 840 contes. La colonie Ijuhi, une des plus éloignées vers le nord-ouest, a une population de 9.300 habitants, exportant pour 840 contes de produits et important pour 630 contes. La colonie Guaporé, sitnée entre Taquari et Carreiro, est extrêmement florissante et commerçante ; la population s’élève à 20.000 âmes, possédant 802.000 hectares. Parmi les colonies nouvelles figure la colonie particulière Philippson, fondée, il y a quelques années, pour des familles Israélites, tout près de Santa Maria da Bocca do Monte, k 450 mètres d’altitude au pied de la serra, colonie où la culture du blé donne d excellents résultats. Puis viennent les centres ou nucleos de Ville Nova, Antonio Prado, Santo Marcos et Marquez do Herval, avec un ensemble de population de 5.000 habitants vendant pour 320 contos de produits.

Conformément à cette opinion préconçue que les terres de forêts sont seules fertiles, presque toutes ces colonies ont été créées

Rio Grande do Sül. — Vue partielle de Porto Alegre.

dans des zones boisées. Les trouées y sont d’une étendue plus ou moins considérable, suivant l’ancienneté de la colonie. Comme vestiges, on aperçoit seulement des bois clairsemés, d’où les arbres de valeur ont disparu. Toutes ces anciennes colonies du nord de Porto Alegre présentent un aspect séduisant; après d’immenses zones désertes, on regarde avec plaisir de vastes habitations, solidement construites en pierres, ombragées de plantes tropicales et des pays tempérés, entourées de vergers ou pomares, bien entretenus. Dans presque toutes les colonies, nous avons vu les colons, devenus de riches propriétaires ou des agriculteurs aisés, conserver comme souvenir et comme exemple, à côté de leurs nouvelles habitations, la modeste maison provisoire en bois, qui les avait abrités au début de leur installation. Quelques-uns même l’ont fait reconstruire en maçonnerie. Partout, les terres sont bien cultivées; les habitations mieux groupées forment des bourgades et de jolies petites villes à l’aspect européen.

Dans les nouvelles colonies, les habitations sont naturellement plus espacées et les champs couverts de capoeiras, brousse qui semble vouloir reconquérir le sol gagné sur la forêt. Là, presque toutes les constructions sont en bois ; le bois est partout en excédent et on s’en sert pour tous les usages. Ces colonies, dont quelques lots paraissent plutôt des campements de bûcherons, présentent un aspect très pittoresque. Dans la forêt à peine défrichée, entre les souches des arbres tordus par le feu, on voit naître des plantations de maïs, qui est la première culture obligatoire. Cette céréale trouve toujours son placement, car, malgré la grande production de l’État, celui-ci est souvent forcé d’en importer de grosses quantités. Dans le Rio Grande, l’agriculture n’a pris un certain développement que depuis ces dernières années et encore dans- la seule région de la serra, coupée de vallées basses, où le climat et la différence d’altitude permettent toutes les cultures.

IX. — L’agriculture se serait certes développée bien davantage dans cet État, si la routine, le parti pris et Tignorance des procédés modernes de culture n’étaient pas aussi grands dans la population. L’habitant exploite la terre d’une façon toute primitive ; dans la plupart des colonies, les méthodes sont également si rudimentaires qu’on se demande comment elles peuvent pro-

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gresser rapidement. Dans ces petites propriétés, on ne rencontre aucun instrument aratoire moderne, facilitant ou améliorant le travail agricole. Le fumier pour fortifier la' terre, les canaux d’irrigation pour l’arroser en été, on n’en connaît pas rusage; le sol est retourné â la bêche ou bien à l’aide de charrues primitives. La surprenante fertilité du sol doit suppléer à la routine et à l’ignorance. Les terres de campos des régions basses sont considérées comme impropres à l’agriculture, et cependant une colo-

FÜUTO ALiîcr.E. — Rue 7 de Setenibro, marché et Palais municipal.

nie, fondée près de Dom Pedrito, donne des résultats merveilleux dans la culture du blé. Malgré toutes ces mauvaises conditions,, l’agriculture alimente déjà une bonne partie de 1 exportation pour les autres États du Brésil.

La culture du blé, qui se pratiquait au siècle dernier sur une assez grande échelle, pourrait redevenir aujourd’hui une source de gros bénéfices. Le Brésil tout entier achète sa farine ou son blé à l’Argentine, et, de ce chef, il dépense près de 60.000 contos C). Pour son compte, l’État de Rio Grande en achète annuelle-

(1) Un conto vaut 1.610 francs;

ment pour plus de 6.000 contos, quand, dans la vallée du rio Negro, les vastes campos d’Alegrete de Caçapava, de Lavras, etc., pourraient en produire d’énormes quantités. Dans le but d’encourager cette culture, le gouvernement a décrété récemment l’établissement d’une prime importante pour ceux qui construiraient des moulins modernes et d’une subvention de 15 contos à tous particuliers ou sociétés qui cultiveraient le blé sur une superficie supérieure à 200 hectares. Dans les ‘colonies italiennes de la région de Caxias, on récolte déjà environ 200.000 sacs de blé (de 60 kilos chacun). A Caxias, il y a quelques bons moulins, produisant une bonne farine, mais à peine suffisante pour la consommation de la région. Dans les colonies, les moulins rudimentaires ne fournissent qu’une farine grossière. Un immense champ d’action est ouvert dans cette branche de l’agriculture.

X. — Comme l’État de Rio Grande n’a pas de produit d’une grande consommation internationale, on y cultive plus particulièrement l’orge, l’avoine, le seigle, le tabac, le coton, le maïs, le riz, les haricots, la vigne, etc. Le lin est cultivé dans les colonies et il y vient bien; le coton, qui a donné de bons résultats dans les parties basses et chaudes, n’est cultivé que sur une très petite échelle, et ne formera jamais un objet d’exportation. L’exportation des pommes de terre et des oignons augmente chaque jour. La canne à sucre se plante dans nombre d’endroits; elle réussit bien dans la vallée du Haut -Uruguay, mais elle n’atteint qu’une faible hauteur et est moins riche que dans le nord. Ce n’est pas là une industrie pour le pays ; on en tire seulement de la cachaça ou eau-de-vie de cassonade. L’un des deux meilleurs articles pour le colon c’est le haricot noir (feijào), qui met deux ou trois mois à mûrir; comme il forme la base de la nourriture de la population, c’est un excellent article d’exportation dont le prix varie de 10 à 15 milreis les 120 litres. Le maïs, lui, demande cinq mois pour être récolté ; il se vend à raison de 5 à 6 milreis le sac; la production ne suffit pas à la consommation. La culture du riz est la seule qui se fasse sur une assez vaste échelle, en dehors de la zone coloniale, où elle se fait en petit. Le tabac pourrait être pour le Rio Grande une source de grand profit, car c’est une excellente source d’exportation. On le cultive surtout dans les colonies allemandes des vallées duTaquary et du Jacuhy, ainsi que dans celles du Haut-Uruguay. En raison de ce que les

cultivateurs n’apportent pas à cette culture assez de soins, surtout dans la préparation des feuilles qu’ils emballent encore humides, le tabac n’obtient encore en Europe qu’un prix peu élevé. Ce tabac est employé pour la pipe et les cigarettes. D’importantes fabriques de cigares, de cigarettes et de tabac de Rio Grande, Cachoeira et Porto Alegre emploient une grande quantité de ce tabac dont on exporte encore 4.835 tonnes par an, d’une valeur de 2.022 contos. Afin d’améliorer ce produit, l’État en empêche maintenant l’exportation avant une certaine date.

Les colons tirent encore beaucoup de profit de l’élevage facile des porcs qu’ils se bornent à lâcher dans les champs de maïs ; dans les zones du nord, où existe l’araucaria, ils se nourrissent surtout du fruit de ce pin, le pinhao, qui est un aliment peu coûteux et que les forêts fournissent en abondance. Il y a des colons qui possèdent des troupeaux d’une centaine de porcs. Le saindoux est devenu un excellent article d’exportation pour le reste du Brésil, auquel le Rio Grande en vend pour 8.000 contos. L’Amérique en fournit encore pour 5.000 contos aux États du nord.

Nous signalerons tout particuliérement une culture qui est appelée à prendre une grande extension et qui donne déjà lieu à une industrie prospère, c’est celle de la vigne. Celle-ci vient bien partout dans l’État ; nous avons trouvé des vignobles plus ou moins importants, tout près de Rio Grande et dans le municipe de Uruguayana, à l’extrémité du territoire. C’est, toutefois, dans les colonies italiennes de la « Serra » que les vignes sont les plus importantes.

XL — Le vin produit par les vignes du Rio Grande ne forme pas un type commercial encore satisfaisant, mais des qualités diverses pour la consommation des classes populaires. Cela tient surtout à la méthode fort rudimentaire de la fabrication. Sauf dans les établissements importants de Caxias et de Bento Gonçalves, fort peu de vignobles emploient des appareils perfectionnés, par routine d’abord et eusuite parce que le crédit agricole n’existe pas. En général, les colons italiens veulent fabriquer leur vin euxmêmes avec l’outillage défectueux dont ils disposent. Lorsqu’ils veulent bien le vendre aux établissements de Caxias, le raisin leur est acheté à raison de 50 (?) reis le kilo (0 fr. 077). Les vins

de bonne qualité de Caxias et de Bento Gronçalves se vendent 18 milreis les 90 litres, et, à Porto Alegre, 25; la qualité inférieure se vend 14 milreis et 20 dans la capitale. Ces vins ne pèsent, en général, pas plus de 7 à 8° d’alcool ; l’adjonction du sucre, qui permet d’élever à 9 et 10°, pour qu’ils puissent supporter le transport, n’est ordinairement pas faite d’une façon convenable.

Malgré tout, l’industrie du vin deviendra intéressante pour le Rio Grande, si l’on considère que son exportation, qui atteignait 300.000 litres en 1900, a plus que décuplé et a dépassé 4.300.000 en 1909. Cette exportation se fait surtout dans les États du nord du Brésil. Aux environs de Pelotas, où existent de beaux vignobles, nous avons expérimenté des vins blancs et rouges qui n’étaient pas mauvais et pouvaient même supporter la comparaison avec certains vins portugais jouissant de la faveur des classes populaires et moyennes. Le Brésil importe chaque année pour 30.000 contos de vins italiens et portugais; le champ est donc très vaste pour cette industrie, mais il faudrait améliorer beaucoup la fabrication dans la majorité des cas, car c’est à tort que l’on attribue la qualité des vins à celle même du raisin. Les qualités cultivées sont nombreuses, les plus exploitées sont les vignes américaines : ïlsabel, la Belaware, V Herbemont et la Blok Juby, mais on s’efforce de propager la plantation d’espèces meilleures parmi les vignes françaises qui ont donné de bons résultats dans la Quinta Bom Retiro, de M. A. Perret, près de Pelotas.

XII. — Parmi les villes et centres de population les plus importants de la zone dite de la « Serra », région agricole et coloniale, figure : Santa Maria da Bocca do Monte, ou plus simplement Santa Maria, placée juste au centre géographique de l’État, à la limite de la serra et de la Campanha, région des Campos. Sa population est de 9.000 à 10.000 habitants; la ville progresse beaucoup ; c’est le siège de la Compagnie belge des chemins de fer auxiliaires au Brésil. Par sa situation, qui en fait le point de convergence de diverses lignes ferrées, cette ville est appelée à prendre une grande importance . A quelque distance, se trouvent les colonies de Silveiî'a Mdvtius, Nova Süntd Oruz, Serro Bldnco, Conceiçdo et Pdu à Pique. Les terres des campos sont bonnes et on peut s’en procurer à raison de 50 à 80 contos la lieue carrée.

ÉTAT DE RIO GRANDE DO SUE

Cruz Alta est située au nord de l’État, à 500 kilomètres de Porto Alegre et à peu près à moitié chemin de Santa Maria à Passe Pundo, sur le chemin de fer de FUruguay, qui s'élève sur une colline; la ville a 7.000 habitants; c’est un point stratégique important et le point de départ du chemin de fer à Fljuhy. Le climat y est extrêmement sain, si bien que Cruz Alta peut être considérée comme un sanatorium naturel. Sâo Leopoldo, de

7.000 habitants également, est situé sur la ligne du chemin de fer à Novo Hamburgo, autrefois le centre d’un noyau de colonies allemandes qui sont aujourd’hui autonomes ; la ville est coquette et gracieuse; on croirait se trouver dans une tranquille petite ville de l’Allemagne, dont elle a conservé toutes les traditièns. Elle n’est séparée de Porto Alegre que par une distance de 34 kilomètres. Dans ce municipe, les terres d’élevage sont bonnes, mais d’un prix assez élevé, 100 à 140 contos la lieue carrée. En raison de la grande division de la propriété, on n’en signale aucune qui possède une extension d’une lieue. Ensuite, viennent les villes de Caxias, Conceiçâo do Arroio, avec 5.000 à

6.000 habitants. Sâo Joâo de Monténégro et Sâo Sebastiâo do Caliy, Taquary, Passo Fundo, Sâo Francisco d’ Assis et Santa Cruz, de 4.000 à 5.000 habitants.

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