CHAPITRE XVI
ÉTAT DE RIO GRANDE DO SUL [suUe].
I. L’extanceiro riograndense. — IL Une estancia, classification et valeur de la terre. — III. Travail de l’Estancia. — IV. Amélioration de l’élevage. — V. Ventes productrices, les Xarqueadas. — VI. La matança, préparation du xarque. — VIL Production et exportation. — VIIL Pelotas, la ville de la carne secca. — IX. Uruguayana, Bagé, etc. — X. Rio Grande, une ville industrielle. — XL La barre du Rio Grande, difficultés qu’elle apporte à la grande navigation. — ■ XII. Les basfonds de la lagune. — XIIl. Pour supprimer la barre, la « Compagnie française du Port de Rio Grande do Sul ». — XIV. Richesses minérales du Rio Grande, exploitation des mines de Lavras. — XV. Gisements de cuivre. — XVI. Les couches carbonifères du Rio Grande, mines de Sâo Jeronymo.
L — ■ L’élevage constitue la grande richesse du Rio Grande et l’industrie du xarque (charque) ou viande séchée son principal produit d’exportation.
Il y a dans ce pays un adage populaire qui dit : « Dans le Rio Grande do Sul, il y a deux moyens de faire fortune ; le premier consiste à posséder une estancia (propriété rurale), avec de bons terrains d’élevage, et bien administrée. Le deuxième consiste à posséder une estancia avec de mauvais pâturages et mal administrée. » Cet adage explique, s’il ne la justifie pas, la préférence presque exclusive accordée par le Rio Grandense à l’industrie pastorale. Cette industrie est, d’ailleurs, le genre de travail qui, jusqu’à ce jour, convient le mieux au caractère, aux usages et coutumes des habitants du pays, qui sont identiques à ceux des gauchos de l’Uruguay et de la République Argentine. Les Rio- Grandenses nomment, d’ailleurs, leur pays terra gaucha.
Les habitants de la « campanha » du Rio Grande, la zone des campes qui s’étend sur les deux tiers de l’État, depuis la base de la serra jusqu’à la frontière de TUruguay, sont un peuple de cavaliers de tout premier ordre, dont le plus grand plaisir est
ÉTAT DE RIO GRANDE DO SUE
de courir les plaines à la suite d’un bœuf sauvage, de le prendre au lasso ou de le jeter à terre, au moyen de leur infaillible boleadeira (^) ou encore de réunir en un seul troupeau des centaines de jeunes taureaux d’humeur farouche. Pour l’estanceiro ou éleveur du Rio Grande, il n’y a pas de panorama qui puisse se comparer aux vastes horizons de ses immenses savanes, avec les ondulations accidentées de leurs terrains; il n’y a pas de palais qui lui offre une plus grande somme de bien-être et de commodités que son estancia.
Le costume du gaucho riograndense est, à peu de chose près, celui du gaucho argentin. Il se compose généralement de la
Rio Grande do Sul. — Rodeo ou rassemblement de bétail.
bombacha, sorte de haut-de-chausse ou pantalon très ample ; du poncho rayé de couleurs vives, de la guaiaca ou ceinture de cuir, en travers de laquelle est passée la faca, dans sa gaine de cuir ou de métal ; le chapeau de feutre, à larges bords, et enfin les bottes ornées de chilenas, ces énormes éperons à molettes en fer, métal blanc ou argent, qui font l’orgueil du cavalier.
II. — La résidence de l’éleveur riograndense s’appelle, eslancia, nom qui s’applique à la propriété en général ; c’est parfois une vaste et confortable construction, parfois encore une assez
(1) Ou bolas, une des armes les plus terribles des gauchos, ce sont trois pierres rondes entourées d’une enveloppe de cuir brut, retenues par trois lanières de cuir tressé. Qu’on se figure un Y avec une boule à chaque extrémité, celle d’en bas étant plus petite et retenue par une lanière plus courte.
modeste habitation, composée de quelques corps de logis, entou- ' rée d’un verger ou pomare et de quelques cultures vivrières, qui jettent une note gaie au milieu de vastes campos et fait de l’habitation une sorte d’oasis en plein désert. Les estancias, au sens de propriété, ont en général de 1 à 3 lieues carrées d’étendue; ce qui fait, à raison de 6 kil, 660 par lieue, 4.356 ou 13.068 hectares de campos. Il y en ^a encore qui mesurent 10 lieues et plus, mais elles deviennent rares aujourd’hui et on en rencontre d’une fraction de lieue. Les pâturages ne sont pas tous clôturés, mais cette précaution va être exigée de tous les propriétaires, en raison d’accidents de chemins de fer occasionnés par du bétail qui se faisait écraser en errant sur la voie. Les pâturages sont naturels et n’ont jamais été améliorés; on ne cherche nullement à remplacer les graminées existantes qui dégénèrent, par d’autres plus nutritives et plus grosses. Il n’y a dans ces propriétés d’autres aiguades que les rivières ou les ruisseaux, quand il en existe dans l’estancia; à leur défaut, les animaux se désaltèrent dans les dépressions du sol, les lagunes, mares et marécages, formés et remplis par les eaux de pluie.
Les pâturages de Rio Grande sont divisés en trois classes pair les éleveurs : la première comprend tous les terrains qui longent la frontière de l’Uruguay jusqu’à la voie ferrée, üruguayana, Cacequy, Bagé; la deuxième classe, les terres de l’ouest et celles qui appartiennent aux vallées des rivières allant vers la Lagoa dos Patos. La troisième comprend les campos de la serra et la région des sources de l’Uruguay, où il existe encore beaucoup de terres devolutas ou appartenant â l’État. Dans la première et deuxième classe, les terres ont doublé et triplé de valeur dans ces dernières années. C’est ainsi que, dans la région d’Uruguayana, nous avons vu des terrains de campos valant 300 contos la lieue carrée ; tous les pâturages de la première classe valent 180 à 250 et 300 contos la lieue carrée. Dans ces pâturages, on peut mettre 4.000 têtes de bêtes à cornes ou 3.000 chevaux, ou 12.000 moutons par lieue carrée. Les pâturages do deuxième classe se vendent de 80 à 200 contos la lieue ; ceux de la serra ou troisième classe, où il s’en trouve de bien supérieurs à ceux des régions basses, varient entre 40 et 80 contos la lieue carrée. Ces derniers pâturages peuvent nourrir de 2.500 â 3.500 bêtes à
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cornes par lieue. Tous les animaux sont lâchés dans le campo pour croître et multiplier en toute liberté; aucun animal ne doit savoir ce que c’est qu’une étable.