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heure pour aller de la première à la dernière, C’est là le village Banen de Ndol, autrefois peuplé, mais décimé par les calamités.
Sur la gauche voici, en contre-bas, une pauvre hutte. La forêt a été coupée tout à l’entour, faisant place à un vaste champ, enclos d’une véritable barricade de troncs fendus en deux pour défendre les récoltes et même les semences mises en terre contre les innombrables troupeaux de sangliers. Mais la forêt reprend ses droits ; toujours envabhissante, elle s’acharne à détruire le travail de l’homme et lorsque, pouce à pouce, le terrain lui a été arraché, elle semble se venger en jetant à terre un de ses géants, écrasant sous ses ramures formidables le résultat de longues semaines d’efforts. |
C’est là que lutte et vit un vieillard, Abrahani Sopo. Sopo est le nom qu’il a reçu nouveau-né dans ce coin de montagne, il y a soixante-dix ans peutêtre ; Abraham est celui qu’il a choisi en devenant chrétien. C’était un colosse, dans la force de l’âge : maintenant son dos est voûté, ses cheveux noirs et crépus commencent à griscnner, ses mâchoires saillantes lui donneraïent un air brutal si des yeux intelligents et bons ne venaient adoucir sa figure énergique.
Autrefois, les Banen étaient en guerre constante les uns avec les autres ou avec leurs voisins, les Bassa ; venant des plateaux, ils repoussaient constamment ceux-ci vers la plaine, aussi ne restaientils guère plus de dix ans dans le même village ;
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c'était la grande poussée vers la mer où se trouvent le sel, les fusils et la poudre. Depuis que les blancs administrent le pays, ces luttes ont disparu, mais les haines subsistent vivaces. Abraham, jeune homme, fut le premier de sa tribu qui eut le courage de prendre sur sa tête une charge de palmistes (1) pour aller la porter aux factcreries de Yabassi, quoiqu'il y ait à traverser plusieurs villages ennemis ; il encouragea ses voisins à faire de même pour avoir un peu d'argent et s’acheter des marchandises européennes, en particulier des pagnes pour se vêtir.
Mais il voulait connaître autre chose que sa forêt et, un beau jour, il partit pour aller auprès des blancs ; il se loua à un commerçant, puis à un autre, enfin à un commissaire de police. Comme ïl était fort et courageux, son maître lui demanda s’il ne voulait pas devenir « police » et il accepta. C’était lui qui, armé d’un fusil, devait faire travailler les prestataires sur la route, chercher ceux qui étaient assignés devant les tribunaux, recruter les porteurs, surveiller les prisonniers, etc. ; ce métier ne jui plut pas; il se sentait troublé en lui-même par toutes les exactions qui s’y commettaient. Ses compagnons avaient l'habitude de voler des poules, de battre les gens, de les attacher pour leur faire payer rançon dès qu'ils n’étaient plus sous la surveillance directe de leur chef, et Abraham se souvenait que les anciennes lois de sa tribu condamnaient les voleurs à avoir l'oreille
(1) Amande de la noix de palme qui, traitée, donne des graisses végétales.
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fendue, sa conscience se révolta et il abandonna Ia chéchia rouge, insigne du pouvoir, et chercha une autre occupation. Il rencontra un missionnaire et devint son cuisinier. C’est 1à qu’il commença à entrevoir que la lumière de l'Evangile seule peut réjouir les cœurs et dissiper les ténèbres du mal.
Il revint dans son village et là, par son énergie, son intelligence et les connaissances qu'il avait acquises en vcyageant, il prit une certaine autorité; on parla même de le prendre comme chef, mais il né voulut pas de nouveau se compromettre avec ceux qui commandent, qui pillent et qui mettent en prison. Il vint souvent demander aux missionnaires d'envoyer un catéchiste dans son village et cela lui fut accordé. Lui-même devint catéchumène, abandonna les usages païens et eut, de ce fait, à supporter bien des persécutions ; pour aller à l’examen précédant la cérémonie du baptême, qui avait lieu dans le village voisin, il dut s'enfuir, emmenant avec lui deux jeunes garçons qui avaient été battus et attachés par le chef pour qu’ils ne puissent y venir.
Il fut baptisé et se mit alors de toutes ses forces à essayer d'éclairer les gens de sa tribu, mais hélas ! on ne l’écoutait pas plus que le catéchiste et on finit par enlever celui-ci du village. Abraham était bien triste. Une nuit, il eut un songe : il montait une haute, irès haute montagne aux pentes escarpées, rudes à gravir. Enfin, il arriva en haut, et voici, c'était le ciel ; il y avait là des habitants célestes et il demanda où Dieu habitait. On lui dit d’aller jusqu’à la case qui