‹ Au Canada et chez les peaux-rouges [microforme]Chapitre 28 sur 36 · PRINCE ALBERT · texte numérisé non relu

PRINCE ALBERT

Légende

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RIEL ET L'INSURRECTION DES MÉTIS 155 épargnées et le Trésor canadien n'aurait pas eu à débourser 40 millions de piastres (50 millions de franes) pour payer les frais de la guerre,

Le procès de Riel s'ouvrit le 20 juillet à Regina, Le tribunal était composé du magistrat stipendiaire Richardson et de six jurés, conformément à la législation des Territoires du Nord-Ouest, Riel était assisté de MM. F.-X. Lemieux et Fitzpatrick, avocats de Québec, et une souscription avait été ouverte pour couvrir les frais de sa défense,

Les avocats de Riel commencèrent par contester la compétence de la juridiction, puis plaidèrent la folie de leur client, malgré Popposilion de celui-ci qui protesla vivement contre ce système et se défendik avec une énergie et une éloquence rares, faisant valoir surtout la justice de la eause qu'il soutenait et les droits méconnus des Métis, Les témoignages entendus ne furent pas d'accord sur la responsabilité de Riel, les uns le considérant comme parfaitement sain d'esprit, les autres comme irresponsable, Le # août, le Jury rapportait un verdict de culpabilité, mais avec recommandation à la clémence de la cour. Maleré cela, le juge Richardson nt ee langage à l'accusé : © Je ne puis pas entretenir d'espoir pour vous et je vous conseille de faire la paix avec Dieu, Pour moi, un seul devoir pénible me reste à accomplir : c'est de prononcer la sentence contre vous. Si on vous épargne la vie, personne n'en sera plus satisfait que moi, mais je ne puis entretenir aucun espoir de ce genre. La sentence est que vous, Louis Riel, serez conduit au corps de garde de la police à cheval de Regina, d'où vous venez, et gardé là jusqu'au 18 de septembre prochain, et de au lieu de l'exécution, où vous serez pendu par le cou jusqu'à ce que la mort s'ensuive., Que Dieu ait pitié de votre âme!»

Portée en appel devant la cour du Bane de la Reine à Winnipeg, la décision des premiers juges fut confirmée purement et simplement. C'est alors qu'un recours suprême fut adressé au Conseil privé à Londres, pendant qu'un sursis était accordé à Riel jusqu'au 16 octobre d'abord, et ensuite jusqu'au 10 novembre,

Nous étions à Regina au moment même où le sursis d'exécution venait d'être notifié à Riel. Celui-ci, qui depuis plus de quatre mois, était en prison, avait déjà beaucoup changé. Ses forces l'abandonnaient par moments, et lui, qui avait toujours été impassible, versait parfois

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d'abondantes larmes, Sa raison, déjà fort alteinte, s'égarait complète ment lorsqu'il s'agissait de questions religieuses où politiques,

On a beaucoup discuté la question de savoir si Riel était où non fou, el ses ennemis ont prétendu qu'i avait tout bonnement stnulé fa folie, avant et après son procès, en vue d'échapper à la peine capitale, I sera, je pense, assez facile d'écluireir ee point d'histoire en examinant la conduite de Riel pendant Pinsurrection de 1885.

EL d’abord il faut dire que Riel, avant d'habiter le Montana, sa dernière résidence, avait été interné par trois fois dans les asiles d’aliénés de Washington, de Longue-Pointe (près Montréal, et de Beauport (près Québec), où il étuit resté dix-huit mois. Ceci est significalif.

Après la prise d'armes de Batoche et pendant loute la durée de la campagne, Riel non seulement organisa rien, mais entrava tous les eflorts des Métis, les empêchant d'étendre leurs opérations avant Farrivée de Middleton, de harecler ee dernier et de protiter de leur suceës de la Rivière aux Poissons. Tout entier à ses rèveries, à ses prophéties, il se disait en communication avec un grand Esprit qui devait diriger sa conduite, eLilarrétut les Métis dans leurs entreprises, en leur déclarant que PEsprit ne leur avait pas commandé d'agir ainsi, Non seulement Riel était atteint de la monomanie des grandeurs, mais encore 11 <e posait en réformateur de FEglise, se disantle prophète infullible envoyé pour sauver li nation métisse, et ajoutait à son nom celui de Pavid, pour mieux qualifier sa mission prophétique. Sous ee rapport, Louis € David » Riel se livra à des divagalions qui ne permettaient pas de croire à son entière Hberté d'esprit el qui semblaient sorties uniquement d’un cerveau malade, Mais Les Métis remarquaient à peine les aberraons de Hiel, car leur foi en ui était aussi aveugle que profonde, Après la prise de Batoche et a fuite des Siens, Riel resta trois jours sans savoir ce qu'il voulut fure, jusqu'au moment où il devint prisonnicr.

Pendant sa détention et au cours de son procès, Riel s'est vivement défendu de passer pour fou, entrant dans une grande colére lorsque celle opinion élut présentée par des {émoins où soutenue par ses défen seurs, 6 disant que ses ennemis ne Pavaient fait interner que pour se débarrasser de lui, Ms un aliéné reconnaitit jamais le manque d'équi-

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RIEL ET L'INSURRECTION DES MÉTIS hypothèse et ne prendl pas habituellement pour des fous ceux qui ne pensent pas comme lui ?

La folie n'était-elle point simulée ? Non, car dans ce cas Riel ne se serait pas défendu d'être fou, Celui qui simule la folie fait porter la simulation sur tous ses actes, tandis que Riel avait de longs intervalles lucides, surtout quand if ne parlait ni politique ni religion, Un simulatcur ne fera jamais preuve de sagesse, de grandeur d'âme et mème d'esprit à côté de sa folie, Or, Riel, parmi Les nombreuses notes et pensées écrites dans sa prison, laissait percer, au milieu de ses divagations d'esprit, des éclairs de bon sens, La plupart de ces écrits ont été détruits par lui; néanmoins, voici quelques bribes de ses pensées, recueillies à Regina mème, et dont Foriginal est entre nos mains. C'est d'abord un manifeste de fière indépendance, dans lequel éclate à chaque ligne sa haine contre PAngleterre; puis, après cela, des pensées vagues et diffuses ne dénotant que trop bien Pincohérence de son esprit.

L'Angloterre ne Ses affirmée comme suzeraine du Nord-Ouest, en 1670, que pour souineoltre ce vaste territoire el ses nombreux aborigènes au monopole de Kt Compagnie des Aventuriers de fa Baie d'Hudson,

La charie du roi Charles donna à ectte Compagnie le privilège de faire fa traite des pelleteries dans ec contrées à Fexelusion de tous autres gens, priva ainsi graltuitement Le Nord-Ouest de son droit de trafiquer avec Le monde, et le monde de son droit de trafiquer avec le Nord-Ouest: frustrate Nord-Ouest des avantages du commerce ni verset, et fit perdre aux hommes, en genctral, Les bénéfices du tralic avec les tribus et les peuplades de ce grand territoire,

Ce qui Faida le plus à ruiner mes aieux indiens du Nord-Ouest, c'est qu'en devenant

riche à leurs dépens {sie}, et au fur ét à mesure qu'elle gagna de Finfluenee auprès des autorités anglaises, éette Compagnie devint ellesamémelte gouvernement des contrées de

. la Baie d'Hudson, et ne les gouverna jamais que pour des fins de son avarice et de sa

cupidité.

L'autocratie commerciale unie au pouvons publie dans lt Compagnie fit de cette bande d'aventuriers un chancre, ua monstre qui dévora te Nord-Ouestet lhnmensité de ses richesses en pelleteries pendant plus d'un siéele et demi,

Cette réclamation que PAngleterre à faite de mon pass, pour le donner avec mes pères en proie à des brigands, à été un abandon étune profanation de ses devoirs de suzeraine. Et puisque l'histoire de sa domination sur nous est là pour prouver irrécus sablement qu'elle à conumis cet abandon eriminel, je uren prévaus. Finvoque cette tra hison internationale dont elle à fait grandir li eulpabilité depuis 1670 jusqu'à 1849. Je dénonce le système de brigandage dans lequel elle Sest obstinée de lt sorte durant cent soixante-dix-neuf ans, Je proclame que FAngleterre a forfait à tous ses droits de gouvernement sur le Nord-Ouest.

Je déclare mon pays libre de son joug et de St fvrannie en suppliant FHonime-Dieu que j'adore d'une manière toute particulière, de me soutenir et de soutenhema déclara lion; et en priant les hommes de nraider autant que Les ciréonstanees le leur permet tront, autant que la Providence voudra leur en donner a facilite,

Louis « Davip » RIEL.

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17 septembre 1885, 10 heures du soir,

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