En français dans le texte
nO AU CAUCASE
déployée ; un autre officier reprend tranquillement le cours de sa phrase. Le général regarde d'un autre côté et, de son sourire le plus calme, prononce quelques mots en français.
— Ordonnerez-vous de riposter à leur feu? demande en s'approchant au galop le chef de l'artillerie.
— Oui, faites-leur peur, dit nonchalamment le général en allumant un cigare.
La batterie se met en ligne et le feu commence.
Le sol gémit sous la canonnade. Des étincelles jaillissent de toutes parts, et une fumée, qui permet à peine d'entrevoir les servants des pièces, obscurcit la vue.
L'aoul est bombardé. De nouveau le colonel Khassanov s'approche, et, sur un ordre
du général, il s'élance vers l'aoul. Des cris de guerre retentissent de nouveau, et la cavalerie disparaît sous les nuages de poussière qu'elle soulève.
Le spectacle était vraiment majestueux.
Pour moi, qui n'avais pas pris part à l'affaire, et peu aguerri, une seule chose gâtait l'impression générale : c'était la manifeste inutilité de tous ces mouvements, cletoute cette animation, de tous ces cris. Malgré moi, mon esprit évoquait la comparaison d'un homme qui pourfendrait à toute volée le vide avec sa hache.
L'aoul était déjà occupé par les nôtres , et pas une seule âme ennemie ne s'y trouvait, lorsque le général, avec sa suite où je m'étais mêlé, s'en approcha.
Des huttes longues et propres, aux toits plats, en terre battue, aux cheminées pittoresques, s'étendaient sur des tertres inégaux et pierreux, entrs lesquels serpentait un ruisseau. D'un côté, éclairés par l'ardente lumière du soleil, apparaissaient de verts jardins plantés de poiriers et de pruniers ;
de l'autre, surgissaient d'étranges ombres, des pierres tombales et de longues perches de bois terminées par des boules et des drapeaux multicolores : c'étaient les tombes des djighits1.
La troupe était "rangée en bon ordre devant la porte.
Une minute après, les dragons, les Cosaques, les fantassins se répandaient dans les rues tortueuses, et l'aoul désert s'anima. Ici, c'est un toit qui s'effondre; la hache frappe le bois dur et brise une porte en planches ; là, flambent une meule de foin, une haie, une maison. Une épaisse fumée s'élève en volutes dans Pair serein. Voilà qu'un Cosaque passe traînant un sac de farine et un