‹ Au CaucaseChapitre 3 sur 19 · Bonnet d'astrakan · texte numérisé non relu

Bonnet d'astrakan

taine n'offrît rien de guerrier ni d'élégant, il manifestait pour tout ce qui l'entourait une telle indifférence, qu'il inspirait néanmoins de l'estime.

Je ne le fis pas attendre un seul moment : je montai aussitôt à cheval, et nous sortîmes tous deux par la grande porte du fort.

Le bataillon se trouvait déjà à deux cents sagènes 1 en avant de nous, et il nous apparaissait comme une masse noire et compacte en mouvement. On ne devinait la ligne qu'aux baïonnettes émergeant comme de longues aiguilles pressées. Parfois l'oreille percevait des chants de soldats, des roulements de tambour, et la magnifique voix d'un ténor de la 6e compagnie, dont je m'étais plusieurs fois délecté dans le fort.

La route suivait le fond d'une abrupte vallée et longeait une rivière, en ce moment débordée. Des bandes de pigeons sauvages tournoyaient au-dessus des flots, tantôt se posant sur la berge pierreuse, tantôt tourbillonnant dans l'air, et parfois disparaissaient à la vue. Le soleil n'était pas encore levé; mais le haut du versant droit de la vallée commençait à s'éclairer. Des roches grises et blanchâtres, la mousse d'un jaune verdâtre humide de rosée, des cornouillers, des karatchags *, peu à peu s'illuminaient à la transparente lumière dorée du levant. En revanche, l'autre versant et le creux restaient voilés par un épais brouillard agitant ses couches inégales et fumeuses; humide, morne, il présentait un mélange de couleurs in-

Page 1