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XVI PRÉFACE

Je le sais bien, et M. de La Brière ne cherche pas à le dissimuler : le Jockey-Club a eu une jeunesse orageuse. Il voyait ses poulains et ses pouliches jeter leur gourme, et il en faisait autant. Que voulez-vous? C'était un temps de liesse et de haulte graisse^ où nous étions trop heureux pour ne pas être un peu fous ! Ici mes souvenirs personnels pourraient contresigner les piquants récits de M. de La Brière. J'assistais, d'un coin du parterre, à cette prodigieuse kermesse, à cette ronde du sabbat menée par la jeunesse dorée qui avait du vif-argent dans les veines. Étrange jeunesse ! On eût dit que les trois soleils de Juillet lui avaient porté à la tête. Elle offrait tous les contrastes : la passion la plus sombre et la gaieté la plus échevelée, la poésie de lord Byron et la prose de Ouvert et Lauzanne, le poignard d'Antony et le calembour d'Odry, les pleurs de madame Dorval et les chansons de Déjazet, la mélancolie de René et les charges d'Henry Monnier; tous les excès d'une société en ébullition, le glas des funérailles, le tocsin des émeutes, les grelots de la folie, les exagé-

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rations et les licences de cerveaux déséquilibrés par une révolution, les paradoxes et les sophismes d'une génération qui, jetée hors du vrai, n'avait plus que le choix des erreurs.

A cette sève exubérante, qui cherchait vainement une issue, tout était bon, la descente de la Courtille et la légende de lord Seymouf, la chronique du Café de Paris et les romans de George Sand, le Saint-Simonisme et la messe de Tabbé Chatel, le maillot du débardeur et le masque enfariné de Pierrot, le poison desBorgia et les orgies de la Tour de Nesle. Le carnaval avait dix mardis-gras, le rire avait plus de trente-deux dents, les larmes étaient torrentielles. Les jeunes gentilshommes, dont la carrière venait d'être brisée par les glorieuses, rongeaient leur frein, se consolaient d'être inactifs en se faisant excentriques, se dédommageaient du désœuvrement par le tapage, cherchaient à s'étourdir en imitant les jacobites dont Walter Scott leur contait les prouesses, et volontiers eussent fait payer à la bourgeoisie sa victoire

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en la forçant de contempler et de subir leurs énormes plaisanteries.

En ce temps-là, les rois de la mode et de l'élégance s'appelaient des lions. Faut-il donc s'étonner si le Jockey-Club, dans toute l'effervescence de son printemps plus chaud que la canicule, prit une part léonine à ces joyeuses folies? M. de La Brière en rappelle quelquesunes. Je pourrais, de visu, en raconter d'autres. J'aime mieux évoquer des souvenirs plus cruels, mais plus dignes des héritiers de tous les beaux noms de France. Oui, il y eut des jours de bombance, de fougue, de fantaisie, de délire; mais, quand vinrent les jours d'épreuves, pendant la guerre, pendant le siège, quelle magnifique revanche ! Ces viveurs se firent tuer, ces joueurs ne jouèrent plus que leur vie , ces sybarites acceptèrent vaillamment les fatigues, les privations et le brouet noir du blocus; ces sceptiques s'enrôlèrent sous le drapeau de Charette; ces railleurs prirent au sérieux l'honneur de la France agonisante et la sauvèrent, tandis que d'autres — ce n'étaient pas les Prussiens — le

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