‹ Au cercleChapitre 20 sur 41 · A II C E R C L E · texte numérisé non relu

A II C E R C L E

Les incidents les plus émouvants se succédaient dans le grand cabinet aux tentures de soie rouge, un peu vieillottes, mais qui conservent encore le grand air d'autrefois. C'était une dame en deuil, les yeux rouges, apportant une relique souveraine dont l'attouchement devait guérir le roi. C'était un praticien qui avait étudié les symptômes du mal d'après les bulletins quotidiens et qui, avec une foi profonde, prônait un spécifique infaillible, éprouvé par lui ou par les siens. C'était un paysan, descendant de son wagon de troisième classe, après cent lieues de poussière, et exhibant un paquet de simples enveloppées dans un journal, un paquet de simples cueillis à la brune, au pied de quelque haie, en invoquant saint Michel, patron de la France, et qui devaient immanquablement procurer, si on les utilisait dans leur fraîcheur, la guérison du roi.

Les sceptiques gouailleront ces fidélités

anxieuses et naïves. Je vous assure que, sous le

coup des émotions qui se succédaient à l'hôtel

de Brézé, nous avions plutôt à dissimuler les larmes que le sourire.

Après la mort du roi, le fidèle serviteur voulut terminer sa mission par un hommage solennel à la mémoire de Celui qu'il avait tant aimé. Les Parisiens ont admiré la magnificence incomparable de ce service funèbre qui eut lieu dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Le marquis déboursa vingt-cinq mille francs en cette occasion : il eût payé le double si l'on avait pu mieux faire encore.

Quant au comte de Blacas, on sait que son nom signifie dévouement et loyauté.

11 a dignement porté l'héritage de ce duc de Blacas qui, par un dévouement sans bornes durant le long exil de Mittau ; mérita la confiance, l'amitié, les faveurs de Louis XVllI. L'éru dition classique de ce duc archéologue rivalisait avec celle du roi, ce qui n'est pas peu dire. Sa savante correspondance, relative aux anquités égyptiennes et aux fouilles qu'il faisait exécuter en Italie, est demeurée inédite entre les mains de Ghampollion-Figeac; elle appartient aujourd'hui à M. Aimé Ghampollion.

On raconte que, lorsque le duc de Blacas vint

16 AU CEKCLE

informer Louis XVIII de son prochain mariage avec mademoiselle de Montsoreau, sœur de la comtesse de la Ferronays, et solliciter l'agrément du souverain, il ajouta : « Sire, j'aurai trois fils et je demande au Roi, dès cette heure, la permission de leur donner ses trois prénoms. y> Cette prédiction fut confirmée par révénement. Les comtes Louis, Stanislas et Xavier réalisèrent le vœu paternel ; ils ont perpétué, avec le nom, la mission de dévouement qu'avait remplie le duc.

J'ai dit que le Cercle de V Union était fréquenté par les plus nobles sociétaires.

En effet, à côté des princes du sang de France, voici les ducs deCastries, de Clermont-Tonnerre, deFitz-James, delà Force, de Mortemart, d'Ayen- Noailles, de Mouchy-Noailles, de Polignac, de Croy, de Bisaccia, de Sabran-Pontevès, de Tal-

îeyrand el Valençay, de la Trémouille, de Gramont et de Gramont-Lesparre; sans compter les comtes, les marquis.

Et voici, dans leur intimité, les étrangers . les plus distingués : S. A. R. le prince de Galles qui dînait encore à V Union tout récemment, S. A. R. le duc de Saxe-Cobourg, LL. EE. les ambassadeurs d'Allemagne, d'Autriche, d'Angleterre, d'Espagne, les ministres de Grèce, de Danemark, des États-Unis, de Suède, des Pays- Cas, de Belgique, de la Plata et de San Salvador; puis le duc de Fernan-Nunez,le comte de Beust, le prince Castagneto-Carracciolo, le prince Pierre de Sayn-Wit(genstein, le prince Léon Radziwill, le prince Ladislas Gzartoriski, le prince Menchicoff, le comte Mourawieff, le prince Ypsilanti, le prince MafTeo-Colonna-Scirara, le duc de Marino, sir Richard Wallace, le bienfaiteur de Paris, et le prince Charles de Ligne, dont la famille déclina l'offre du trône de Belgique, après le refus du duc de Nemours.

Un autre étranger figurait sur cette liste, que la mort a enlevé, mais dont le nom vivra parmi nous, grâce aux libéralités sans frein que sa

noble veuve sème à tous les vents de la charité française : le duc de Galliera.

On sait que la duchesse, la dernière des Brignole, une femme de tête et de cœur, offre à Monsieur le comte de Paris une hospitalité vraiment royale dans son palais de la rue de Varennes. Ce qu'on sait moins, et ce qu'on devrait savoir, c'est que madame de Galliera achève, en ce moment, à Meudonet à Glamart, trois établissements gigantesques, construits avec une magnificence de haut style, pour les vieillards, les orphelins et les serviteurs du peuple, les frères de la doctrine chrétienne. Vous apercevez ces monuments sur votre gauche, au flanc des coteaux boisés, quand vous vous rendez à Versailles par la gare Montparnasse. La bienfaitrice y a employé déjà dix millions, sans préjudice des sommes analogues qu'elle a dépensées pour les pauvres, à Gênes et aux environs.

Quand elle atteint ces grandioses proportions, quand, surtout, elle est accompagnée d'une grâce noble et simple, d'une bonté sûre, de l'intelligence et du savoir, la charité ne fait-elle pas pleinement Français ceux qui, venant d'outre-

monts, Font choisie pour guide et pour étoile sous notre ciel de France?

Les étrangers trouvent, au cercle de V Union, leurs amis naturels, les diplomates français : le marquis de Gabriac, le comte Lefehvre de Béhaine, le baron Mercier de Lostende, le marquis de Moustiers, le marquis de Noailles, le comte de Sartiges, le marquis de Vogiïé, le comte de Puyfontaine, le comte de Ghaudordy, le comte Xavier de Florian, le marquis des Nétumières, un Breton, dont la famille, alliée à madame de Sévigné, possède encore le manoir des Rochers, et le comte de Mosbourg, qui habite d'ordinaire le château de Merques, dans le Lot. Son père, lié dès l'enfance avec Murât, un compatriote, suivit la fortune du héros empanaché; il fut ministre des finances dans le ^rand duché de Berg, puis à Naples, lorsque Murât y ceignit la couronne royale. Là, Mosbourg présida à l'organisation financière, plus soucieux des intérêts économiques du royaume que docile aux ordres de Napoléon, impérieusement et directement transmis par la reine Garoline de Naples, sœur de l'empereur. Aussi, lors de sa restauration à

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Naples, la dynastie légitime des Bourbons respecta-t-elle le système financier qu*avait établi le ministre de l'usurpaleur. Chaque année, le roi Ferdinand envoyait au comte de Mosbourg le budget de l'État, modelé sur son œuvre d'autrefois.

Tous ces ambassadeurs, passés ou futurs, ont beaucoup vu et on bien vu. Leurs récits, leurs souvenirs éclaireraient utilement nos législateurs sur la portée internationale des lois et des actes qui déconsidèrent partout la France et appellent la pitié insultante des puissances continentales. Malheureusement, nos législateurs ne viennent pas les écouter au Cercle, et courraient grand risque d'être éconduits s'ils se présentaient à la porte.

Ce n'est pas dire que l'espèce en soit totalement absente. Au contraire, le Sénat et la

Chambre sont représentés à V Union. Mais les électeurs du Cercle paraissent avoir tenu compte de la qualité plus que de la quantité.

Le vicomte Blin de Bourdon, le comte de Maillé, le prince de Léon, et, depuis quelques jours, le vicomte la Bourdonnaye, représentent à la chambre, l'hiver, l'arrondissement qu'ils habitent l'été. Le père de ce dernier lut ministre de Charles X; il a fait ériger à Versailles la statue équestre de Louis XIV. Ce sont de grands seigneurs, à l'allure aisée, fine et distinguée. Ils sont députés, tant mieux ; mais ils chasseraient bien certainement leurs cochers, si leurs cochers se permettaient la tenue et le langage qu'affectent au Palais -Bourbon certains députés.

Au Sénat, V Union compte aussi quelques-uns des siens; et ce ne sont pas les premiers sénateurs venus : le duc de Broglie, le baron de Lareinty, le duc d'Audiffret-Pasquier, le duc de Rivière.

Celui-ci est le président du Cercle, le très digne successeur du duc de Luxembourg et du duc de Guiche.

Les qualités qui l'ont fait apprécier kV Union et qui lui ont valu sans conteste le premier rang, sont précisément celles qui, dans le département du Cher, lui ont mérité la sympathie des électeurs sénatoriaux, et qui, partout, lui ont conquis le respect, l'estime affectueuse de ceux qui le connaissent. Bienveillant et mesuré, sûr et pratique, serviable sans servilité, le duc de Rivière voit juste et droit. Il a contraint au respect ses adversaires eux-mêmes.

11 en a pourtant rencontré... et de bien plaisants. Je me rappelle, et pour cause, qu'un dimanche, le duc présidait à Ghâteauneufsur-Gher une conférence conservatrice. La population afflua de telle sorte que la vaste grange, prêtée pour la circonstance, se trouva trop étroite.

Or, le maire de la localité, un pur, irrité de voir la sympathie universelle se grouper si manifestement autour du sénateur royaUste, résolut de se venger.

Gomment se venger? Le duc, le conférencier, les auditeurs avaient agi légalement : aucune poursuite judiciaire, aucune vexation directe

n'était possible. Le maire, nommé Sacrot ou Margot, eut un trait de génie :

— Ah! je ne puis les atteindre, s'écria-t-il ! Eh bien ! la Sainte Vierge paiera pour eux : elle sera mise en pénitence !

Et^ séance tenante, pendant le dîner, le farouche magistrat libella un arrêté dont les grotesques considérants 'mériteraient de passer à la postérité, et qui est demeuré la fable du Berry.

Le dispositif, affiché à l'instant même, réglait que, pour punir le duc et ses amis, la Vierge, vénérée dans le pays, sous le gracieux vocable de Notre-Dame des Enfants, serait privée des honneurs accoutumés; que sa grande procession triomphale, à laquelle concouraient précédemment chaque année des milliers de petits enfants amenés de toutes les parties de la province, serait désormais abolie ! Ainsi la pauvre Madone, confinée dans sa basilique, devait expier publiquement les crimes du duc de Rivière ! On la suspectait de partialité pour les royalistes, et on la châtiait de cette inexcusable faiblesse !

2i AU GKRCLE

VU

V Union ne donne pas seulement asile à des diplomates, à des députés, à des sénateurs.

En cherchant bien, on y trouverait des écrivains, et même des écrivains fort agréables.

Tout le monde a lu les récits de lointains voyages qu'a écrits un membre du Cercle, le baron de Hubner, un Autrichien lettré qui fat ambassadeur de Sa Majesté Apostolique à Rome, et qui a couru le monde en touriste clairvoyant. Il a marié ses fdles en France, et, devenu presque Français lui-même, par la langue, par le culte de toutes nos vraies gloires nationales, il a tenu chez nous la plume, avec une élégance raffinée, avec un art de ciselure très justement admiré.

Un autre membre du Cercle, un diplomate lui aussi, aujourd'hui retiré dans un petit village, sur le coteau de la Loire, le baron Brenier, ancien ambassadeur de France à Naples, où il a

mérité du roi François 11 la plus flatteuse estime, ne me pardonnerait peut-être pas de citer ses vers tragiques qu'a maintes fois applaudis, sur des lèvres charmantes, la société tourangelle; mais il est permis du moins de répéter, avec tous les auditeurs de ces poésies colorées, graves et brillantes, que leur sentiment est toujours élevé, leur inspiration toujours délicate et leur goût toujours sûr.

Ne serait-ce pas encore kV Union qu'il faudrait demander l'auteur anonyme d'un livre que les libraires ne vendent pas, mais qu'on trouve sur les tables élégantes, le Dialogue des vivants, à l'usage des élèves déjct avancés?

Serait-on très éloigné de la vérité, en rapprochant de ces spirituelles boutades, mordantes, humoristiques, coupées à l'emporte-pièce, un nom très connu au Cercle, un nom qui fut, sous Louis-Philippe, celui d'un préfet célèbre, qu'on lit sur les plaques d'un boulevard à mi-côte du Trocadéro, que portent encore les heureux habitants d'un Eden artistique et fleuri dominant Paris tout entier du haut des premières terrasses de Passy?

Écoutez M. D... — si, décidément, il s'agit de M. D... — comme il fouaille nettement, et comme il vise juste :

(( — L'élégance consiste à se diriger vers le Bois de Boulogne plus tard que le voisin... pour lui faire croire qu'on n'a pas pu arriver plus tôt.

» — Mais que font les personnes élégantes jusqu'à ce moment ?

» — Elles attendent chez elles qu'il soit très tard; et elles ne savent comment s'occuper en attendant.

» — On ne dîne plus à aucune heure. Les invitations portent bien une indication timide; mais une femme, quand elle est invitée à dîner, tient à cœur d'arriver la dernière. Il en résulte que le dîner est détestable.

» — Quand le repas est terminé, que fait-on?

D — On pense à s'en aller.

)) — Est-ce difficile ?

)) — Gela dépend uniquement de la disposition des appartements et de l'endroit où la porte du salon se trouve placée.

» — A l'Elysée du faubourg Saint-Honoré, qu'y fait-on ?

» — Je ne pourrais pas vous le dire.

» — Pourquoi?

V — Parce que ce jardin est hermétiquement terme.

» — Mais n'y a-t-il pas auprès du jardin une maison d'habitation?

» — Oui, il y a auprès du jardin une maison d'habitation.

» —Qui l'habite?

)) — Un ménage.

» — Un ménage riche?

)) — Il le sera.

)) — Quand sera-t-il riche?

» — Dans deux ans. »

Enfin, il faut mentionner tout spécialement les beaux ouvrages du comte Pajol, un brave de Grimée, d'Afrique et d'Italie, qui, artiste, général, écrivain, a raconté avec autorité les exploits de Kléber, et les guerres de Louis XV.

On voit que les bonnes plumes ne manquent i^ixshVUnion.

Le nom du général Pajol,nous amène à l'élément militaire, glorieusement représenté dans les salons de Y Union.

Le comte Pajol a élevé deux monuments à la mémoire de son père, le premier général Pajol.

Il a raconté, en trois beaux volumes, la vie de ce brave.

Et, comme si la plume ne suflisait pas à l'hommage de sa piété filiale, il a sculpté la statue de son père, que la ville de Besançon à élevée sur sa place publique.

Ce père qui, à la fm du dernier siècle, dut sa brillante éducation militaire aux officiers de la vieille armée monarchique, notamment au comte Louis de Narbonne,a marqué dans toutes nos grandes victoires, à Austerlitz et à Wagram ; il a commandé l'avant-garde dans la campagne de Russie; il a été blessé à Mojaïsk, et laissé

pour mort, en 1813, sur le champ de bataille de Watchau. On sait sa bravoure à la charge de Montereau, où il mérita de Napoléon ce brevet d'immortalité : « Si tous les généraux m'avaient servi comme vous, l'ennemi ne serait pas en France. » L'empereur le fit comle et Louis- Philippe le créa pair de France.

Telle est l'épopée chantée par le général Pajol; elle lui a fourni des pages vibrantes, qui forment un brillant chapitre dans notre grande histoire mihtaire.

Il a mieux fait que de louer, il a imité; ses trois étoiles en font foi ; il les a conquises sur le champ de bataille, en 1870.

Et il n'a pas rajeuni seul les gloires de l'héritage; son frère, général comme lui, aussi estimé, — plus aimé peut-être, — son fils, le capitaine vicomte Napoléon Pajol, membre de V Union lui aussi, perpétuent l'honneur d'un nom qui impose la vaillance.

Un autre soldat, que V Union s'honore de compter parmi les siens :

Le général marquis de Galliffet, prince de Marti gués.

30 AU CERGLK

Il y aura vingt-quatre ans tout à l'heure que S. A. R. la grande duchesse de Bade, Stéphanie, visitant à Paris Napoléon ÏII, présenta aux Tuileries un élégant officier de cavalerie, son parent. L'empereur distingua cet esprit facile, énergique et brillant, cette physionomie expressive et distinguée, cette allure martiale, cette décision vigoureuse et ce charme endiablé qui, sur tous les terrains, trouvait peu de résistance. Le capitaine de Galliffet fut attaché à la personne du souverain.

Les anecdotes ont abondé sur la période exubérante de cette jeunesse joyeuse, aux riantes fanfares, aux prodigalités sans mesure, aux retentissantes équipées.

Si c'est dans un but d'hostilité qu'on exagère le scandale de ces chroniques légendaires, on se trompe; car on fait ainsi ressortir davantage la singulière puissance intellectuelle et physique d'une organisation qui s'est obstinément dépensée, sans arriver à s'épuiser, ni même à s'entamer.

Les jeunes officiers reprochent au général son manque de mémoire, quand il leur prescrit

aujourd'hui de négliger la recherche et le raffinement; ils ont obéi en riant, quand a paru sa circulaire contre l'abus des brosses à toilette et les fantaisies du luxe; mais personne, en revanche, ne peut lui refuser son ancienne et exemplaire autorité, quand il commande la discipline et l'énergie, quand il exige d' autrui l'entrain, la peine et la fatigue.

Il a débuté en 1848 comme cavalier de seconde classe ; et, si le bonheur Ta servi dans sa rapide carrière, il faut avouer qu'il a toujours et largement payé de sa personne.

Devant les murs de Malakoff, aux champs de Solférino, dans la tranchée de Puebla, contre les insurgés d'Algérie en 1864 et en 1873, enfin contre l'invasion allemande, il a combattu, bouillant comme le salpêtre et solide comme l'acier.

Vous savez le cri d'un témoin devant la charge héroïque d'illy, commandée par le général de Galliffet, après que le général Margueritte fut tombé, frappé à mort :

— Oh ! les braves gens !

Ce témoin enthousiasmé, c'était le vieil empereur Guillaume.

Chez le marquis de Galliffet, l'indépendance du caractère s'allie avec la pratique respectueuse de l'obéissance militaire. Sous Napoléon 111, il eut Taudace d'affronter un moment la disgrâce souveraine, en croisant le fer avec un membre de la lamille impériale, le jeune prince Murât. Et, depuis, on l'a vu, sans souci des clameurs républicaines, renverser de son piédestal la hideuse Marianne élevée à Dijon.

Le général vient souvent à V Union : c'est le seul cercle dont il fasse partie.

Il a cinquante-quatre ans; alerte, vigoureux, coloré, avec les cheveux blancs et drus taillés en brosse, il semble plus jeune encore.

Il arrive en complet gris et en petit chapeau, cause volontiers, sans redouter les hardiesses du langage militaire, ne se livre pas, s'assoit peu, et se dérobe avec empressement aux têteà-tete indiscrets.

Il trouve, 'àVUnioUy un vétéran, comme lui droit et solide, malgré quatre-vingts ans sonnés, le général baron de Ghabaud-Latour.

Il y a soixante-deux ans que celui-ci est sorti — le premier — de l'École polytechnique,

et il Y a trente-deux ans qu'il est général.

Nous l'avons vu ministre; mais ses meilleurs souvenirs remontent à cinquante ans, alors qu'il guerroyait en Afrique et accompagnait le duc d'Orléans à Mascara.

Ce protestant zélé, membre du conseil des Églises réformées de Paris, s'est toujours montré hautement respectueux des croyances catholiques. Alors qu'il était le maître, nos soldats pouvaient aller à la messe et accompagner à l'église le corps de leurs officiers; nous avons changé tout cela. Bien qu'originaire de Provence, il a fixé sa retraite près de Grenoble, au château d'Eybins où il a religieusement réuni les souvenirs du duc d'Orléans : il fut l'aide de camp de ce prince.

Encore un vieil officier, l'amiral marquis de Montaignac, ancien ministre, lui aussi, — nous en avons terriblement consommé/! Il porte vaillamment ses soixante-treize ans. Les lauriers de Crimée et les souvenirs du secteur de Passy, "pendant le siège, ont honoré son nom qu'une alliance toute proclie rattache au grand nom de Lamoricière.

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