AU C K R G L E
Le général de Miribel, la capacité administrative la plus indiscutée de Fétat-major général, a subi hautement et dignement les injustices qui honorent, les coups delà radicaille. Il est assidu à V Union où il passe pour l'un des causeurs les plus bienveillants et les plus intéressants.
Il pourrait, s'il était moins modeste, raconter ses glorieux faits et gestes pendant le siège de Paris, alors qu'il assistait le général Yinoy. Sa famille a abandonné le vieux château féodal du Dauphiné, Miribel-l'Enchâtre, mais on n'a oublié, ni dans les montagnes de Vif, ni à Grenoble, les illustrations d'une famille qui a compté des guerriers et des saints, notamment Béatrix de Miribel-Ornacieux, une chartrosine, morte en odeur de sainteté, et à laquelle la population de Parménie attribue des miracles.
J'ai parlé, hors tour, du général de Gharette, de Gharette causeur. Il faut que son nom trouve encore place au milieu de ces noms militaires qui brillent à Y Union.
Et cependant, puisque je dois me limiter sur cet intarissable sujet, je n'évoquerai de Gharette soldat qu'un souvenir, — ce qui va singu-
lièrement vous surprendre, — un souvenir de révolte. Il mérite mention parce qu'il est certainement unique dans cette vie militaire, depuis l'école de Modène jusqu'aux lauriers de Patay.
C'était le 20 septembre 1870. Soixante-dix mille hommes et deux cents canons assiégeaient Rome. Surpris à Viterbe avec un de ses bataillons par la nouvelle de l'invasion définitive, Gharette, échappant à la poursuite enragée du général Bixio qui voulait le couper en route, avait pu, avec son artillerie, rallier la capitale.
11 était donc à son poste, sur le rempart : le canon d'attaque tonnait depuis cinq heures du matin. A neuf heures, les vieilles briques de l'enceinte s'eiïondrent, entamées par les boulets, à côté de la porte Pie. La brèche est ouverte !
Pour les zouaves pontificaux, c'était le moment suprême si longuement attendu, le moment d'épuiser les dernières cartouches^ et de mourir tous, en opposant à l'assiégeant un dernier rempart, celui de leurs poitrines fidèles. La brèche se peuple de défenseurs; et, par sa plaie béante, les feux de peloton commencent, au commandement. L'ennemi, dont les pre-
miers rangs sont moissonnés, blesse et tue dans nos rangs.
A cette heure d'enthousiasme désespéré, en plein héroïsme, un officier de l'état-major général s'avance vers Gharette, et lui remet un pli.
Charette lit... et déchire le papier en mille miettes.
Gela vous étonne, n'esl-ce pas?
Encore faut-il qu'à cette délation, j'ajoute aussitôt deux mentions explicatives.
La première, c'est que l'ordre, tout lacéré qu'il eût été, fut exécuté ponctuellement, simplement, militairement.
La seconde, c'est que cet ordre, qui arrachait à de nobles cœurs une explosion amère, était ainsi libellé :
(( Le Pape a voulu seulement constater que violence était faite. Il estime, par conséquent, qu'il est inutile de permettre plus longtemps l'effusion du sang. Nous parlementons. Gessez