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LE JOCKEY-CLUB

Regardez, vers six heures, l'angle arrondi que forme la rue Scribe à sa rencontre avec le boulevard. Au premier étage, un long balcon de fonte ouvragée contourne l'immeuble superbe dont le rez-de-chaussée est occupé parle Grand Café. Sur la rampe, capitonnée de cuir, sont accoudés, le chapeau sur la tête, une vingtaine de curieux qui devisent, la cigarette auxlèvres, distraits parla foule variée qui grouille au-dessous d'eux, et par le va-et-vient des voitures de toute sorte qui encombrent, en cet endroit, la chaussée du boulevard. Quand le jour baisse, ils rentrent, par de larges portes-fenêtres, dans les

salons qui flamboient, vrais salons princiers, de dimensions et surtout d'élévation inusitées.

Si nous les suivons, nous ne trouvons pas précisément un Cercle, dans le sens restreint d'une intimité quotidienne: la société est plus nombreuse ici qu'à Y Union et, par conséquent, .moins étroitement liée; elle compte près de mille membres. Nous sommes donc plutôt dans une sorte de casino où l'admission, sans doute, est pesée, sévèrement discutée, mais où les rapports de chacun sont limités à ses propres amis, où l'on se coudoie sans souci du voisin, et où s'établissent des groupes distincts plutôt qu'une familiarité générale.

C'est le Jockey-Cluh,

Jeter un regard sur son passé, c'est résumer l'histoire de l'élégance française, depuis quarante ans; ce centre brillant n'a jamais abdiqué la royauté de la haute vie, dont il a saisi le sceptre à sa première heure.

Le sceptre est une cravache; car les goûts hippiques sont, chez nous, comme en Angleterre, la manifestation durable du luxe aristocratique.

Napoléon a daté de Moscou, et du même jour, le décret organique du Théâtre-Français et un décret qui autorise une abbaye de bénédictines dans une petite ville de Normandie : Verneuil. Cette activité prodii^ieuse et ce regard universel embrassaient tout en même temps. Ainsi, c'est du camp de Boulogne, où l'empereur équipait une flotte et préparait son infanterie à l'invasion de l'Angleterre, qu'est daté ce décret (1805):

ARTICLE 1'". — Il sera successivement établi des courses de chevaux dans les départements de l'empire les plus remarquables par la bonté des chevaux qu'on élève; et des prix seront accordés aux chevaux les plus vites.

En Angleterre, la même institution fonctionnait, à New-Market, depuis la reine Anne; à Ascott et à Epsom, depuis George II.

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