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IV PRÉFACE

drôlesses ou Taveu d'une perte de trois mille louis, de quoi nourrir, pendant toute une saison, cinquante familles pauvres ou de quoi nous acheter une rivière de diamants !

» Au surplus, quelle fut, sur ce point, ropinion de Charles X, dont nos grand'mères nous ont vanté la politesse raffmée et les manières exquises? C'est M. de La Brière qui nous le rappelle, et nous ne le lui faisons pas dire. En 1828, il répondit à un de ses fidèles, qui lui demandait l'autorisation de fonder le premier Cercle, le Cercle de V Union : « Les lois et les » règlements ne s'y opposent pas ; mais on va » tuer en France la bonne société. » Et il disait vrai; c'est de cette fondation que date la décadance de cette élégance de langage, de cette fleur d'urbanité qui comptait parmi nos gloires nationales et que les étrangers venaient chercher à Paris. C'est à cette époque que remonte la dictature du tabac à fumer, qui est à la tabatière ce que le calicot est à la dentelle; du tabac, c'est-à-dire d'un poison lent, qui alourdit le cerveau, assoupit toutes les facultés de l'esprit,

attache son odeur grossière aux habits, au linge, aux cheveux, à la barbe, et nous force, nous, pauvres victimes, ou de supporter ces senteurs nauséabondes ou de nous séparer de vous. Comment des lèvres brûlées par le cigare seraient-elles capables de murmurer ces jolis riens, ces légers et fins marivaudages dont se composait jadis la causerie, et qui lui donnaient tant de charme! Gomment des duh-men, même bien nés et bien élevés, qui sortent d'une conversation entre hommes, où ils ont librement parlé chevaux, filles, gaudrioles, gravelures, scan aies, rumeurs de coulisses et de boudoirs interlopes, le tout dans un style imagé et une langue plus naturaliste que celle de M. Zola, retrouveraient-ils la note juste , la gaze discrète, le joli sous-entendu de bonne compagnie, pour dire à une vraie femme, à une femme du vrai monde, ce qu'elle peut entendre en souriant, sans y mêler ce qu'elle ne saurait écouter qu'en rougissant? Est-ce tout ? Hélas ! non. 0 misère ! Mahomet allait à la montagne, quand la montagne refusait de venir à lui. Ainsi nous faisons

Yi PRÉFACE

dans notre faiblesse ou notre curiosité, pour ne pas être tout à fait délaissées, pour ne pas périr d'isolement et d'ennui. Ce n'est pas pour rien que nous sommes filles d'Eve; c'est la même chose; seulement, c'est tout le contraire. Eve fit manger à son mari la pomme fatale. A présent, ce sont nos maris, nos frères, nos amoureux, qui nous font avaler tout ce que nous ne pourrions rebuter sans les repousser euxmêmes. Si nous fumons la cigarette, si nous sommes métamorphosées en centauresses, si nous aspirons bravement les parfums de l'écurie, si nous parlons couramment la langue des palfreniers, des bookmakers et des entraîneurs, si nous courons sur les traces de Diane chasseresse, si nous affectons des allures garçonnières, si nous disons : a C'est crevant! c'esicanulant ! » elc, etc. », si nous fredonnons le répertoire de Thérésa, de Judic et de Jeanne Granier, ce n'est ni notre faute, ni celle de Voltaire et de Rousseau. C'est la vôtre, Messieurs, ou plutôt c'est la faute du Cercle; du Cercle, notre ennemi ! » Ainsi parleraient Célimène et Araminte,

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