‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 10 sur 251 · Salsolées · texte numérisé non relu

Salsolées

appelé, du mot arabe sued, d'où nous avons fail soda, nom scientifique de la soude.

L'utilisation de ces plantes remonte à une époque lointaine; et encore aujourd'hui des bateaux arabes sont employés à leur récolte.

Près de la rive, sortaient de l'eau, en massifs étendus, de grands bouquets d'avicennia, si communs dans les mers des tropiques, et dont le beau feuillage, pareil à celui du laurier, formait un contraste frappant avec la brune nudité du sol voisin. A une profondeur de trente pieds, se déployaient de vastes prairies sous-marines, composées d'algues de toute espèce, où vont pâturer les tortues et les dugongs, très-nombreux dans cette partie de la mer Rouge. Ce doit être une affaire pour ces créatures massives et peu agiles de tirer leur subsistance, brin à brin, de ces menues folioles. Il est vrai que c'est là tout leur travail; elles peuvent s'y livrer à loisir; rien ne les presse.

En été, les îlots servent de retraite aux bandes d'oiseaux de mer, qui vont nicher dans ces lieux paisibles. Au mois de juillet 1864, nous avons recueilli plus de deux mille œufs de sterne sur un de ces îlots, dont la partie sèche n'avait pas deux mille pieds carrés.

Comme la nuit approchait, le vent tomba; et, les voiles flottantes, nous dérivâmes jusqu'à la hauteur d'un endroit appelé Dourrour. Deux anciens postes militaires y montraient leurs murailles blanches, et ressemblaient assez aux tours d'observation de nos forteresses. Ces postes, dit-on, furent construits par ordre de Sélim II, lors de la conquête de l'Yémen. Débris mesquins du passé, ils témoignent d'un état de choses qui dure encore sur cette côte inhospitalière, où rien n'a changé : les institutions pas plus que les écueils du rivage.

Je n'oublierai jamais les nuits que j'ai vues s'écouler sur cette mer dans un calme plat. Impossible de dormir; noyé dans la sueur, on ne pouvait que rester près de sa lampe, s'cfïbrçant d'espérer qu'au point du jour la brise serait moins chaude.

L'air et l'eau, combinés en une masse infinie de vapeur, ne laissaient pénétrer qu'une lueur blafarde et livide. Une raie brillante fendait seule le voile au-dessus des flots; elle sortait d'une déchirure de l'horizon, qui semblait être la source de toute la clarté répandue ; mais apparence illusoire, car la lune était au-dessus de nos têtes. La barque flottait sur l'eau dormante, comme eut fait l'ombre d'un navire au sein d'un globe

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