‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 9 sur 251 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

timonier fredonnait comme en rêve, aux heures les plus chaudes du jour, alors que sommeillait l'équipage, et que, pareille à un esprit des ondes, notre barque fendait sans bruit les flots d'émeraude. L'enchantement de ces eaux féeriques, peuplées de myriades d'objets vivants de toute forme, de toute nuance, est au delà de toute description.

Sans perdre de temps, sans même entrer dans la ville, j'avais pris la mer avec ma petite barque indigène. Nous limes d'abord peu de chemin; mais dans la seconde moitié du jour, il vint du nord-est une belle brise, qui dura toute la nuit : de telle sorte que le matin, après avoir fait près de cent milles ' en vingt heun nous lâchâmes nos voiles, par 21° de latitude nord, au pied des montagnes que j'avais déjà visitées. Devant nous la cote de Nubie se fermait presque entièrement. Une boussole d'un genre très-primitif nous aida à sortir de cette impasse.

Je vis avec joie que mes bagages n'avaient pas été mouillés , ainsi que me l'avaient fait craindre les allures de notre bateau, qui, par la grosse mer que nous avions eue, avait roulé et tangué d'une façon alarmante.

Nous suivîmes la côte: chaque point de vue me rappelait de doux souvenirs de mon premier voyage, que nulle traverse n'avait gâté. A peu de distance était le cap Rahouaï, où la formation d'une lagune a donné lieu à des salines naturelles. Les produits de ces salines suffisent à la consommation de Djedda, et s'exportent dans l'Inde. Toutefois le sel n'y est recueilli que pendant les huit mois les plus chauds de l'année, époque où la mer est basse, c'est-à-dire à deux ou trois pieds au-dessous du niveau qu'elle offre en hiver. La seule explication de cette différence d'altitude est dans la permanence de la direction du vent, jointe à la situation du bassin. La mer Rouge est placée de telle sorte que le vent qui prévaut dans la saison brûlante, chasse les vagues avec force vers le Bab-el-Mandeb, où l'étroitesse dû passage en retarde la sortie, d'où résulte une énorme évaporation.

La bande qui se déroule entre la mer et le pied des montagnes, avec son ourlet de corail, était cachée à nos yeux. Un vert tapis de plantes salines couvrait la cote, longeant la ferre pendant des milles ; plantes principalement du genre suœda -, ain>i

1. Le mille employé dans tout le cours du voyage est le mille marin de soixante au degré, équivalant, en chiffres ronds, à 1832 mètres.

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