‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 103 sur 251 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sant; il rappelle les auchéniptères ou synodontes, qui, toutefois, s'en distinguent par la nageoire caudale, qu'ils ont fourchue.

Un autre poisson des plus communs dans les mômes eaux est le bichir du Nil, polyptère que les Bongos appellent gourr. La gravure ci-jointe représente un jeune bichir de neuf pouces de lon-

Kilnoky, nouvelle espèce de silurien.

gueur qui se fait remarquer par la frange dont est bordé l'opercule des branchies.

Vheterotis niloticus , nommé ici goggoh, poisson élégant aux larges écailles, a la chair tendre et de bon goût, ce qui le rend précieux ; car, si peuplée qu'elle soit , la rivière n'est pas riche

Polyptère.

en espèces savoureuses. Les poissons mangeables qu'elle renferme appartiennent généralement à la section des characins; par exemple le kyello des indigènes [hydrocyon de Forskal). C'est un poisson rayé de gris, dont la robe a le doux éclat des perles, et qui pour la forme ne ressemble pas mal au saumon ; ses nageoires sont rouges, et sa tête, aux mâchoires effilées, armées de dents coniques, une vraie tête de chien, justifie amplement le nom

scientifique qu'on lui a donné. Avec lui, et de la môme famille, se trouvent Yichtyborus microlepis, raha des naturels, qui se fait remarquer par sa tête de brochet; l'hilou [distichodus roslratus), poisson à petites écailles; et celui que les indigènes appellent tonga. Il y a en outre le kélo [alestis] et le dologo [citharinus).

Parmi les perches, qui jouent un si grand rôle dans les eaux de cette région, abonde le golo [lates niloticus), d'un gris argenté; et peut-être plus encore le vouarr, chromis des savants, qui est de la longueur du doigt, et dont il existe plusieurs descriptions. Au moment où il sort de l'eau, ce dernier est d'un vert sombre, traversé obliquement par de larges raies plus foncées. Toutefois les plus communs, ceux qu'on trouve dans toutes les mares, dans tous les bourbiers que l'inondation laisse derrière elle, sont des silures de l'espèce des clarias, dont la chair blanche a un goût de vase détestable; et le gigongo des indigènes, tellement pareil, de couleur, à la fange brune dans laquelle il se roule qu'on ne peut l'en distinguer. Une sorte rare est le benghé, petit poisson de la même espèce que le chilbé.

Intéressant, en ce sens qu'il représente en Afrique une espèce indienne, est Yophiocéphale obscur, poisson brun tacheté de gris.

Il ne reste plus à mentionner, parmi le fretin, que le ndir [cténopome de Petherick), d'un vert bleuâtre, qui appartient aux labyrinthiformes ; le marengo [labeo de Forskaï] et le meull (mormyrus cyprinoïdes*}.

Les Bongos ont plusieurs manières de conserver les produits de leur pêche; d'abord la salaison et le boucanage. Dépourvus de sel proprement dit, ils y suppléent par le sous-carbonate de soude qu'ils tirent de la cendre. Le poisson est ouvert dans toute sa longueur, séché au soleil, puis suspendu dans les huttes, où la fumée est plus que suffisante pour achever l'opération. Une autre méthode consiste, après avoir coupé le poisson et l'avoir fait sécher, à le piler dans un mortier jusqu'à le réduire en une pâte, que l'on met en boules de la grosseur du poing. Cette pâte, d'un haut fumet, est très-estimée pour les potages et pour les sauces, qui n'ont pas d'autre condiment et dont elle est le seul aromate.

A Koulongo, il me fut parlé en des termes si extravagants des mauvais esprits qui habitaient les cavernes du voisinage, que

1. Les poissons dp ce genre sont désignés à Khartoum sous le nom de chachm-elhenat, qui signifie bouche déjeune fille.

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