L'ardeb vaut environ cinq boisseaux
grain généralement employé était le sorgho, le produit un trèspauvre alcool. Tous les Nubiens des zèribas consommeraient beaucoup d'eau-de-vie s'ils en avaient à discrétion, et absorbent tous les spiritueux qu'ils peuvent se procurer. Ils n'en sont pas moins d'un fanatisme irréprochable, ne manquent à aucune de leurs pratiques religieuses et observent avec scrupule le jeûne du ramadan.
A chaque envoi, les magasins de la principale zèriba recevaient des rangées de bouteilles garnies d'osier, faites pour la plupart à Breslau. Ces bouteilles, remplies d'alcooliques, arrivaient jusque-là par Alexandrie et Khartoum, avec leur premier emballage. Les agents buvaient la liqueur toute pure et ne la trouvaient jamais assez forte; les autres y mettaient deux tiers d'eau, ou la mêlaient à leur mérissa. Dans leurs orgies ils avaient coutume de m'assiéger de leurs demandes, pour obtenir des radis piquants de mon jardin, qu'en pareil cas ils semblaient apprécier d'une façon particulière. Ce qu'il y avait pour moi de plus révoltant dans leur ivresse, c'est qu'elle avait lieu invariablement dès les premières heures du jour, et que jusqu'au soir ils étaient incapables de se tenir sur leurs jambes. La boisson les rendait non moins querelleurs que des Européens ; l'irascibilité méridionale s'exaspérait bientôt; le sang ne tardait pas à couler, et il n'était pas rare qu'il y eût des morts.
Après un séjour de quarante-huit heures, je quittai Gourfala, où une quantité de Ghellabas se sont établis ; et, faisant deux petites lieues du côté de l'ouest, j'arrivai à Doumoukoû, cinquième zèriba de Ghattas. Le chemin, cette fois, se déroulait sur un terrain ferme : une steppe entrecoupée de bois épineux. L'herbe dont le sol rocheux était garni semblait être permanente. D'une seule espèce, et couvrant de larges étendues, elle me rappelait les épis ondulants de nos champs de blé. Cette région qui paraît être dépourvue de forêts, est beaucoup plus riche en variétés d'herbes vivaces que les plaines et les prairies d'Europe.
A peu près à moitié chemin, dans une dépression de la savane, se trouve un étang, qui alors était couvert de grandes oies de Gambie à tête rouge, et au-dessus duquel volaient une quantité de veuves. Ce n'est que dans la saison pluvieuse que ces oiseaux quittent le Nil, et se dirigent vers l'intérieur.
A Doumoukoû, tout le monde était en émoi; une expédition pourleDjébel-Higgou, expédition à laquelle s'associait Abou-Gouroun, et qui devait compter une centaine de soldats, était en train de s'équiper. Moukhtar, le chef de la troupe, m'assura à diverses