CHAPITRE VI
peu près le sésame, qui, à l'exception du sorgho, est la plante la plus estimée des Bongos.
Un autre végétal du pays qui donne également une graine oléagineuse est Vhyplis spicigère, que les Bongos appellent kindi. Semé dans les champs, puis abandonné à lui-même, il croît, à demi sauvage, au milieu des chaumes, et s'y établit sous la forme d'un très-bel arbrisseau. Les Bongos, et surtout les Niams- Niams, font de grandes provisions des semences de l'hyptis. Ces graines, menues comme celles du pavot, sont broyées de manière
Kosaria palmata.
à former une sorte de coulis, employé par les naturels dans leurs ragoûts et dans leurs sauces, et qui, pour l'aspect et pour la saveur, ressemble beaucoup à la bouillie de chènevis des Lithuaniens. De même que celles du pavot et du chanvre dans les pays du Nord, les graines de sésame et d'hyptis sont tellement appréciées dans cette région, qu'elles y sont mangées au naturel, dans le creux de la main, et, pour employer l'expression de Boccace, more avium.
Plusieurs espèces d'ignames (dioscorea (data et dloscorea ou helmia bulbifère) se trouvent dans les clos des Bongos et des Din-
kas cl se voient çà et là près des habitations, où elles se cultivent sous l'œil des propriétaires, ainsi que le maïs. Les Niams- Niams et les Mombouttous, qui préfèEent les tubercules aux céréales, s'adonnent surtout à la culture de la patate, du manioc, de la colocase et d'autres plantes tubéreuses inconnues aux peuplades moins méridionales.
Tous les ignames de cette région paraissent avoir la même forme, celle qui, pour ce genre de produit, est regardée comme la plus parfaite. Les tubercules sont très-longs, et présentent, à leur extrémité inférieure, des lobes épais, sorte de digitation qui les fait ressembler au pied d'un homme, ou plutôt, en raison de leur
Igname.
volume, à un pied d'éléphant : ceux qu'on m'apporta pesaient de cinquante à quatre-vingts livres. L'igname de ces parages cuit facilement; la substance en est farineuse et légère, un peu granulée, d'une texture plus lâche que celle de nos pommes de terre lea plus tendres; et, pour le goût, décidément supérieure à celles-ci.
Les bulbes de l'hclmia — nyitti des indigènes — se développent sur les tiges grimpantes, à l'aisselle de chacune des feuilles. Ils rappellent la forme de la noix du Brésil, — un segment de sphère à bord tranchant, — et ressemblent beaucoup à la pomme de terre, principalement sous le rapport de la saveur et du volume; ils ont le même épiderme; et leur couleur, qui parfois est