CHAPITRE VIL
décorent les oreilles et les lèvres, et de grandes épingles en l'orme de lance, qui leur servent à la (bis pour diviser leurs cheveux et pour s'orner le haut de la tète.
La parure dont les hommes sont le plus fiers est le danga-bor, mot qui signifie « anneaux superposés ». Le même ornement se voit chez les Dinkas et chez les Diours; mais celui des Bongos est d'un travail bien supérieur. Chacun des bracelets qui le composent offre une saillie décorative, exactement pareille à celle des autres cercles, et présente un diamètre en rapport avec la place qu'il doit occuper au-dessus du poignet. Il résulte de l'ensemble de tous ces anneaux un brassard à la fois juste et
Le danga-bor et l'un de ses anneaux.
flexible, dont chaque partie, indépendante des autres, peut se tourner ou s'enlever à volonté.
Presque aussi habiles à travailler le bois que le fer, les Bongos ont une aptitude réelle pour la sculpture. Ils en donnent la preuve dans la fabrication de divers ustensiles, principalement dans celle des petits tabourets dont chaque ménage est pourvu. Ces petits sièges, appelés hegbas, sont toujours faits d'une seule pièce; le bloc est pris dans une bille de gheul [prosopis lancéolé de Bentham), qui a le bois d'une teinte marron et qui, par l'usage, acquiert un très-beau poli. Destiné aux femmes, que l'on y voit continuellement assises devant leurs cases, l'hcgba n'est jamais employé par les hommes, ceux-ci regardant tout siège
élevé au-dessus de terre comme élaut un objet d'un luxe efféminé.
Les autres produits de l'adresse menuisière des Bongos sont les fléaux pour battre le grain, les auges où l'huile est pressée, les pilons et les mortiers, plus remarquables que tout le reste, dans lesquels le grain est concassé avant d'être réduit en farine sur la pierre. Très-gracieuse est Ja coupe de ces mortiers, dont la hauteur excède rarement deux pieds et demi, et qui ont la forme d'un gobelet. Au lieu d'être enfoncés dans la terre comme le sont généralement ceux des Dinkas et des Diours, ils restent mobiles, et peuvent se transporter d'un endroit à un autre. Barth a vu des mortiers semblables chez les Mousgous ; on en a trouvé également de pareils chez les Ovambos, les Makololos et d'autres peuplades africaines. Le grain y est concassé par deux
Tabouret des Bongos.
femmes, qui, alternativement, soulèvent et laissent retomber le lourd pilon dont chacune est munie, d'après la méthode usitée en Afrique de temps immémorial, ainsi que le prouvent les peintures des monuments égyptiens.
Les Bongos font en outre des cuillers en corne d'un dessin très-élégant et de la même forme que celles que l'on vend partout en Europe.
Mais depuis l'époque de leur assujettissement, depuis l'exploitation de leurs forces par les envahisseurs, les Bongos ont perdu beaucoup de leurs usages primitifs. Leurs coutumes disparaissent; et je me suis plus arrêté aux anciens souvenirs, qui témoignaient d'une condition plus heureuse, qu'à tous les actes effacés de leur vie présente. Gomme sur les rives du lac Tchad, au Bornou et dans les autres provinces du Soudan, la puissance destructive de l'islamisme s'est révélée ici par l'effacement de tout ce qui était la marque d'un progrès, le signe d'une acti-