CHAPITRE VIL
tonnerre, sont-ils ce qu'il y a de plus caractéristique dans cette harmonie imitative. L'averse fouettant le feuillage, et faisant claquer ses larges gouttes sur les branches, est représentée par Je cliquetis des cailloux secoués dans les gourdes, et par le bruit sec des brindilles que les femmes et les enfants battent les unes contre les autres.
Il nous reste à citer quelques exemples de l'industrie des Bongos, qui, relativement à ceux qui les entourent, sont des ouvriers remarquables. Leur vannerie, sans être fine, ne manque pas de valeur. Ils ont pour filtrer leur bière ' des espèces de chausses qui rappellent les sacs dans lesquels nous arrive le café. Leurs paniers, faits en éclats de bambou, sont grossiers, mais solides. Pour transporter le grain et la farine, ils s'improvisent des corbeilles d'une facture des plus ingénieuses. Prenant les feuilles coriaces du combret et du terminalia, ils insèrent Je pétiole de l'une dans le limbe de deux autres, et forment ainsi des bandes de feuillage dont ils composent, en quelques minutes, un panier sphérique, à la fois résistant et flexible, qui remplit parfaitement son office.
Les Bongos font très-peu de nattes; mais leurs cases ellesmêmes sont en vannerie, ainsi que leurs ruches. Ces dernières, qu'on voit habituellement sous l'arbre à beurre voisin de la hutte, sont des cylindres ayant à mi-corps une ouverture carrée de la grandeur de la main.
Les abeilles qui occupent ces ruches sont de la même espèce que les nôtres. Dans toute cette province, la récolte du miel, sauvage ou non, est extrêmement abondante et de qualité supérieure; l'arôme du gardénia, à la fois suave et intense, s'y retrouve d'une manière sensible et dans toute sa pureté. Mais où l'euphorbe candélabre est répandu, le miel acquiert les propriétés drastiques de cette plante vénéneuse, et a fait accuser plusieurs fois les indigènes d'avoir voulu empoisonner les Nubiens.
La chasse et la pêche devenant à certaines époques l'occupation générale, la fabrication des filets, des nasses et des pièges a nécessairement une grande importance. Pour les filets destinés aux oiseaux, et pour les lignes de pêche, les Bongos emploient les fibres que donnent si abondamment l'hibiscus et le crotalaria cultivés. Dans les cas ordinaires, ils font usage de l'espèce de tille du grewia mollis. Le sansôviéra de Guinée produit une
]. Le léghuy, fait avec du sorgho.
filasse non moins abondante et beaucoup plus belle, mais qui n'est pas solide. Après avoir été enfouie dans le sol des marais, où elle prend une couleur noire, elle sert uniquement à confectionner la queue de clieval que les femmes suspendent à leur ceinture, et qui flotte derrière elles. Le coton, dont les Dinkas fabriquent leurs lignes de pèche, et dont ils font des plantations, n'est pas cultivé par leurs voisins.
Chez les Bongos, la poterie est du ressort des femmes, qui ne reculent pas devant les difficultés de cette lourde tache, et qui, sans tour, font, simplement à la main, jusqu'à des fontaines de trois pieds de diamètre, ayant la forme la plus régulière. En général leurs amphores sont ovoïdes; elles les portent sur leur tête, l'extrémité la moins large posée sur un coussinet, fait en paille tressée, ou bien avec des feuilles.
Qu'ils soient destinés à contenir de l'eau, ou à renfermer l'huile, à servir de four ou de marmite, aucun de leurs vases de terre n'est pourvu d'anses. Ne connaissant pas le moyen de se débarrasser du mica dont leur argile est mélangée, leur poterie, d'ailleurs cuite insuffisamment à l'air libre, est trop cassante pour admettre un genre de poignée quelconque. Afin d'obvier à cette absence, l'extérieur du pot est décoré de triangles, de zigzags, de lignes concentriques ou de spirales qui en rendent la surface raboteuse, et qui l'empêchent de glisser dans la main. La vaisselle, dont la matière est fournie par les gourdes, ainsi que les bouteilles, faites avec le même produit, sont généralement ornées de plusieurs rangs de dessins triangulaires d'une couleur foncée.
Un soin extrême est apporté à l'exécution des fourneaux de pipe; ces fourneaux d'argile, d'un fini parfois très-remarquable, ont souvent le cachet européen. Il n'est pas rare qu'ils aient la forme d'une tête humaine ; on les considère alors comme des œuvres d'art, et leurs possesseurs ne veulent les céder à aucun prix. La préparation des cuirs pour tabliers, pour ceintures, etc., s'est bornée jusqu'à ces derniers temps, chez les Bongos, ainsi que probablement chez tous les nègres païens, au procédé mécanique du foulage, d'abord avec des cendres et de la fiente, ensuite avec de la graisse et de l'huile, jusqu'à ce que la peau ait acquis le degré de souplesse voulu. Mais aujourd'hui les indigènes ont, par l'entremise des Nubiens, fait connaissance avec le tannage des cuirs ; et il est probable que la nouvelle méthode s'étendra peu à peu vers le sud, comme, en partant du