CHAPITRE VII
Cap, elle a remonté vers le nord. Avant l'arrivée des colons, pas un peuple du midi de l'Afrique n'avait découvert l'usage du tan, bien que la peau de bête jouât un grand rôle dans l'économie de ces tribus.
L'écorce la plus employée cbez les Bongos est celle du ghéré [hymenocardia Heudelotii) ; elle donne une poudre rouge dont FefTet est des plus satisfaisants.
Parlons maintenant du costume et de l'aspect de la population, étude qui n'est pas moins importante pour l'histoire de l'homme, que la description du port et du feuillage pour celle des végétaux. A défaut d'habillement, des blessures décoratives jouent un grand rôle dans tout ce pays, où le sauvage est, volontairement, plus esclave de la mode que pas un de nos fashionables les plus raffinés.
Ici, comme partout, le sexe fort tient essentiellement à se distinguer de l'autre, et la toilette des hommes diffère largement de celle des femmes. Néanmoins, dans toute la province du Ghazal, l'affreuse coutume de l'extirpation des incisives de la mâchoire inférieure est commune aux deux sexes; l'opération a lieu dès que les dents permanentes ont remplacé les dents de lait. Sur la frontière méridionale, près des Niams-Niams, cet usage n'est plus rigoureusement suivi ; mais, à l'instar des voisins, les dents qui devaient être arrachées sont limées en pointe, et parfois toutes les autres; ou bien il y a cumul : les dents supérieures deviennent pointues, et celles d'en bas disparaissent. Enfin, il n'est pas rare de voir des vides pratiqués entre les dents centrales de la mâchoire supérieure, où parfois les quatre incisives ont entre elles des intervalles qui permettraient d'y insérer un tuyau de plume.
La circoncision est inconnue dans toute la province.
Moins complètement nus que les Dinkas, les Chillouks et les Diours, les Bongos ont en général un petit tablier de cuir, ou bien, depuis quelque temps, une bande d'étoffe passée dans la ceinture, et dont les bouts retombent par devant et par derrière. La ceinture ne manque jamais. Tous les habitants du sol rouge, les Bongos, les Mittous, les Niams-Niams, les Krédis, sont traités de femmes par les Dinkas; les femmes, chez ces derniers, étant les seules qui n'aillent pas entièrement nues. Par contre, celles des Bongos, surtout dans la région des collines, refusent opiniâtrement toute parcelle de cuir ou d'étoffe. Une branche souple et garnie de feuilles, généralement fournie par le combret, ou
même un bouquet d'herbe, l'un ou l'autre, attaché à la ceinture, comme le tablier des hommes , leur paraît devoir suffire et compose toute leur garde-robe. Néanmoins, elles y ajoutent souvent la queue en filasse de sanséviéra, dont nous avons parlé plus haut, et qui est très-bien portée. Dans les grandes occasions — bal ou festin — la tête se décore de plumes; à part cela toute la personne est découverte.
Règle générale, hommes et femmes portent les cheveux courts, souvent tout à fait ras , excepté dans le sud du territoire, où les coutumes voisines exercent une grande influence, et où les deux sexes ont des coques et des nattes se rapprochant le plus possible de la coiffure des Niams-Niams.
On s'imagine peut-être que cette tenue si primitive révèle chez ces élégantes, vêtues d'un bouquet de feuilles, des charmes édéniques; le premier regard suffirait pour détruire l'illusion. Une femme adulte acquiert ici une telle ampleur de ceinture, une telle masse de chair, qu'on est d'abord frappé de la disproportion qui existe entre les deux sexes. Chez elle la cuisse est fréquemment de la grosseur de la taille d'un homme, et le tour de ses hanches rappellerait celui de la fameuse Vénus qui est reproduite dans l'atlas de Cuvier. De pareilles formes ne sont plus le privilège exclusif des Hottentotes; je les ai rencontrées journellement chez les Bongos; et pour désigner cette hypertrophie il n'y a pas d'autre nom que steatopyga. Dans certaines attitudes, par exemple quand ces dames portent sur la tête leurs énormes cruches d'eau, leur corps se profile à peu près comme un S renversé, dont les courbes échangeraient continuellement leurs positions respectives. La queue de filasse, brochant sur le tout, accroît l'étrangeté du tableau ; et la silhouette de ces grasses personnes, marchant d'un pas solennel, évoque le souvenir d'un babouin qui danse. J'affirme que, parmi ces beautés, il n'est pas rare d'en trouver qui pèsent trois cents livres.
Il y a peu d'habitants de l'Afrique centrale qui aient l'amour de la parure au même degré que les Bongos. Les femmes se chargent la poitrine de colliers. Moins difficiles que les autres, elles prennent indifféremment, sans regarder à la forme ni à la couleur, toute la rassade que peut fournir le marcjié de Khartoum.
Les hommes n'aiment pas la verroterie; ils lui préfèrent les curieux petits morceaux de bois que l'on trouve dans toutes les parties de l'Afrique, où ils sont portés de différentes manières. A ces bûchettes, ils mêlent des racines ayant dans leur dessin