‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 133 sur 251 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Les bijoux d'or et d'argent étant fort rares dans le Soudan oriental, même chez les Nubiens, et la province qui nous occupe ne fournissant pas de métaux précieux, il est naturel que lor et l'argent soient inconnus aux Bongos. Ceux-ci, différant en cela des Diours, n'attachent môme qu'un prix minime au laiton.

La lance, l'arc et les flèches constituent l'armement des Bongos; chez eux le bouclier est d'importation étrangère, et il est rare qu'ils en fassent usage.

Bien qu'ils n'aient plus l'habitude de combattre, ne fournissant qu'un petit nombre des leurs pour les razzias de bétail et les expéditions dans le sud, les Bongos n'en sont pas moins des archers d'une habileté merveilleuse. Nous aurons plus tard l'occasion de citer des preuves de leur adresse. Leurs arcs ont une dimension remarquable; j'en ai vu de quatre pieds de longueur. Les flèches sont presque toujours d'un mètre; et au lieu d'avoir pour hampe la tige creuse d'une herbe, elles sont taillées dans une pièce de bois. La coupe du fer leur donne également un cachet national.

Quand on a passé quelque temps dans cette région, il est facile de reconnaître à quelle peuplade appartiennent les armes que l'on a sous les yeux ; car toutes se distinguent par des traits particuliers, dont la description nous mènerait trop loin. Nous dirons seulement que les Bongos, de même que les nègres du Haut-Fazogl, gens des bords du Nil-Bleu supérieur, empoisonnent leurs flèches avec le suc laiteux d'un euphorbe.

Cette plante, dont j'ai recueilli cette fois quelques échantillons, n'est pas Y euphorbe mammaire, ainsi que M. Trémaux l'a dit et représenté dans son atlas1, mais l'une des nombreuses variétés de l'espèce à forme de cactus, que présente la flore africaine des tropiques, surtout dans les parties sèches. L'euphorbe dont nous parlons, et qui diffère entièrement de celui de l'Afrique australe, est le venefica : une plante rameuse et diffuse de cinq à huit pieds de hauteur, qui parfois compose des massifs étendus dans les forêts clair- semées, et que l'on ne revoit ensuite qu'après plusieurs jours de marche. Non-seulement les grosses branches qui ont deux pouces d'épaisseur, mais encore les ramilles sont revêtues d'une écorce d'un blanc de neige, et couvertes de protubérances épineuses, distribuées une à une au-dessous de la cicatrice des feuilles. A l'extrémité de chacune des branches

Page 1