Trcoiaux, Voyage pittoresque au Soudan, pi. XiV
est un bouquet de feuilles charnues et lancéolées, ayant jusqu'à six pouces de longueur.
Les Bongos ont donné à cet euphorbe le nom de bolloh, en opposition à celui de kâkoh, par lequel ils désignent l'euphorbe candélabre qui est commun dans le pays, et beaucoup plus grand, mais bien moins vénéneux; car si à l'état frais le suc du bolloh est appliqué sur la peau, il y produit une vive inflammation. Je ne crois pas néanmoins que la manière dont les Bongos l'emploient en fasse un poison dangereux; ils retendent sur la pointe et sur les barbes de leurs flèches quand il est desséché; c'est alors une pâte d'une fusion difficile, et qui ne peut guère se mêler au sang avec lequel elle n'est pas assez longtemps en contact.
Les jeux des Bongos ont un cachet non moins primitif et non moins original que celui des concerts dont nous avons parlé. Un entre autres, qui est excellent pour former d'habiles chasseurs, mérite qu'on s'y arrête.
Les joueurs, réunis en grand nombre, sont armés d'épieux, faits d'un bois très-dur, et forment un large cercle. A l'intérieur du rond, court rapidement un individu qui tient une corde, à laquelle est attaché un morceau de bois blanc. Au moment où il passe, chacun s'efforce d'atteindre, avec son bâton, la pièce volante; cette dernière tombe dès qu'elle est frappée, et l'adroit viseur est l'objet d'une ovation.
Dans un autre jeu, qui ne demande pas moins d'habileté, le morceau de bois est taillé en croissant et porte au milieu une courte ficelle. Les adversaires composent deux lignes qui se regardent, et qui sont à vingt pas Tune de l'autre. Jeté vigoureusement, de telle sorte que l'un de ses bouts frappe le sol avec force, le croissant rebondit et tournoie dans l'air, à ia façon du boumérang. Il s'agit alors de le saisir au vol par la petite corde, chose difficile et qui vous expose à recevoir un coup violent, auquel on ne peut échapper qu'avec infiniment de sang-froid et d'adresse. Légèrement modifiés, ces jeux pourraient être adoptés en Europe, et figurer dans le programme de nos fêtes de village.
Quant aux idées et aux mœurs des Bongos, j'avoue ne pouvoir en parler qu'avec une extrême réserve. Les deux années que j'ai passées dans le pays, en qualité de voyageur, ne m'ont permis d'entrevoir les mystères de la vie privée des habitants que d'une manière superficielle. Toutefois les récits de témoins oculaires,