CHAPITRE VIL
en une quantité de sétons formés de grosses mèches de la rude filasse du grewia, et introduits dans la partie lésée. Il y avait là, entre autres, un genou, extrêmement gonflé, qui n'était pas moins lardé qu'un râble de lièvre.
Comme résolutif ou comme antiseptique, les Bongos, ainsi que les peuplades voisines, font sur la blessure une application d'ocre rouge, seul produit minéral qu'ils emploient en pharmacie. Pour accélérer la guérison, ils font usage de l'écorce amère et astringente de différents arbres, tels que le prosopis, l'hyménocardia et l'arbre à beurre *.
A l'égard de la syphilis, qui, avant l'arrivée des Nubiens, leur était inconnue, les pauvres gens n'ont pas d'autre remède que l'écorce de l'heddo [anogeissus], écorce riche en tannin, mais qui, pour cet objet, n'a rien de curatif.
On ne voit chez les Bongos ni estropiés, ni gens contrefaits. Mais dans un pays où, malgré la sollicitude maternelle la plus active, l'enfant est exposé à tous les périls de la vie sauvage, comment un infirme soutiendrait-il la lutte pour l'existence? Seulement, de temps à autre vous rencontrez quelque nain; et je présume qu'il y a parfois des muets, puisque dans le langage il se trouve un mot pour désigner le mutisme.
Les bindâkoSj c'est-à-dire les fous, sont garrottés et jetés dans la rivière, où d'habiles nageurs les reçoivent et les plongent à diverses reprises. Si le traitement ne le guérit pas, l'insensé est tenu en réclusion et nourri par sa famille. En général, le sort des fous est ici beaucoup plus heureux que celui de n'importe quel vieillard.
Pour entretenir la force chez les malades, certaines viandes sont prescrites; on recommande surtout, en pareil cas, la chair du goûlloukou (tmetoceros ou bucorve d'Abyssinie)1\\\\ calao d'un fumet nauséabond , rappelant l'odeur de la ciguë.
Le langage est le môme pour toute la peuplade : il varie fort peu d'un bout à l'autre du pays. Pour tous les objets matériels l'uniformité est complète ; et l'échange des idées peut se faire jusqu'aux dernières limites du territoire sans qu'il y ait de malentendu. La langue est harmonieuse et sonore ; elle est riche en o et en a, ainsi que le nom même de la nation l'indique. Bien que très-simple dans ses formes grammaticales, elle n'en présente pas moins une grande variété d'expressions pour tous les sujets
1. Ces trois arbres sont le gheul, le kor et le ghéré des indigènes.
concrets; le vocabulaire que j'ai rapporté contient près d'un millier de termes et de locutions distincts.
L'élymologie des mots composés, et l'analyse des différents idiotismes employés par les Bongos , offrent un intérêt considérable; elles vous font pénétrer directement dans le monde naïf où se passe la vie de ces enfants de la nature.
Les termes les plus ordinaires par lesquels nous exprimons des idées abstraites leur manquent d'une manière absolue ; chez eux l'équivalent des mots esprit, âme, espérance n'existe pas ; il en est de même d'ailleurs dans tous les pays nègres. La traduction de là Bible, par les missionnaires, a introduit nécessairement dans le langage écrit des peuplades pour lesquelles ce travail a été fait, un certain nombre de métaphores et de périphrases d'un style élevé, qui finiront par tomber plus ou moins dans la langue usuelle; mais pour le philologue, ces interpolations devront être écartées; et l'idiome primitif, celui que parlait le peuple avant de connaître ces phrases étrangères, restera le seul objet digne d'étude.
Nous pouvons donner toutefois un aperçu du tour que prennent les Bongos pour exprimer une idée abstraite. Le monosyllabe fir, par exemple, combiné avec différents termes, signifie volonté, amour, jouissance, goût, don de la parole ; et voici de quelle manière : le sens primitif de fir est vouloir, qui devient désir, appétit, faculté d'exprimer le vœu au moyen du langage. « J'ai le désir » se rend par fir na héma; littéralement : la volonté est dans mon ventre.
Les diverses acceptions d'un seul et même mot ne sont pas moins intéressantes. Méhi, qui signifie chair, désigne également la lance, arme de chasse, et les antilopes, dont il forme le nom collectif. Attamatta veut dire à la fois : amer et contrariant, fâcheux, vexatoire; dill, une ombre et un nuage; ghimak, garçon et fils; goh, pris substantivement, désigne une fosse; adjectivement, il signifie profond ; helleleh est le nom de l'air et celui du vent; sa duplication: helleleh -helleleh, exprime la légèreté; hetdrro, pluie et ciel ; ndane, la nuit et aujourd'hui. Ce dernier sens, pur africanisme, a passé dans l'arabe du Soudan oriental, qui donne pour équivalent d'aujourd'hui: filehlé (dans la nuit présente).
La disposition naturelle, qui a fait prendre tout d'abord l'imitation de leurs cris pour désigner les bêtes, s'étend chez les Bongos à différentes choses bruyantes : ainsi, chez eux, une