CHAPITRE VIII
tous ceux qui parcourent l'Afrique, je dus m'habituer à cette vermine.
Le manque d'espace était l'une de mes misères. Je n'étais guère plus à l'aise dans ma hutte qu'on ne pourrait l'être dans un garde-meuble encombré; je ne possédais ni coffre ni armoire, et j'étais obligé de déballer et de remballer sans cesse les mille objets de mon équipement. La charpente circulaire qui soutenait ma toiture augmentait, il est vrai, la place dont je pouvais disposer; des sacs, contenant mes habits et mon linge, y étaient appendus; et une foule de brimborions furent plantés dans lé chaume. Mais avec toutes ces richesses à défendre, il n'était pas étonnant que je fusse en conflit perpétuel avec les rats, les grillons et les blattes, et que ces dévorants ne devinssent pour moi une source d'amertume.
Le seul moyen qui pût réellement empêcher un objet quelconque d'être mis en miettes était de le suspendre; mais tout mon bagage ne pouvait pas être en l'air; et voici la méthode que j'employai pour en écarter les rats. L'un des animaux les plus communs du pays est le chat des steppes, le chat ganté ffelis maniculata). Bien que les indigènes n'en aient pas fait un animal domestique, ils ne laissent pas de s'en servir. Beaucoup d'entre eux vont le prendre quand il est jeune, et l'habituent sans peine à rester dans leurs cases et dans leurs enclos, où il se livre naturellement à la chasse des petits rongeurs. Je me procurai plusieurs de ces chats, qui, après avoir été mis à l'attache pendant quelques jours, perdirent beaucoup de leur sauvagerie et s'accommodèrent à la vie intérieure, jusqu'à me rappeler, par leurs manières et par leurs habitudes, notre chat de foyer, qui, du reste, a la même origine. Le soir, je les attachais à ceux de mes ballots qui avaient à craindre les attaques des rats, et j'allai me coucher, parfaitement tranquille à cet égard.
Mais il n'en était pas de même au sujet des grillons; rien n'empêchait leurs ravages: ils pénétraient dans mes plus fortes caisses, faisaient des trous dans mes sacs, et rongeaient mes habits et mon linge. Quelque temps après je reçus de Khartoum une provision de borax qui mit fin à leurs dégâts.
L'établissement des larves xylophages dans les bambous, dont ma case était faite, devint alors un fléau d'un nouveau genre. Personnellement, il m'était fort égal que l'édifice s'effondrât un peu plus tôt ou un peu plus tard; mais en attendant il était fort désagréable qu'une ondée incessante de poudre jaune tombât sur
tout ce qu'il y avait dans la pièce; mon lit, mes paquets, mes ustensiles, mes plantes et moi-même se revêtaient d'une couche de poussière de l'épaisseur du doigt; j'en perdais patience.
Un autre insecte irritant que l'on voyait dans toutes les cases, et qui, par conséquent, habitait la mienne, était une guêpe de cinq centimètres de longueur, Yeumenes tinctor. Associée à huit ou dix autres, l'active bestiole construisait, près de la pointe de ma toiture, juste au milieu de la chambre, un nid volumineux; et, dans ses allées et venues, d'un vol rapide, s'abattant pour franchir la porte basse, elle était constamment en collision avec mon visage ; or, sa piqûre était bien autrement douloureuse que celle d'une abeille. Toute l'année je fus en lutte avec ces guêpes, qui d'ailleurs étaient d'une grande beauté, ayant des ailes brillantes, d'un violet magnifique. J'essayai, à plusieurs reprises, de détruire la ruche faite avec beaucoup d'art, et ne pus y parvenir qu'après en avoir attrapé les propriétaires une à une, au moyen d'un filet à papillon.
Dans toute la région tropicale, des lézards, d'espèce inoffensive, peuvent se compter au nombre des habitants ordinaires de chaque demeure. La mienne était animée par deux scinques à la robe élégante; deux euprepes, le quinquelineatus et le pleurostictus, tandis que le gracieux gecko \Vhemidactyleverrucule) en parcourait les murailles non moins souvent qu'en Egypte et en Nubie. Mais beaucoup plus nombreux était l'agame sociable [agama colonorum) dont les hochements de tête exaspéraient les Nubiens, qui s'imaginaient que c'était le diable se moquant de leurs prières.
J'avais précédemment vu cette espèce dans les rochers qui surplombent les vallées désertes des bords de la mer Rouge, sur la côte égyptienne; mais ici elle n'était pas moins commune dans les habitations que dans les bois.
Le mâle, dont la tête est d'un orangé très-vif, se découvre de loin. Rien de plus drôle que les mouvements de ces lézards quand ils voient quelqu'un approcher de l'arbre sur lequel ils vont et viennent. Tout d'abord ils passent de l'autre côté de la tige et s'arrêtent de temps en temps pour regarder l'intrus, faisant halte sur une branche, puis sur une autre, et vous examinant de leurs grands yeux si expressifs. Toutefois, dans cette province, leur séjour favori est la charpente des vieilles palissades, où ils s'attroupent par milliers.
Je fus très-surpris du grand nombre de caméléons, qui. au