‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 144 sur 251 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

torialc de l'Afrique, jointe à l'absence de ces chaînes de montagnes qui traversent l'Asie dans toutes les directions, a puissamment contribué à étendre les limites de l'habitat de certaines plantes. Ne rencontrant aucun obstacle, les moussons franchissent le continent dans toute sa largeur. Nulle part, entre les deux points du zénith solaire, on n'a constaté là, d'une manière authentique, de rupture dans la saison pluvieuse. Bien que sur les terrains nord-ouest d'Abyssinie, en raison de l'influence des montagnes, les pluies semblent confuses, on peut néanmoins suivre la trace du kharif ; mais tous les facteurs dont le total permettrait d'établir le fait avec certitude n'ont pu être observés pendant le bref séjour d'un voyageur.

De môme, dans toutes mes courses vers le sud, je n'ai trouvé nulle part d'indication qui témoignât de la fusion de deux saisons pluvieuses en une seule, de manière à entretenir le renouvellement de la végétation. Pas môme chez les Mombouttous, par 3° de latitude nord, la périodicité du développement des feuilles ne semble être en défaut. On y trouve quelques endroits où toute l'année le sol est humide, et qui paraissent faire exception ; mais dans ce pays môme, à cette basse latitude, il y a une saison sèche et une saison pluvieuse non moins tranchées qu'en Nubie, sous le quinzième parallèle.

Le 18 mai, entre cinq et six heures du soir, comme j'étais dans ma case, écrivant mon journal, je m'entendis appeler vivement par mes serviteurs; ils me pressaient d'accourir pour être témoin d'un phénomène qui se déployait au sud-ouest. De grandes masses de nuages couvraient le soleil déclinant, tandis qu'au bas des lourds cumulus, ruisselaient des flots dorés, inondant tout l'horizon. Pareils à des monts entassés qu'auraient entourés des glaces éblouissantes, à reflets verdàtres, et des avalanches sans nombre, les nuages du milieu de ce groupe colossal roulaient majestueusement vers le nord. Tout à coup, dans la partie enflammée du couchant, le sombre amas prit à son extrémité supérieure la forme de trois vastes coupoles, dont une lumière d'une splendeur inconnue ceignit la triple courbe. Les tons les plus riches teignirent des couleurs du prisme le milieu de cette bordure éclatante; et chacun des trois dômes fut surmonté d'un arc-en-ciel, placé entre deux ceintures lumineuses. Trois groupes de rayons ombrés, ne s'élevant pas directement du soleil, mais, comme s'il y avait eu double parhélie, surgissant au-dessus des trois arches, dans la direction même des coupoles,

embrassaient tout le firmament; el de petits groupes de rayons secondaires, de môme nature, s'échappaient du point d'intersection des trois parties de l 'arc-en-ciel.

ïyndal a vu en Algérie un phénomène solaire qui offrait également des faisceaux de rayons en éventail, formés de lumière et d'ombre. Pour lui ces groupes de raies obscures, alternant avec des raies lumineuses, résulteraient de la présence de peiiK nuages épais et de masse inégale, flottant dans un brouillard vivement éclairé.

L'arc-en-ciel dans sa partie la plus voisine des nuages, c'est-àdire la plus rapprochée du soleil, avait une couleur si frappante ([ue le regard en était saisi. C'était d'ailleurs un spectacle à ne jamais oublier. Il dura cinq minutes; ce qui me donna le temps de prendre du pastel et d'en faire l'esquisse.

A part une troisième excursion au bord du Tondj, excursion que je fis en septembre, et dans laquelle mon herbier s'enrichit d'acquisitions précieuses, mes jours s'écoulaient à la zèriba sans amener d'incidents qui méritent d'être racontés.

Retenu à l'établissement jusqu'à la fin de la mousson, je profitai des ressources qu'il pouvait m'offrir. Ainsi que je l'ai dit plus haut, je mesurai les gens du voisinage, apportant dans ce travail une grande persévérance, y dépensant beaucoup de peine, et je peux dire beaucoup de savon. Il y avait là des centaines de porteurs qui me fournirent les éléments d'études comparatives sur les races du pays. Je fis de nombreux dessins des types les plus remarquables, et pris une quantité de notes, dont j'ai donné le résumé dans les pages précédentes. Enfin je consacrai beaucoup de temps à l'étude des dialectes de la province, et trouvai, à cet égard, une aide précieuse parmi les esclaves des Nubiens, qui apprennent l'arabe avec une extrême facilité.

De temps à autre un épisode d'un haut comique nous apportait quelque distraction. Un jour la visite de l'intendant d'une zèriba étrangère nous fut annoncée, et Idrîs déploya toute son activité pour faire honneur à son collègue. C'était le vekil de Bizelli qu'on attendait : un nommé Ali, sous la garde duquel miss Tinné avait passé l'année la plus mémorable de son existence. Prête à saluer l'arrivée de ce personnage, toute la garnison était rangée sur deux lignes devant la porte de la zèriba. Le vekil répondait parfaitement à son nom, qui signifie grand et fort; il dépassait de la tête tous les gens de sa suite.

Magnifiquement vêtu, coiffé du turban des Croyants, les reins

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