‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 148 sur 251 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

puis nous entrâmes dans le fourré pour atteindre la rive. Nous trouvâmes une eau languissante, d'une largeur de trente pieds, et que nous traversâmes, mouillés tout au plus jusqu'à la ceinture. L'année suivante, à notre retour, le passage de cette rivière nous donna beaucoup de peine.

Au delà du Doggoroù, le pays s'élève graduellement pendant plus de quarante milles. C'est la première montée de quelque importance que j'aie rencontrée au sud du Bahr-el-Ghazal. D'après les indigènes, cette large projection des hautes terres méridionales constitue la ligne de faîte qui, d'abord, sépare les eaux du Roah ou Dyaou de celles du Tondj, réunies plus tard dans le pays des Dinkas.

Lorsque, marchant au sud-est, nous eûmes fait le tiers du chemin que nous avions à franchir pour gagner Sabbi (la zèriba de Sàma(e), nous eûmes le territoire des Dinkas à notre gauche et à peu de distance. La tribu la plus voisine de cette nation était celle des Gohks, chez laquelle s'étaient réfugiés des Bongos en assez grand nombre, pour se soustraire à la rude oppression des Nubiens. Les Dinkas inspiraient aux envahisseurs une telle crainte, que depuis Malzac, le Français bien connu qui pendant plusieurs années eut des établissements au bord du Rohl, pas un traitant n'avait essayé de fonder une station dans leur district. Leur richesse en bêtes bovines était la seule chose qui fit braver cette crainte; et les bandes qui pénétraient dans le pays, pour y faire des razzias, avaient grand soin d'éviter l'effusion du sang.

Dans la dernière étape que nous fîmes entre le Tondj et le Doggoroù, nous tombâmes à diverses reprises sur des traces d'éléphant; mais pas une des fosses que l'on avait creusées dans l'espoir d'y prendre les colosses n'avait été remplie. L'éléphant parait suivre de préférence les petits sentiers que l'homme s'est ouverts dans les grandes herbes, bien que ces chemins battus soient quatre fois moins larges qu'il ne faudrait pour que son énorme corps y passât avec aisance.

Nous n'étions plus dans la saison humide; l'incendie des steppes avait eu lieu; et le paysage me rappelait singulièrement notre fin d'automne. Nomseulement beaucoup d'arbres étaient nus; mais dans tous les endroits que le feu avait épargnés, le sol était jonché de feuilles mortes, ou couvert d'herbe sèche.

Parmi les arbres des massifs qui avaient gardé leur verdure se remarquait Yhumboldtia, dont les gousses, d'un pied de long, renferment des graines de la dimension d'un dollar, et qui abrite

de ses feuilles colossales les plantes des bois où il abonde; arbre charmant, qui est l'une des gloires de ces parcs naturels. Les vives couleurs du jeune feuillage qui l'entoure et qui est celui des rejets qu'émettent ses racines, feuillage tantôt d'un rouge éclatant ou pourpré, tantôt brun ou jaune, contribue puissamment à relï'el que produit l'humboldlia. On pénètre sans peine dans les bosquets où il se trouve, bosquets nombreux qui animent continuellement ces vastes solitudes.

Ce soir-là nous nous arrêtâmes dans une clairière, où le camp

Antilope ellipsiprymna.

fui établi. Un grand nombre d'antilopes avaient été vues pendant le jour; on en avait abatlu une quantité considérable. Elles appartenaient à l'espèce des waterboks [egoceros ellipsiprymnus), dont la tête est caractérisée par un véritable mufle et par de belles cornes annotées, d'une courbe des plus harmonieuses.

L'égocère dont nous parlons habite principalement les forêts épaisses, où il vit seul ou par petits groupes. Il est d'une atteinte facile, en raison de la blancheur de ses flancs, qui brille dans l'ombre et trahit sa présence. Couverte d'un poil long et soyeux, sa robe constitue chez les Niams-Niams une parure très-estimée. Bien qu'elle soit un peu maigre, la venaison des jeunes m'a paru excellente.

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