CHAPITRE VIII
gagner une terrasse plus haute, et nous sembla dépourvue de toute espèce d'eau courante.
Chemin faisant, je ramassai plusieurs crânes, parfaitement conservés; ils avaient appartenu à des porteurs d'Abd-es-Sâmate, qui, blessés par les gens de Chérifi, n'avaient pas pu regagner leurs demeures.
Dans cette région, lorsque les pluies sont terminées, les grands limaçons abondent. J'en récoltais le plus possible, et ils étaient mis dans un sac que portait l'un de mes hommes. Les deux espèces qui m'ont semblé être ici les plus communes sont le limnicolaria nilotica et le limnicolaria /ïammea, dont la longueur est généralement, pour le premier, de onze centimètres, et de huit pour le second. L'un et l'autre envahissent les buissons et les arbres nains et paraissent avoir un goût marqué pour les feuilles tendres et savoureuses de la vigne sauvage. Ils servent de pâture à quelques oiseaux, principalement au coucou du pays, le entropies monachus, qui les recherche avec ardeur. Leur coquille est mince comme une feuille de papier; ce qui témoigne de l'absence de calcaire dans le sol: fait que prouvait également la fragilité des coquilles d'œuf. J'avais besoin de savon; il fallait en fabriquer; et si je recueillais ces minces coquilles, c'était pour en avoir la chaux qui m'était nécessaire et que je ne trouvais pas ailleurs.
Le soir nous nous arrêtâmes à Matouôli, petite zèriba dont les cases tombaient en ruine, et qui allait être abandonnée. Les gens de la station, ainsi que les Bongos des alentours, se préparaient à changer de résidence pour être moins en butte aux coups de main de Chérifi.
L'aspect monotone des bois, généralement dépouillés de feuilles, était relevé de la façon la plus heureuse par le combret, qui, dans cette région, verdoie bien avant les autres arbres. Paré de ses feuilles naissantes, dont l'herbe jaunie qu'elles dominaient faisait ressortir la fraîcheur, il brillait dans l'ombre légère de la foret, et se détachait gaiement sur ce fond gris et brun.
Bien que je me fusse rapproché de l'équateur de plus d'un degré, touchant presque au sixième parallèle, je trouvais au paysage une partie des beautés hivernales de la scéneric du nord. Le matin, une rosée abondante perlait à la pointe des jeunes pousses de l'herbe, et y restait souvent jusqu'à neuf heures, si pressée, qu'elle ressemblait à la gelée blanche. Elle revêtait d'une gaze légère le pennisetum et l'agrostis, et formait ailleurs
de larges goullcs, que le soleil faisait étinceler à l'égal des diamants. Les toiles d'araignées qui couvraient tous les fonds où le sol était nu, tous les creux du chemin, condensaient la rosée, et figuraient à s'y méprendre la feuille de glace que dans nos matinées d'automne fait craquer le pied du promeneur.
Quatre lieues et demie vers le sud nous séparaient encore de l'établissement d'Abd-es-Sâmate, grande zèriba appelée Sabbi, du nom que portait le chef bongo de la localité. A moitié chemin, nous trouvâmes le Koddi, rivière parfois considérable, dont la largeur n'était alors que de vingt pieds, et où nous eûmes de l'eau jusqu'aux hanches. Dans les environs, où il paraissait croître abondamment, nous revîmes l'euphorbe candélabre, que je n'avais pas rencontré depuis que j avais quitté le Diour.
De petites fourmilières, en forme de champignons, couvraient
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Demeures du terme? mordax.
partout le sol pierreux; c'étaient les demeures du termes mordax, qui habite largement cette partie de l'Afrique. Dans toute la province d'Entre-Rohl-et-Diour, les groupes de ces petits édifices constituent l'un des traits essentiels du paysage. La principale différence qu'ils présentent avec ceux des autres membres de la famille dont les monuments sont coniques, et au moins de la taille de l'homme, c'est que leur élévation est déterminée. Jamais, dans ces parages, ils n'ont plus de trente pouces de hauteur; lorsqu'ils deviennent trop étroits, de nouveaux bâtiments s'élèvent et abritent une nouvelle colonie. Les matériaux qui les composent diffèrent également de ceux des grandes bâtisses; on n'en voit pas qui soient du rouge ferrugineux ou de la teinte grise de ces dernières. Ils sont faits tout simplement avec l'humus de l'endroit où ils se trouvent : une terre d'alluvion argi