‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 153 sur 251 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

leusc, qui, travaillée par les petites maronnes, acquiert la dureté de la brique, et dont celles-ci construisent des murailles tellement solides que le plus violent coup de pied n'y porte nulle al (ointe.

Les indigènes démolissent ces fourmilières à coups de massue, en mettent tremper les fragments dans l'eau jusqu'à ce qu'ils se délayent, et s'estiment fort heureux d'avoir ce mortier pour bâtir leurs maisons; les Bongos l'appellent kidillikoû.

Quant aux édifices du termite belliqueux, l'argile rouge, l'argile ferrugineuse, est la seule matière qui entre dans leur mur externe. Plus grands en hauteur qu'en largeur, ce sont des cônes à sommet arrondi, entourés de piliers sans nombre et de tourelles élancées. On ne les trouve que dans les grands bois, où, par contre, ne se voient jamais les fourmilières dont le sommet est aigu. Ils abondaient aux environs de Sabbi, et beaucoup d'entre eux n'avaient pas moins de quinze pieds d'élévation.

Au début, la résidence se compose seulement de quelques dômes isolés, qui, peu à peu, se multiplient, s'entourent de colonnes et de tourelles, et qui finissent par se rejoindre. Il n'y a plus alors qu'un seul groupe, dont l'intérieur a été mis constamment en rapport avec cet énorme développement.

Si l'on réfléchit à la stature des ouvrières qui font ce prodigieux travail, habiles maçonnes, dont la hauteur n'est pas toujours de la millième partie de celle des monuments qu'elles érigent, on ne peut s'empêcher de comparer ces édifices aux plus grandes cités que l'homme ait jamais construites.

Je n'ai eu que trop d'occasions d'observer ces bestioles étonnantes, que leurs rapines mettent sans cesse en conflit avec le voyageur. J'ai même pu étudier leurs habitudes secrètes; une fois entre autres à Gallabat, où une de leurs colonies s'était fondée au milieu de la cour des missionnaires. Ce n'était pas seulement un obstacle à la circulation, mais un voisinage désastreux pour les cases; et il fut résolu qu'on détruirait l'établissement. Tout le monde se mit à la besogne; il n'en fallut pas moins sept jours de travail avec la pioche, le pic et le levier pour l'accomplir. A la tin on arriva à la chambre royale, d'où la reine, qui mesurait sept centimètres de longueur, fut enlevée triomphalement et déposée à la clarté du soleil, que son entourage lui avait dérobé avec tant de soin.

Toutes les termitières, dont j'ai vu l'intérieur, offraient deux compartiments superposés, dans lesquels s'étageaient les cel-

Iules. Pour décrire les merveilles de ces résidences habitées par un peuple innombrable, et qui présentent des labyrinthes analogues à ceux des madrépores, le temps et l'espace nous manquent. Il faudrait un volume pour parler avec détails de ces chambres de nourrice, aux cloisons faites en bois mâché et soigneusement pétri; de ces magasins aux murailles solides que remplissent, dans un ordre parfait, des gâteaux et des pains laborieusement formés avee la cire des plantes, la pruine des fruits et des feuilles ; pour exposer le merveilleux système de canalisation par lequel l'humidité est contrainte d'aller se perdre dans la terre; pour représenter ces passages, ces rues savamment tracées qui se rejoignent et s'entre-croisent; ces ponts hardis jesté dans tous les sens; ces chemins de ronde, ces couloirs qui se rendent aux casemates ; ce réseau de voies souterraines que suivent les fourrageuses; bien d'autres choses encore dont rénumération fatiguerait le lecteur, et dont l'étude complète demanderait une vie entière : si savante et si riche est l'organisation de ces royaumes électifs.

Malgré leur solidité, les édifices des termites subissent, comme tous les autres, les morsures du temps; et il arrive un jour où la colonie les abandonne. Ces villes ruinées sont alors choisies pour retraite par différents animaux qui fuient la lumière et qui passent leur vie dans les cavernes. Là viennent se réfugier l'oryctérope et des sangliers d'espèces diverses; on y trouve le pangolin, le porc-épic, le ratel, richneumon, la civette, et parfois une hyène, animal qui n'est pas commun dans le district.

Après sept jours de marche dans ce pays désert, je fis mon entrée chez Abd-es-Sâmate, le 23 novembre 1869. Jamais hospitalité ne fut plus généreuse et plus prévenante. Trois belles cases, entourées d'une enceinte particulière, avaient été construites pour moi. Rien d'engageant comme ces énormes toits de chaume dans tout leur éclat. Mon hôte avait poussé l'attention jusqu'à me pourvoir d'un certain nombre de tables et de chaises; et, afin que j'eusse toujours du lait, il avait envoyé chercher des vaches à une distance de plusieurs journées de route. Bref, aucun effort ne lui avait coûté pour que je fusse amplement pourvu de tout ce que la région pouvait fournir. Mes serviteurs, qui, avec leurs femmes, composaient une bande de treize personnes, ne furent pas moins libéralement traités. Bon accueil, bonne nourriture et bon gîte; tout contribuait à les entretenir en belle humeur, et ils se félicitaient vivement d'avoir uni leur sort au mien.

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