‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 165 sur 251 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

dans la race et les coutumes, répudient cette appellation. On se rappelle que le nom de Diours est donné par les Dinkas aux tribus qui n'élèvent pas de gros bétail ; c'est pourquoi les Nubiens en font usage pour désigner les gens du Rohl qui n'ont pas de bêles bovines. Pelhericka été dans l'erreur quand il a pensé que le pays des Diours, traversé par lui dans ses premiers voyages, s'étendait jusqu'ici. Il aurait évité cette méprise s'il eût comparé les dialectes des deux peuplades1.

Pendant que j'étais à A-Ouri, mon état devint plus grave au point qu'il me fut impossible de faire un pas. Extérieurement on ne voyait qu'une légère tacbe à la plante du pied ; mais toute la jambe était gonflée par suite de l'inflammation qui partait de cette tache. J'avais tout lieu de craindre la présence du ver de Guinée; et je me résignais à la triste perspective d'une immobilité de plusieurs semaines. Il y avait déjà six jours que je ne marchais pas ; six jours pendant lesquels avaient dû cesser mes recherches dans les bois et dans les villages, ma poursuite du gibier, en un mot tout exercice ; et devant renoncer à l'exploration des collines, dont la vue m'attirait, je me décidai à partir. En conséquence, je repris ma place sur la tête de quatre hommes vigoureux, et je continuai ma route. Ma position, d'ailleurs, n'était pas sans avantages ; elle m'ouvrait un horizon plus large, et me faisait mieux voir le pays qui était charmant, ce qui me dédommageait de mon impotence. La douleur était moins vive ; elle se laissait parfois oublier; puis l'éclat du ciel, le calme et la solitude des bois et des steppes, l'air doux et caressant de l'hiver des tropiques, le repos de cette marche berçante, tout contribuait à me plonger dans une douce rêverie. Le bruissement léger des tiges, frôlées par mes porteurs, me distrayait seul de ma contem-

1. C'est précisément ce que paraît avoir fait Petherick; et il est difficile de croire qu'il ait pu s'y méprendre;, le temps qu'il avait passé chez les Diours de l'ouest ayant dû le familiariser avec le dialecte de ceux-ci. Ne serait-il pas possible que la tribu en question eût émigré depuis le passage du consul anglais? Huit ans se sont écoulés entre les deux voyages; et il faut moins que cela pour effacer jusqu'au souvenir du séjour de ces tribus mal assises. Petherick, d'ailleurs, ne dit pas que le territoire de la peuplade qu'il a connue d'abord s'étende jusqu'au Rohl; et il semble ne faire mention que d'un groupe détaché de cette peuplade : « Les indigènes, écrit-il, parlent la même langue que les Diours du Balir-el-Ghazal} et sont une partie de la même tribu.... Ils ont l'air plus intelligents et la peau moins noire que celle des gens que nous avons trouvés jusqu'ici.... » (Voy. Petherick, Travelsin ecntral Africa, vol. I, p. 247 et 248.) Le jusqu'ici est relatif aux peuplades rencontrées depuis le bord du Nil jusqu'à celui du Rohl.Schweinfurth lui-même a été frappé de la nuance relativement claire du teint des Diours (voy. chap. v, p. 199).

{Note du traducteur.)

plalion; et je pouvais me figurer que j'étais clans une barque menée par une force invisible, à travers des (lots d'herbe.

Le chemin suivait la rive droite du Rohl et se dirigeait au sudsud-est. A notre gauche le pays semblait s'élever par des terrasses s'échelonnant peu à peu; mais la végétation ne changeait pas de caractère. Les mômes buissons, les mêmes arbres composaient la foret; c'était ce que j'avais toujours vu depuis que j'avais mis le pied sur le sol rouge.

Nous repassâmes la rivière, qui, en cet endroit, n'était pas divisée; elle coulait alors dans un lit de deux cents pieds de large; mais elle n'en occupait que la moitié, et mes hommes n'eurent de l'eau que jusqu'aux genoux. La quantité de poissons qu'on voyait là était surprenante. Pendant la halte, mes nègres s'amusèrent à lancer des flèches aux essaims de petites perches qui foisonnaient à cette place, et le firent constamment avec succès.

En passant le Rohl, nous étions entrés chez les Lehsis, tribu peu nombreuse, mais distincte, dont le langage diffère de celui des Sofîs et de celui des Mittous. L'étroit domaine de ce petit peuple a sa limite à quelques lieues au levant de la rivière, et se termine à Kirmo, l'un des points qu'a visités Petherick.

Au sud, on trouve les Bofîs, dont le territoire renferme une zèriba située sur l'Eyi, à une grande journée de marche à l'est de Mvolo, et qui appartient à Agad. Suivant Petherick, l'Eyi est moins important que le Rohl, et s'unit au Dyémid avant de gagner le haut Nil-Blanc.

Au nord des Bofîs, demeurent les Behls, qui, avec les Sofis et les Agars, possèdent une énorme quantité de gros bétail, et qui doivent à cette richesse les razzias incessantes que font chez eux les gens des zèribas.

A l'est des Behls, sont les Atouôtes, peuplade belliqueuse, fort redoutée des caravanes qui se dirigent vers le Bahr-el-Djébel, dont elle rend le chemin très-dangereux.

Après avoir traversé le Rohl, nous fîmes trois quarts de lieue au sud-est, et nous arrivâmes à l'établissement que les frères Poncet ont créé dans le Mvolo. Cette fois le paysage avait complètement changé. De toutes parts surgissaient de grands blocs de granit, qui tantôt se présentaient sous forme de cube et tantôt d'obélisques.

Au nord de la zèriba, un peu au-dessus de l'endroit où nous avions passé le Rohl, en venant d'A-Ouri, ces projections traver-

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