‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 17 sur 251 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

pas conclure du tout que le vert soit la couleur dominante de ces falaises. Au contraire, presque tous les rochers qui les composent, quelle que soit la teinte qu'ils présentent quand on les brise, sont uniformément revêtus d'une couche d'un brun foncé, qui dissimule leurs nuances particulières. A l'intérieur, la diorite est d'un ton clair et mat. Une accrétion superficielle, jusqu'à présent inexpliquée, revêt chaque fragment de la roche d'une strate d'un millimètre d'épaisseur, et dont la couleur brune peut être comparée à celle du chocolat.

De môme que dans l'Erkahouite et dans l'O-Mareg, nous trouvâmes dans l'ouadi Ameht des carrés de sorgho, établis ça et là comme pour servir de champs d'expérience, mais qui, en réalité, représentaient toute l'agriculture du vallon. Quelques huttes primitives, formées de pierres employées dans toute leur rudesse, témoignaient de la stabilité de ce rendez-vous de pasteurs. Nous y fûmes amplement pourvus de laitage et de viande, les moutons et les chèvres étant fort nombreux dans la vallée, ainsi que dans les pâturages voisins. L'élève du chameau y est beaucoup moins développée que dans les districts du nord de l'Etbaï, comme on appelle le territoire des Bicharines. Cela tient à la crainte que les avanies et les pillages des soldats inspirent aux éleveurs, qui, par ce motif, s'éloignent des routes.

Les chèvres du pays sont petites, et d'une race particulière, appartenant à l'espèce que l'on désigne sous le nom d'éthiopienne, espèce qui renferme de nombreuses variétés. Ces chèvres diffèrent de celles de la vallée du Nil et se retrouvent chez tous les nomades de l'intérieur. Celles des Dinkas sont plus grandes, mais offrent les mêmes caractères.

La chèvre éthiopienne est l'une des plus élégantes et des plus agiles de la famille; on pourrait la nommer chèvre percheuse, car elle va de préférence chercher sa nourriture sur les acacias, dont elle gravit les tiges inclinées ou les branches inférieures. On la voit souvent en grand nombre autour d'un arbre aux rameaux tombants, qu'elle attaque debout, toute droite sur les pieds de derrière; de telle sorte, qu'à distance, l'arbre a l'air d'être entouré d'hommes. Ou bien elle est posée sur la branche, dans une attitude curieuse, parfois à cheval, les jambes pendantes, et faisant ployer le rameau sous le poids de son corps.

Chez les Bicharines, les moutons sont plus nombreux que les chèvres ; ils sont également d'une race particulière, dont les traits différentiels constituent, pour ainsi dire, une nationalité. Par

ses caractères généraux, le mouton etbaï se rapproche étroitement de l'espèce à large queue; mais il s'en distingue par une queue mince, longue et touffue, et par quelques détails de la robe. Celle-ci, qui n'est pas laineuse, se compose simplement d'un poil long, droit et ferme; elle est presque toujours entièrement blanche, excepté, et c'est là le principal caractère de la race, excepté aux chevilles et à la bouche, qui sont revêtues de noir.

Dans le pays, le prix courant de ces moutons ne dépasse jamais un dollar; un jeune agneau n'a que la moitié de cette valeur.

On ne rencontre de vaches que dans les environs de Souakin

Mouton des Bicharines.

et sur la route du Taka, plus méridionale que la nôtre. Sur la ligne que nous suivions, la pluie est moins abondante, et les bêtes bovines n'auraient pas toute l'année, comme dans les pâturages de la Barka, la nourriture nécessaire à leur entretien.

Sortis de l'Ameht, nous traversâmes, dans le district suivant, un plateau élevé que déchiraient de nombreux vallons, se dirigeant au sud-ouest, et creusés profondément au milieu des pierres et de la rocaille. Le plus important de ces larges ravins, aux cours d'eau périodiques, est l'ouadi Arab; son lit desséché nous opposa des berges de trente à quarante pieds de hauteur, dont les pentes abruptes soumirent nos chameaux à une rude épreuve.

Là croissait abondamment la plante à laquelle mon nom a été

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