CHAPITRE IX
l'approvisionnement de l'année, revenu prélevé sur tous les produits du sol. On voit ici, dans les champs et dans les jardins, toutes les plantes dont nous avons parlé au chapitre vr, et en outre la patate, que les Madis cultivent largement. Comme nous arrivions à Kouragghéra, Abd-es-Sàmate, avec
Goggo, chef mittou-madi.
toute sa bande, était campé au bord de l'Ouohko, à trois lieues plus au sud. Suivi de 250 soldats et de plu s de 3000 porteurs indigènes, il avait mis tout le pays à contribution depuis au delà du Rohl jusqu'aux environs de la frontière des Makkarakas, c'est-à-dire des Niams-Niams. Les tribus les plus rapprochées étaient les Madis-Kayas, les Abakas et les Loubas, qui
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évidemment occupaient le territoire où, en 1863, l'agent de Pelherick, nommé Ahouête, fil une expédition.
Beaucoup de chois s'étaient soumis au Kénousien et avaient acquitté l'impôt volontairement ; les autres, qui tout d'abord s'étaient montrés hostiles, avaient fini par mettre toutes leurs récoltes à la discrétion de l'ennemi. La campagne s'était d'ailleurs accomplie sans effusion de sang; et le pays était si riche qu'on se demandait s'il y aurait assez de bras disponibles pour transporter les produits de la taxe.
Obligé d'attendre mon hôte à Kouragghéra, j'y passai plusieurs jours qui, à la fin, commencèrent à me peser. La flore présentait peu de chose de nouveau ; ensuite je n'avais plus de crayons ; et, pour écrire, il me fallait employer du sang de poule. Je continuai toutefois à étudier le langage des Mittous, et me donnai beaucoup de peine pour débrouiller le système arithmétique des Madis, qui est en ce genre tout ce qu'il y a de moins clair.
Le bassia (butyrospermum) était en pleines fleurs. Il découle de la tige de cet arbre un suc abondant et laiteux, qui a beaucoup de rapport avec la gutta-percha, produite, il est vrai, par un arbre de la même famille, celle des sapotacées. En maint endroit, j'ai vu les enfants prendre ce caoutchouc pour en faire des balles, avec lesquelles tout le monde s'amusait. Franz Bilder, natif de Transylvanie, l'un des premiers Européens qui vinrent s'établir à Karthoum, apporta à Vienne, en 1861, un quintal de ce caoutchouc; mais les frais de transport étaient trop élevés pour que cette matière pût devenir l'objet d'un commerce important.
Le 7 janvier, arriva enfin Abd-es-Sàmate avec là plupart de ses hommes, porteurs et soldats. Il voulut se montrer à mes yeux dans toute sa gloire, et commanda un grand festival qui eut lieu en plein jour. Tout son peuple, divisé par groupes de cinq cents hommes répartis suivant leurs tribus, reçut l'ordre d'exécuter des danses guerrières dignes de leur souverain.
Le Kénousien lui-même prit une part active à la fête. Il poussa la chose, ce que pas un de ses compatriotes n'eût voulu faire, jusqu'à s'habiller en sauvage, et sembla être partout à la fois : ici avec la lance et le bouclier, là-bas avec un arc et des flèches; prenant le tablier des INiams-Niams, le quittant pour le costume des Momboutlous, allant d'un groupe à l'autre, dansant avec les Mittous, ensuite avec les Bongos, et conduisant la fantasia en maître des cérémonies aussi habile qu'infatigable.
Puis des gens de Sabbi nous donnèrent un échantillon de leur