‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 178 sur 251 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

forme de mandibule, probablement par amour de la symétrie1. A l'observation que j'ai déjà faite que, dans leur coiffure ou dans leurs ornements, diverses tribus africaines s'efforcent d'imiter quelques-uns des traits de la création animale, j'ajouterai qu'elles paraissent choisir c?ux des animaux qui chez elles sont plus ou moins vénérés. Ce serait alors un vestige de l'ancien culte persistant dans les détails de la vie quotidienne. Mais il est difficile de trouver dans la nature l'idéal auquel se rapporte l'ornement

Wengo, femme mittoue.

dont il s'agit, et de deviner le but que se proposent les femmes mittoues en se travaillant la bouche de manière à lui donner la forme d'un large bec. Peut-être cette mode est-elle l'indice d'une prédilection pour le canard et la spatule, avec lesquels ces dames peuvent avoir quelque affinité morale. Dans tous les cas, cette bouche saillante et cuirassée permet de produire un clappement analogue à celui d'un bec de hibou, de cigogne, voire de baleiniceps, clappement qui dans la colère devient très-expressif.

] . La déformation des deux lèvres a été observée également par Rohlfs chez les femmes du Kadche dans le Segseg, entre le Tchad et la Bénoué.

L'élongation des lèvres est obtenue au moyen d'une plaque d'ivoire, de quartz ou de corne, dont on augmente peu à peu la dimension, et qui, arrivant à une largeur de trois centimètres, maintient la partie qu'elle occupe dans une position horizontale. Lorsque l'élégante qui porte cette parure a soif, elle est obligée de relever sa lèvre supérieure avec ses doigts et de se verser le breuvage dans le gosier.

Les femmes des rives du Chiré se décorent la bouche de la même manière ; seulement, au lieu d'une plaque, elles font usage

Femme louba.

d'un anneau qu'elles nomment pélélé, et qui n'a pas d'autre objet que de distendre la lèvre '.

Chez les Mittous, principalement dans la tribu des Loubas, on voit des merveilleuses qui, non contentes de leur plaque, y ajoutent un pendentif de quartz poli d'une longueur de six centimètres. Ce bijou supplémentaire, qui ressemble à une bélemnite et qui paraît vouloir imiter la corne du rhinocéros, est in-

1. Et cette distension n'a d'autre but que d'embellir celle qui l'obtient. (Voy. Livingstone, Explorations du Zambèse et de ses affluents, p. 108. Librairie Hachette, Paris 1866.) (Note du traducteur.)

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