‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 195 sur 251 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

alentours de notre camp offrirent la scène la plus complète de vol et de pillage.

Tous les hameaux des Niams-Niams nous ont présenté la môme ordonnance. Deux familles, trois au plus, se réunissent. Il en résulte un groupe de huit à douze cases, rangées en cercle autour d'une place commune, toujours très-propre, et au centre de laquelle s'élève un poteau chargé des trophées de chasse. On voit là des têtes d'animaux les plus rares, de superbes cornes de buffles et d'antilopes; et aussi des crânes d'homme, et des pieds et des mains desséchés de môme provenance.

Immédiatement derrière les huttes et les greniers, sur un terrain uni,;se trouve un rang circulaire de rokkos, genre de figuiers qui ne se voient que dans les cultures, et dont l'écorce fournit la matière d'un vêtement beaucoup plus estimé que la plus belle peau de bête Vient après cela une ceinture de bananiers ; puis un large cercle formé par les plantations de maïs et de manioc; enfin l'éleusine, dont les champs s'étendent jusqu'au hameau voisin. J'ai pris, dans ces hameaux, le croquis de plusieurs huttes qui, extérieurement, étaient décorées de peintures blanches et noires. Quelques-unes avaient aussi des toitures à double pointe. De longues perches étaient plantées au sommet des greniers et des cases, et l'on y voyait enfilés des rangs d'achatines, gros colimaçons terrestres. Peu de temps après, nous trouvâmes Bendo, vêtu d'un tablier de flanelle rouge qui lui avait été donné par Abd-es-Sâmate. Il avait l'air très-malheureux du pillage auquel s'était livrée notre caravane; mais il n'y avait pas eu moyen de l'empêcher. On lui promit que dès qu'il serait arrivé, Sâmate le dédommagerait par de riches présents d'anneaux de cuivre. A notre retour, en effet, nous le vîmes réinstallé dans son ancienne demeure' où, très-content de ce qu'il avait reçu, il nous fit bon accueil, et me donna personnellement des preuves nombreuses de son affection. Outre Bendo et Goumba, Nganyé avait encore pour frères ■ Mango, Imma, Nyongâlia etMbéli, qui gouvernaient en son nom les différents districts de la province; puis un septième appelé Mbagàh. Ce dernier, qui portait le nom arabe de Souroûr, était vassal du Kénousien, et avait été institué par Abd-es-Sàmatc chef du grand domaine que celui-ci possédait entre les États de Nganyé, d'Ouando et de Mbio.

Tous ces princes étaient fils de Moûnouba, l'un des six enfants mâles d'Yapâti, qu'il ne faut pas confondre avec un autre chef du même nom, dont le territoire se déployait au sud du Dar-Fer-

Ute. Nganyé n'avait que deux fils légitimes : Iinboloutîdou, qui devait lui succéder, et Matindoû.

Le 6 février, nous dirigeant vers le sud, nous finies une étape de six lieues, qui nous conduisit au bord du Souè. Lorsqu'on marche en (île indienne, il est très -difficile de communiquer

Femme de Souroûr.

avec ceux qui vous précèdent ou qui vous suivent; de telle sorte que je ne pouvais obtenir de renseignements sur le pays que dans les endroits où nous nous arrêtions, et où il m'était possible de questionner plusieurs individus, selon ce principe établi, qu'en Afrique, deux témoignages pareils donnent une probabilité, et que le troisième apporte la certitude.

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