‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 197 sur 251 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

de Marra, l'autre chez les Bongos, près de Manyania, la rivière a, il est vrai, une longueur de cent quarante-cinq milles. Mais le relèvement que j'ai fait avec exactitude de la situation des zèribas méridionales de Gatthas et de Kourchouk-Ali, joint à l'assurance que m'ont donnée les agents de ces postes que le Diour, en cet endroit, vient du sud, et qu'en amont du gué de Manyania il coule vers le nord sur une étendue minimum de soixante-dix milles, réduit de moitié la portion inconnue.

Chez Marra, le Souô était déjà assez volumineux pour jouer le rôle principal dans la formation du Diour.

Tous les Niams-Niams que j'ai questionnés dans le Kourkour et le Danga, gens qui, pour la plupart, avaient leur demeure dans le voisinage, donnaient au Diour le nom de Soué, et, sans avoir été chez Marra, savaient parfaitement que la rivière qu'ils désignaient ainsi venait des terres qui séparent les États de Nganyé de ceux d'Ouando.

Les caravanes parties de Moundo, et qui, pour aller chercher de l'ivoire, traversent l'ancien domaine de Tombo, rencontrent le Souô près de Fombôa, et le passent à l'endroit où sur ma carte il forme une courbe.

De toutes les rivières, se dirigeant au nord et à Test, que doivent franchir les expéditions qui partent du dem Békir (Dar-Fertite), pour se rendre dans le sud, la plus importante est la Nomatilla ou Nomatina. D'après tous les témoignages, ce nom désigne simplement le cours supérieur de la Yahou, qu'on appelle aussi Nyénâm, et qui, dans tous les cas, est le tributaire le plus considérable du Diour. Les Nubiens ont suivi la Nomatilla, depuis la résidence de Solongo,près de laquelle elle passe, jusqu'à son embouchure. Pas d'autre affluent de quelque importance ne rejoint le Diour sur la rive gauche ; d'où il résulte que le Soué en est bien la partie supérieure, et cela totalement.

C'est pour moi une vive satisfaction d'avoir mis hors de doute l'origine de l'une des principales sources de la région du Haut-Nil, et d'avoir pu en déterminer la position géographique.

Le Soué, dans le canton de Marra, traverse une plaine herbue^ qui, en raison de la rapidité des eaux et de la profondeur du lit de la rivière, ne doit être inondée qu'à l'époque des grandes pluies. A l'endroit où nous le rencontrions, il fuyait entre des berges perpendiculaires de dix-huit à vingt pieds de hauteur, et qui, tranchées dans une couche puissante de terre alluviale, me rappelèrent les guefs du Nil. La distance d'une rive à l'autre était

de quarante pieds; mais la rivière n'avait alors que vingt-cinq pieds de large ; sa profondeur était de quatre pieds, et sa vitesse de cent vingt pieds par minute, ce qui lui donnait un débit de deux cents pieds cubes par seconde : débit qui lors de notre retour, c'est-à-dire au mois de juin, s'élevait à deux mille trois cent trente pieds cubes.

Avant sa jonction avec laVahou, dont l'apport constitue au minimum le tiers de son volume inférieur, le Diour a également pendant l'hiver un faible débit qui se décuple en été : onze cent soixante-seize pieds cubes par seconde vers la fin de décembre, et de huit mille huit cents à quatorze mille huit cents dans la saison pluvieuse. Il est facile d'expliquer cette différence. Partout le régime des rivières dépend de deux facteurs : l'eau des sources et l'eau de surface; la première accumulée dans des réservoirs d'où elle s'écoule lentement, la seconde ayant une course torrentielle. Or, dans la région qui nous occupe, les hauts sommets, condensateurs des eaux fluviales, n'existent pas. La nature africaine est opposée à tout magasinage '. Ces pentes que l'on trouve ailleurs au pied des monts, agglomération de débris, d'où les eaux souterraines se dirigent peu à peu vers le fond des vallées, sont ici très-exceptionnelles; les montagnes y surgissent brusquement de la plaine, où elles sont isolées. Donc pas de cimes neigeuses, pas de glaciers, pas de sources profondes. Les eaux qui, dans le pays des Niams-Niams, ruissellent aux flancs des tranchées où elles vont se réunir dans un lit commun, ne sont que des eaux pluviales rapidement tamisées par le sol marécageux qui les a reçues. De là un apport considérable à un moment donné, et qui, disparaissant quand arrive la sécheresse, rend d'autant plus sensible la pénurie qui lui succède. Presque tous les ruisseaux et tous les cours d'eau secondaires de la partie nord du pays que j'ai traversé (partie inférieure du bassin) ne reçoivent que des eaux torrentielles. Le peu d'eau qu'ils conservent en hiver n'est que le restant du flux d'été; et le mince tribut qu'ils pourraient fournir alors se perdant moitié par infiltration, moitié en s'évaporant, n'entre pour rien dans l'économie des grandes rivières. En somme, on peut affirmer que les petits cours d'eau, pendant la saison pluvieuse, ont un débit relativement plus considérable que les fleuves, tandis que ces derniers

1. « Ist dem Prinzipe des Aufspeicherns abhold. » (Texte rectifié par Schiceinfurth.) « L'édition anglaise, ainsi que l'édition allemande, présente dans ce passage les erreurs les plus fâcheuses. » (Note du docteur qui nous l'a adressée en français.)

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