CHAPITRE XL
l'avons vu ailleurs, le menu se composa principalement de bouillie d'éleusine, à consistance de pâte, dont les grosses mottes, servies sur des feuilles, s'empilèrent jusqu'à former des montagnes. Une infinité de vases de toute espèce, écuellcs, sébilles, cruchons, calebasses, contenant des sauces odorantes, apportées par plusieurs centaines d'indigènes, furent déposés autour de ces monceaux. Les porteurs, divisés par groupes, se tenaient d'un côté, pendant que les Niams-Niams plaçaient devant eux leur pâte et leurs sauces friandes. Mon carnet à la main, j'errai parmi la foule, notant mes observations et remarquant surtout les tatouages, qui offraient une diversité frappante.
A en juger d'après les descriptions et les croquis de Du Chaillu, de Griffon du Bellay1 et d'autres voyageurs, les Niams-Niams ont une grande ressemblance avec les Fans ou Pahouins de Gabon. Le genre de coiffure est le même chez les deux peuples; tous les deux sont accusés de cannibalisme, et leurs arrangements domestiques présentent peu de différence.
Le jour suivant, à peine étions-nous en marche que la route nous fit traverser un troisième affluent du Nabambisso, appelé Danna; puis le chemin se déroula sur des monticules de gneiss, couverts d'une végétation intéressante, et où là sélaginelle des rochers formait de beaux tapis de verdure. Je retrouvai en cet endroit l'aloès d'Abyssinie, aux dents couleur de feu. Cette plante, que je n'avais pas rencontrée depuis que j'avais quitté le bord de la mer Rouge, appartient à la flore des hautes montagnes africaines; malgré cela, elle prospère ici à une altitude qui n'excède pas deux mille six cents pieds: et je l'ai trouvée largement répandue en Nubie à une hauteur qui dépassait de bien peu cette dernière.
De l'autre côté du gneiss reparut le Nabambisso, que nous traversâmes une seconde fois; puis allant au sud, nous atteignîmes l'Yabongo, large dépression entourée de broussailles, et qui ressemblait aux luche de la marche du Brandebourg, ou bien à ces marais herbus qui, dans le Bornou, s'appellent des nyalniams. Au bord de ce fond marécageux, croissaient, avec une beauté que je ne leur avais pas encore vue, des dattiers sauvages mâles et femelles, dont le stipe n'avait pas moins de vingt pieds de hauteur. A peu de distance, nous trouvâmes une autre dépression