‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 21 sur 251 · Ce pic a cinq cents pieds de hauteur · texte numérisé non relu

Ce pic a cinq cents pieds de hauteur

en aval du confluent, afin que, par le télégraphe, on puisse transmettre au Caire la nouvelle exacte de l'état du fleuve.

Dans la vallée nubienne, tout le charme a disparu. L'aspect de la contrée est extrêmement misérable, et non moins pitoyable est la condition des habitants. Depuis dix ans, par suite du chiffre croissant des taxes et de l'amoindrissement de la production, les choses ont toujours été de mal en pis. Celui qui passe ne voit qu'une faible partie de cette misère, profondément enracinée. Il aperçoit le résultat, sans en découvrir la cause; et les rapports contradictoires qu'il entend ne lui permettent pas de se faire une juste idée de la situation du pays. Il lui faudrait à la fois écouter les plaintes du peuple et les objections que le gouvernement leur oppose avec quelque apparence de raison. Dans tous les cas, il est évident que la culture du sol décline, que la pénurie augmente et que la disette est de plus en plus commune. Cette année, moins de deux mois après la moisson, le prix courant du roup1 de sorgho s'est élevé à un dollar. Déjà, en 1866, on m'avait désigné trois grands villages dont tous les habitants avaient émigré. Cette fois encore, j'avais sous les yeux des preuves d'une pareille détresse. Entre Damer et Chendy on semblait effrayé de la dépopulation. Les hommes non mariés vont à Karthoum se mettre au service des traitants en qualité de soldats; les autres renoncent à la culture, et emmènent leurs chèvres et leurs moutons au désert, où ils essayent de la maigre vie des pasteurs.

Le 1er novembre, à midi, nous atteignîmes Karthoum, dont le port était animé par des centaines de bateaux. Le consul germanique, Herr Duisberg, qui avait eu pour moi tant de bontés, lors de ma première visite, me fit de nouveau le meilleur accueil. Je trouvai, dans sa demeure élégante et spacieuse, à la fois repos et confort, tout ce qui pouvait me donner des forces pour accomplir ce que j'allais entreprendre.

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