CHAPITRE XL
cuivre en barre et verroterie) ; deuxième corps de Nubiens avec la masse des munitions (cartouches, poudre et capsules) ; ensuite les femmes chargées de la batterie de cuisine et des bagages de leurs maîtres; enfin l'arrière-garde, formée du troisième corps. L'ordre avait été donné de ne permettre à aucun traînard de rester en arrière du dernier drapeau. Malgré cela, obligée par la nature du sentier de marcher en file indienne, la caravane, si compacte qu'elle fût, ne s'en déployait pas moins sur une énorme longueur.
Indépendamment des troupes régulières, des escouades de Bongos et de Niams-Niams, parfaitement dressés, allaient faire des reconnaissances dans les bois sur les deux flancs de la caravane. Ces gardes noirs rendent plus de services que les autres; ce sont eux qui, à la guerre, prennent la plus lourde part. Leur emploi de chasseurs, trop pénible pour ceux qui les oppriment, les habitue à viser juste. Ils ont, en outre, plus de cœur à la besogne, et ne craignent ni vent ni marée. Cependant, tandis que les Nubiens sont honorés du titre pompeux d'assâker1, les fusiliers indigènes sont appelés, dans le jargon arabe du Soudan, faroûk, basinghir ou narakîk. Je n'ai jamais pu découvrir l'étymologie de ces différents noms ; mais ils reviennent si souvent dans la conversation des Khartoumiens qu'il est impossible de parler du service militaire des contrées du haut Nil sans en faire usage. Ainsi, par narakîk, on entend les soldats armés des fusils de gros calibre qui, dans l'origine, étaient destinés aux chasseurs d'éléphants, et qui sont maintenant très-communs dans les bandes khartoumiennes, où ils remplacent l'artillerie. Abdes-Sàmate possédait vingt de ces fusils qui, pour le plus grand nombre, avaient été fabriqués par Roos de Stuttgart. Les narakîk ne se servent ni de balle explosible, ni de balle conique; ils mettent dans leurs gros fusils tout simplement une poignée de chevrotines, dont l'action est très-efficace : à la première décharge, il est rare que les sauvages ne prennent pas la fuite. Mais il faut pour cela être en rase campagne et tirer sur un ennemi découvert; les balles ne sont d'aucun service quand on les envoie à l'aventure, dans l'ombre d'une futaie ou d'un hallier. Aussi avait-on redoublé de précautions lors du passage des ruisseaux et dans la traversée des bois, dont les rives sont couvertes. Nous savions d'ailleurs par expérience qu'il suffisait des accidents de