CHAPITRE XII
Marché à la volaille. — Trophées de chasse. — Signes d'anthropophagie
Le chimpanzé. — Cases d'un nouveau genre. — Les A-Banga. — Culture du manioc. — Le tréculia. — Bois de teinture et muscade. — Conflit avec les indigènes. — Tir à la cible et combat simulé. — Magie des allumettes. — Pacte fraternel. — Échange de sang. — Excursion interrompue. — Blessure de Gyabir. — Manière d'exprimer la douleur. — Enlèvement d'esclaves. — Lichens géants. — Termites arboricoles. — Frontière mombouttoue. — Reçu par Nemmebé. — Limite septentrionale de l'élaïs. — Fausse alerte. — Visite de Bongoua et de sa femme. — Bêtes bovines des Maoggous. — Culture de la canne à sucre. — Entrevue avec Isingherria. — Arrivée à l'Ouellé. — Régime de l'Ouellé. — Traversée de la rivière. — Canots des Mombouttous. — Impressions nouvelles. — Arrivée chez Mounza.
Le 6 mars, au lever du soleil, nous quittâmes le village 'd'Ouando. Une quantité d'indigènes, que le chef avait mis à notre disposition, accompagnaient la caravane et lui servaient de guides. Au moment de partir, nous avions appris la mort de Ndouppo, le frère ennemi d'Ouando-, que celui-ci avait fait tuer par ses gens. Les femmes et les enfants de la victime s'étaient réfugiés dans la zèriba d'Abd-es-Sâmate, où ils avaient reçu tout d'abord un généreux accueil, et où plus tard on leur donna les cases et les champs qui leur étaient nécessaires.
D'après une coutume en usage dans toute l'Afrique centrale, quand une caravane, par suite d'une fausse direction, est obligée de retourner sur ses pas et de revenir à l'endroit où elle s'est trompée de route, une branche est mise en travers du mauvais chemin et un sillon est creusé avec le pied, afin que les caravanes suivantes ne tombent pas dans la même erreur. Ce devoir incombe aux hommes qui accompagnent le dernier étendard.
Nôtre première étape se fit en longeant le Diagbé. Nous passâmes d'abord près des huttes à grandes toitures de la mbanga, ensuite dans une galerie pittoresque; puis ayant traversé la Tivière, qui se divisait en plusieurs branches abondamment pourvues d'eau, nous restâmes sur la rive droite, parmi des
hameaux dont les cases étaient largement espacées. A notre approche, les habitants effrayés prirent la fuite; mais bientôt rassurés, ils rentrèrent chez eux et nous vendirent de la volaille sur toute la ligne. Cependant les hommes lurent seuls à nous apporter leurs bottes de poulets attachés par les pattes; les femmes, réservées comme toujours, demeurèrent complètement à l'écart.
Après avoir franchi un petit ruisseau et laissé derrière elle de petits groupes de huttes, la caravane atteignit le Billoué, cours d'eau important qui ressemblait tellement au Diagbé par le caractère de ses rives ombreuses qu'il eût été facile de prendre l'un pour l'autre. Il y eut ensuite une petite galerie, puis une plus grande qui s'appelait Mono. Le pays semblait avoir beaucoup d'habitants; il en arrivait de toutes parts, soit pour nous offrir leurs volailles ou leurs services en qualité de guides, soit pour s'assurer de nos projets; c'étaient des allées et des venues comme en Europe aux environs d'une fête de village.
Ne nous arrêtant pas, nous arrivâmes au Diamvonoû dont les galeries étaient bordées d'habitations. Il était alors midi, et nous fîmes halte près des cases du gouverneur.
Les hameaux des Niams-Niams ont toujours à leur entrée des poteaux et des arbres servant à l'exhibition des trophées dédiasse et de guerre. A cet usage, établi sur les rives du Diamvonoû comme ailleurs, ma collection ostéologique dut un accroissement considérable. 11 y avait là des massacres d'antilopes de mainte espèce, des têtes de sangliers, de petits singes, de babouins, de chimpanzés, auxquels s'ajoutaient des crânes d'hommes, les uns dans leur entier, les autres par fragments : tout cela pendait aux branches comme les étrennes à celles d'un arbre de Noël. Enfin, témoignage non équivoque d'anthropophagie, on voyait près des huttes, dans les débris de cuisine, des os d'homme qui portaient des traces évidentes de la hache ou du couteau; et aux arbres voisins étaient accrochés des mains et des pieds à moitié frais qui répandaient une odeur révoltante. L'hospitalité en pareil endroit n'avait rien d'engageant; toutefois, surmontant notre répugnance, nous nous installâmes du mieux possible dans nos jolies petites cases.
Je commençai immédiatement mes recherches crâniologiqucs. Dans son zèle à seconder mes désirs, Abd-es-Sàmate grimpa aux arbres votifs pour me procurer des têtes de chimpanzé : ce qui étonna vivement les indigènes, dont tous les regards étaient
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