CHAPITRE XII
en Ire deux groupes de races différentes, paraît s'être effectué dans l'ancien royaume de Kifa, où les A-Madi1, chassés par un excès de population qui rendait insuffisants les produits du sol, ont quitté le pays pour aller s'établir dans les vallées des monts Gangara, sur le territoire d'Indimma.
Parmi les A-Banga il se trouve quelques A-Madi; les uns et les autres ont la même manière de vivre et les mêmes mœurs que les Mombouttous ; mais le dialecte qu'ils parlent accuse
Banga.
fortement leur fusion avec les gens de la frontière sud du pays des Niams-Niams.
Avant de s'établir chez Ouando, les A-Banga habitaient la
province populeuse que Mounza possède au nord de l'Ouellé. Ils
parlaient tous le niam-niam, ce qui me permettait de causer
avec eux au moyen de mes interprètes. De l'autre côté de l'Ouellé
1. Ces A-Madi ne doivent pas être confondus avec les Madis des Mittous, ni avec ceux qui demeurent au sud de Gondokoro, bien que le nom soit le même. A, dans le langage des Niams-Niams, est seulement la marque du pluriel; ainsi ango veut dire chien; a-ango, des chiens.
nous trouvâmes fort peu de gens avec lesquels nous pussions nous entendre.
Le premier village de Kollo nous montra clairement que nous avions affaire à des gens d'une autre race : les huttes étaient carrées et le toit conique cédait la place aux toitures à pignons; quelquefois des piliers remplaçaient les murailles et la demeure n'était plus qu'un hangar.
Les A-Banga et les Mombouttous ont le même équipement et le même costume de guerre. Chez les deux nations et dans les deux sexes la conque de l'oreille est perforée de manière à pouvoir y introduire un bâtonnet de la grosseur du doigt, ce quia fait donner par les Nubiens aux gens de ces deux peuples le nom de gourrougoûrrou, du mot gourgour, qui veut dire percé. La circoncision est également en usage chez les uns et les autres; tandis que les Niams-Niams s'abstiennent de toute mutilation du corps.
Les femmes a-banga disposent leurs cheveux de manière à former un chignon très-élevé, qu'elles portent découvert; mais les hommes, pour la plupart, ont adopté le chapeau sans bords des Niams-Niams. Quelques-uns font un compromis avec la coiffure de ces derniers et celle des Mombouttous, gardant les nattes frontales de ceux-ci, et remplaçant le chignon par les tresses des autres, ainsi qu'on peut le voir dans la gravure ci-jointe.
Le tablier des A-Banga n'est pas en pelleterie, comme celui des Niams-Niams, il est en feutre d'écorce de rokko. Leur bouclier est celui des Mombouttous, dont ils ont également la lance, le cimeterre, l'arc et les flèches, qui seront décrits plus tard. A l'exception d'un lambeau d'écorce de figuier, grand comme la main, les femmes sont entièrement nues ; cependant, comme celles des Mombouttous, elles ont une large bande d'un tissu grossier, mais très-solide, qu'elles posent sur leur giron quand elles s'asseyent, et qui, attachée sous les bras, leur sert de hotte pour porter leurs enfants.
Dans ce district intermédiaire entre les champs de céréales et les plantations de racines et de bananiers, le sol, d'une fertilité merveilleuse, était cultivé non-seulement avec un soin remarquable, mais sur une étendue exceptionnelle. Outre l'éleusine et le maïs, on y voyait le pénicillaire. Parmi les tubercules, je notai l'igname, l'hclmie, la colocase, la patate, le manioc. Entre autres légumineuses : le catyang1, la voandzcia, le canavalia,