CHAPITRE XII
des arbres, suspend dans ces bois, à des hauteurs vertigineuses. ses villes en l'orme de tonneau, construites de nombreux milliers de feuilles, cimentées avec de l'argile, et dont l'axe est constitué par une forte branche.
D'après Smeathman, qui les a étudiées dans l'ouest de l'Afrique, les demeures aériennes du termes arboreum offrent, ainsi que les châteaux forts du termes belliqueux, une série d'étages, des magasins, des chambres, des nourriceries, dont les cloisons et les planchers sont faits avec des lamelles de bois et des morceaux d'écorce.
De môme que la gourde sauvage a fourni aux peuples enfants les premiers modèles de leur poterie, les édifices que les termites construisent avec des feuilles ont enseigné l'art du vannier aux gens de l'Afrique centrale. J'ai déjà cité comme exemple du fait les paniers où les Bongos mettent leur grain, et qui sont la copie exacte des demeures de ces bestioles.
Vint ensuite un espace couvert de bush; puis nous traversâmes deux nouvelles galeries où se déployait dans toute son exubérance la sauvage beauté des forêts vierges; et à midi nous atteignîmes une rivière bordée d'un fouillis inextricable de rotang, d'arbres déracinés, de smilax épineux, de lianes de toute espèce. Au delà de ce cours d'eau fortifié, dont le passage nous prit une demi-heure, commençait le royaume vers lequel nous dirigions nos pas.
Défrichements ou clairières, — il eût été difficile de trancher la question, — la galerie contenait des plantations de bananiers en harmonie parfaite avec la richesse profuse des alentours. Divisée en une multitude de bras où les lianes, baignant leur réseau, . empêchaient dépasser à la nage, la rivière ne put être franchie qu'au moyen des arbres tombés. A la fin cependant, sortis de ce labyrinthe, nous vîmes apparaître, au milieu d'un épais feuillage, les demeures hospitalières des Mombouttous.
Nous nous arrêtâmes un instant sur cette frontière ombreuse ;. puis escortés d'une foule compacte, formée de gens des deux sexes, nous nous rendîmes chez Nemmebé, l'un des lieutenants de Degbêrra. Celui-ci régnait sur la partie orientale du pays, dont les autres provinces appartenaient à Mounza, chef beaucoup plus puissant.
La résidence de Nemmebé était au bord du Koussoumbo, ruisseau limpide et profondément encaissé qui va rejoindre le Kàpili. Nous traversâmes le Koussoumbo, et nous nous établîmes sur un
terrain légèrement ondulcux, entouré de buissons, et où nos hommes construisirent avec de l'herbe des cabanes entièrement à l'épreuve de l'averse. J'étais à peine arrivé que Nemmebé, accompagné tle plusieurs de ses épouses, venait dans ma tente me faire une visite, et m'apportait des volailles.
Ancien ami, et de plus allié de Mounza, qui était sur le pied de guerre avec Degbêrra, Abd-es-Sâmate n'aurait trouvé ici que mauvais accueil, si Nemmebé n'avait pas découvert l'avantage qu'il aurait à faire commerce d'ivoire avec lui. Voilà pourquoi la réception qui nous était faite ne laissait rien à désirer, et comment nous pouvions sans crainte errer dans le voisinage.
Les bois des rives du Koussoumbo m'offraient des trésors sans nombre. Parmi les nouveautés caractéristiques de cette flore opulente, se remarquaient l'élaïs, le raphia, l'artocarpus, et un cecropia, premier représentant de ce genre américain trouvé dans l'Afrique continentale. L'élaïs, palmier à huile, est ici à l'extrême limite où, dans cette région, la culture l'ait répandu vers le nord. Il est complètement inconnu dans les pays du Nil ; ce n'est qu'après avoir franchi l'Ouellé que nous en avons trouvé des plantations; et celles-ci ne paraissaient avoir été faites que pour servir de champs d'expérience.
Le lendemain de notre arrivée je parcourais tranquillement les bananeraies à demi sauvages qui s'étendent pendant des lieues au bord du Koussoumbo. Une chaîne ininterrompue d'habitations et de cultures suivait la rivière. Partout se voyaient des femmes et des enfants assis devant les portes de leurs jolies maisonnettes, et se livrant à leurs j'eux et à leurs travaux.
Le soleil déclinait à l'horizon ; nous étions toujours enfouis dans les champs de manioc et les massifs de bananiers, lorsqu'un bruit d'armes à feu — décharges sur décharges — vint frapper noire oreille, et nous faire reprendre en toute hâte le chemin du bivac. Pouvait-il y avoir un autre motif à ces détonations qu'une attaque des indigènes? Le fusil à la main, nous essayâmes de nous orienter d'après les coups de feu ; mais nous errions dans les champs sans pouvoir en sortir. Finalement nous atteignîmes les hameaux, d'où le chemin était direct.
Gomme nous , les habitants accouraient au bruit : les uns ayant une lance et un bouclier, les autres des arcs et des flèches. Le rappel se battait dans tous les villages ; et femmes et enfants sortaient des cases, apportant les armes que leurs maris et leurs pères attendaient impatiemment au dehors. Ne sachant pas si