CHAPITRE XII
à des achats de patates et d'ignames ; et quand nous partîmes le soleil brillait déjà depuis longtemps. Plus étroites que jamais
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Première femme de Bongoua.
étaient les bandes herbues, dépourvues d'arbres, que les ruisseaux de plus en plus nombreux découpaient dans la plaine. En moins d'une lieue nous passâmes trois cours d'eau, et nous en
atteignîmes un quatrième, appelé Boumba, qu'il fallut traverser deux fois. Dans tous les fourrés des rives, le raphia jouait un rôle dominant, et rejetait dans l'ombre tous les autres produits du monde des plantes.
Nous arrivâmes bientôt dans un district populeux, commandé par Edîdi, qui relevait d'Isingherria, frère et lieutenant de Mounza. La bande de Touhami y était campée au bord du Boumba. Des vaches — spectacle que nous n'avions pas eu depuis longtemps — paissaient dans la plaine. Nous crûmes d'abord que c'était les gens de Touhami qui les avaient amenées ; mais évidemment ce n'était pas le type du bétail des Dinkas : la tête avait une forme différente, le corps était plus gros et- plus ramassé, la bosse plus volumineuse. Cela nous fît demander d'où venaient ces animaux. Il nous fut répondu que c'était le roi qui les avait donnés à Edîdi. Mounza lui-même en avait reçu, quelques années avant, un troupeau considérable que lui avait envoyé un puissant monarque résidant au sud-est, et avec lequel il avait conclu un traité d'alliance.
La nation que gouvernait cet ami de Mounza me fut désignée, par mon interprète, sous le nom de Maôggou; et je présumai qu'il pouvait y avoir là quelque rapport avec les gens dont Baker a entendu parler comme demeurant dans YOulegga, situé à l'ouest du Mvoutan, et qu'il appelle Malegga.
Prenant alors une direction plus méridionale, la route nous fît passer trois cours d'eau qui se dirigeaient vers l'ouest pour s'unir au Boumba; puis un quatrième sur lequel était située la résidence du vice-roi, où nous arrivâmes dans l'après-midi. Nous fîmes là une entrée solennelle. Des deux côtés du chemin, la foule se pressait pour nous voir. Les gens de la cour en grande tenue, la toque ornée de plumes, avaient derrière eux leurs porteboucliers, et s'étaient fait suivre de leurs bancs afin de jouir sans fatigue du merveilleux tableau que nous leur offrions, et de pouvoir s'extasier à leur aise.
Notre camp fut établi dans la savane, à côté du ruisseau qui nous séparait du large cercle de cases où logeaient les femmes et les satellites du prince. Dans les éclaircies que le défrichement avait faites au bord de l'eau, on cultivait la canne à sucre. Cette canne atteignait un volume de la grosseur du bras; mais elle me parut beaucoup plus ligneuse et d'une texture moins délicate que celle que l'on voit en Egypte. Ce n'est que pour la mâcher que les Mombouttous en font des plantations; ils ne semblent pas en