‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 31 sur 251 · Dollars de Marie-Thérèse · texte numérisé non relu

Dollars de Marie-Thérèse

confèrent aux habbabkoum le titre de nas-bataline, qui signifie gredins.

Les femmes sont plus courtoises; elles font assaut d'amabilité pour entraîner le plus d'arrivants possible aux cabarets qu'elles ont improvisés chez elles, comptant sur la soif inextinguible des gens de Khartoum. Avec ces femmes, toutes de foyer, et néanmoins peu accoutumées à entretenir le feu de Vesta, mes hommes passèrent leur journée de halte en débauches. Quant à moi, je flânai dans la steppe voisine, donnant du biscuit aux enfants, comme ailleurs j'aurais donné des bonbons.

Les Baggaras possèdent tout le territoire qui, du Kordofan et du Darfour, s'étend vers le sud jusqu'aux points de la rive qu'habitent les Dinkas et les Ghillouks. Une portion d'entre eux — dans l'est, on peut dire un tiers — payent tribut à l'Egypte. Leur nom de Baggaras signifie vachers ; le bétail, en effet, constitue leur seule richesse. Toutefois ils ne ressemblent guère aux bergers de nos idylles : ce sont des cavaliers belliqueux, habitués dès l'enfance au maniement des armes, et les bandits les plus audacieux qu'il y ait parmi les nomades éthiopiens. Ils attaquent l'éléphant à l'épée et à la lance, prouesse qui n'est pas moins périlleuse que ne le serait de jouer avec des lions et des léopards, ainsi qu'avec des chats.

Beaucoup de ces intrépides se louent aux marchands de Khartoum pour les expéditions qui s'organisent dans les établissements. Quelques-uns vinrent m'offrir leurs services, s'imaginant que la chasse à l'esclave était mon but. Je n'acceptai pas leurs offres; mais, si je n'avais aucun penchant à les prendre pour auxiliaires, il me fut difficile de ne pas donner cours à l'admiration que m'imposaient leurs formes athlétiques, la vivacité et l'aisance de leurs mouvements.

Les Baggaras parlent un arabe soudanien passablement pur. Leur physionomie est peu sémitique; j'ai trouvé chez eux un assez grand nombre de visages qui, par leur expression, me rappelaient ceux de mes amis d'Europe. Je maintiens, sans crainte de me tromper, qu'ils constituent la plus belle race de nomades qui soit au bord du Nil. Une longue chemise d'un bleu indigo, pareille à celle des paysans d'Egypte, compose dans cette tribu le vêtement de la multitude. Les riches portent des robes d'écarlate et d'indienne à ramage, et tous témoignent d'un goût très-vif pour la parure ; j'ai été surpris de cet amour de la toilette chez une race d'un titre aussi élevé.

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