CHAPITRE III
l'eau courante, bien qu'en lui-même, pendant l'hiver, le courant y soit à peine sensible. Toutefois le Ghazal est environné, sur une étendue de plusieurs centaines de milles, d'une telle quantité de bayous et de lagunes occupant d'anciens lits de rivières, bayous et lagunes dont, à différentes époques, il reçoit le tribut, qu'il est impossible que le volume d'eau qui en résulte puisse s'écouler entièrement par ce canal. En 1863, au moment où la rivière était au plus bas, Pelherick a estimé à trois mille quarante-deux pieds cubes la quantité d'eau roulée par seconde ; mais il n'aura voulu parler que du bras navigable, et non de la masse entière des eaux.
Quelle est la branche du fleuve qui doit être considérée comme l'artère principale? La question n'est pas résolue. D'après l'analogie, de même que le Sobat est comparé au Ni^-Bleu, de môme le Bahr-el-Djébel serait au Bahr-el-Abiad ce que le Nil-Bleu est au Nil d'Egypte.
L'un des résultats de mon voyage a été de montrer l'importance des affluents occidentaux du Nil, recueillis par le Ghazal; j'ai eu la preuve que, de manière ou d'autre, ces affluents traversent une région qui n'a pas moins de cent cinquante mille milles carrés. A l'égard de la dépréciation que Speke et Baker ont faite de la rivière des Gazelles — « branche sans importance, » dit le premier, « ne versant dans le Nil qu'une quantité d'eau insignifiante, » dit le second, — je rappellerai un fait qui a marqué dans les annales géographiques. Lorsque Bruce, il y a cent ans, crut avoir découvert les sources du Nil en Abyssinie, à l'endroit même où elles étaient inscrites depuis un siècle sur les cartes portugaises, il représenta le Bahrel-Abiad comme un cours d'eau peu important. Il n'en parle même pas dans la description qu'il fait du Nil-Bleu. « De Sennaar, dit-il à propos de celui-ci, il passe devant de nombreux villages, habités par des Arabes; à Gerri (maintenant Khartoum), il se dirige au nord-est, et va rejoindre le Tacazzé !. » Il est cependant impossible que Bruce, revenant du Sennaar à Berber, en suivant la rive gauche du Nil-Bleu, ce qui l'obligeait à franchir ce dernier à la place où est aujourd'hui Khartoum, n'ait pas vu qu'immédiatement derrière lui se trouvait une rivière deux fois large comme la sienne. Le fait est que le Bahrel-Abiad a été déprécié et passé sous silence, parce qu'il aurait