‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 58 sur 251 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Gazelle, qui, à son arrivée dans le Bahr-el-Abiad, communique à celui-ci une impulsion suffisante pour le faire avancer. Vient ensuite le Bahr-el-Djébel, dont la force d'impulsion est plus grande, et qui contribue d'une manière plus active à la marche du courant.

N'oublions pas qu'au Bahr-el-Ghazal, se joignent le Diour et l'Arab, deux rivières qui, chacune, ont plus d'importance que pas un des affluents du Bahr-el-Djébel. Chercher le véritable rapport de ces différents tributaires, c'est envisager l'ancien problème sous un nouveau jour *.

Au-dessus de l'embouchure du Bahr-el-Arab, le réseau fluvial est d'une extrême complication, et n'a pu être qu'imparfaitement reproduit sur nos cartes actuelles. La carte de Lejean présente beaucoup de détails, mais ne doit être acceptée qu'avec réserve; le papier souffre l'erreur aussi bien que la vérité2.

Lorsqu'on a traversé les lacs, si on peut nommer ainsi les auges situées à l'ouest de l'Arab, on trouve, presque immédiatement au-dessus des bouches du Diour, un canal sinueux qu'on appelle Kitt. Ce canal, dont les berges sont fermes, porte des

1. Il est possible que la quantité d'eau apportée par le Ghazal soit plus considérable que celle du Bahr-el-Djébel; mais la direction générale de celui-ci, qui est celle du fleuve d'Egypte, et sa longueur (les sources du Mvoutan n'ont pas encore été vues), conserveront probablement à la rivière de Gondokoro le nom du vrai Nil.

[Note du traducteur.)

2. La carte Lejean relevée en 1861, et publiée l'une des premières, doit naturellement renfermer des erreurs; mais il ne faut pas croire que toutes les différences qu'elle présente avec l'état actuel des lieux soient dues à des fautes. Les changements qu'ont subis les rives du Ghazal, rives apparentes ou réelles, sont considérables .

Quand on remonte du lac No par le canal des Nouërs, dit le marquis Antinori dans sa relation du voyage de Piaggia (1861), on trouve une série de petits lacs, d'étangs, de marécages reliés entre eux par une infinité de canaux, obstrués par des plantes. » (L'ambatch, que l'on n'y voit plus, était alors prédominant.) « Piaggia, mon compagnon, revenant du paxjs des Niams-Niams, en 1865, trouva, à son grand étonnement, les lieux complètement changés {offatto cambiati d'aspetto). La majeure partie de la forêt aquatique avait disparu, le bassin du mechra s'était décicplé [inagrandito dieci volte tanto) et tellement peuplé de crocodiles, que là, où jadis nous n'avions à craindre que r attaque des sangsues, les monstres menaçaient la vie de quiconque mettait lamain ou le pied dans l'eau.... » Le marquis Antinori parle de la carte de Lejean, et n'est pas frappé des erreurs qu'elle peut offrir; car il n'en signale aucune. Il attribue la disparition de la forêt aquatique à un afflux d'eau considérable dans le bassin du mechra, d'où l'énorme extension de celui-ci; mais en même temps le lac inférieur semble avoir diminué. Y aurait-il eu à cette époque, par suite d'un dessèchement du côté des sources, un grand mouvement rétrograde, dont l'effet est encore visible, lorsque les eaux sont basses ? Dans tous les cas ces perturbations permettent d'envisager la carte de Lejean avec plus d'équité. Nous ne parlons pas de la description des lieux faite par Petherick, d'après ses notes de 1853, et qui offrirait avec l'état présent des différences encore plus sensibles.

{Note du traducteur.)

massifs de papyrus, qui, poussés par le vent, s'approchent tantôt d'une rive, tantôt de l'autre.

Le Kitt s'élève et s'abaisse, mais n'a pas de courant perceptible; il forme à son extrémité un bassin, que nous avons trouvé couvert de papyrus, et qui en 1863 était complètement obstrué par l'ambatch. Heuglin, qui a constaté le fait, a jugé dès cette époque, d'après la petitesse et la distorsion des tiges, que l'am-

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Carte du Mechra.

batch allait disparaître. Effectivement, en'1869, il n'en restait pas de traces. Lors de notre retour, en 1871, l'ambatch ne s'était pas reproduit.

Différentes passes, ouvertes au milieu des papyrus , se dirigeaient à l'ouest; elles se rejoignaient çà et là et formaient de la sorte un réseau dont les mailles enfermaient de petites îles boisées. Nous abordâmes à l'un de ces îlots, qui est un lieu de halte habituel; les voyageurs y trouvent sécurité, et s'y établis-

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