CHAPITRE III
sur ses richesses. Toutes les fermes à moutons dont la fumée s'élevait si hospitalièrement pour l'étranger, étaient la propriété de Chol. A clic tous les pâturages couverts de bœufs et de vaches qui se déployaient sur la rive ; à elle ces mourahs qui se voyaient au sud, au nord, à l'est et à l'ouest, à elle sans exception. Elle possédait au moins trente mille têtes de bétail; et je ne pouvais avoir nulle idée de la quantité de chaînes et d'anneaux de fer et de cuivre qui emplissaient ses magasins.
Après cette introduction, on parla de Mlle Tinné, dont le vivant souvenir était dans toutes les mémoires. Ses largesses, sous forme de verroterie, lui avaient valu, comme à la jeune fille de Schiller1, la réputation d'être celle qui apporte un présent à chacun. La vieille dame m'exprima son étonnement de ce que la signora n'était pas mariée; en sa qualité d'Africaine, elle ne pouvait pas comprendre qu'une femme riche n'eût pas de mari.
Rien d'étrange comme la position domestique de Chol, comparée à la situation qu'avait dans le pays cette femme si riche et si puissante. A la mort de son premier mari, qui laissait un fils d'un lit précédent, elle avait épousé ce fils du défunt, l'élevant ainsi au rang de prince-consort, malgré la différence d'âge et de fortune. Très-pauvre en comparaison de sa femme, et sans aucune influence, — un zéro dans la tribu, — ce jeune homme, qui s'appelait Kourdyouk, inspirait à la vieille Chol une terreur qui, vu leur position respective, était incompréhensible. Il la battait journellement, et agissait avec elle, en toute chose, de la façon la plus brutale, bien qu'elle eût toujours à la main, peut-être comme marque de sa dignité, une sorte de martinet agrémenté de nœuds qui ressemblait au chat à neuf queues de la marine anglaise.
J'eus la visite de l'époux le lendemain du jour où la femme était venue. Par suite de ses rapports avec les marchands, Kourdyouk parlait arabe d'une manière intelligible, et nous pûmes nous comprendre. Comme tous les autres, il chantait hautement les louanges de Mlle Tinné, et avait appelé Signora l'enfant d'une de ses concubines. Il y avait évidemment là une aspiration à la culture et aux mœurs des civilisés; espérons que cet élan vers un état supérieur ne s'arrêtera pas au nom de celle qui Fa fait naître.
Des excursions dans le voisinage, et les visites qui se succédaient, me faisaient passer le temps d'une manière agréable. Au