‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 62 sur 251 · Das Miidchcn aus (1er Fremde · texte numérisé non relu

Das Miidchcn aus (1er Fremde

nord de mon îlot, sur la terre ferme, étaient plusieurs villages, composés d'habitations fixes et d'enclos permanents pour le bétail. J'y allais presque tous les jours, et l'affluence des curieux qui se pressaient pour me voir me divertissait beaucoup. La sécheresse qui, dans sa bourgade, la faisait manquer d'eau et de nourriture, avait chassé la vieille Chol dans l'un des îlots voisins du débarcadère. Elle était là au milieu d'une partie de ses vaches, et installée, avec ses gens, dans de misérables huttes peu éloignées de nos bateaux. J'allais la voir de temps en temps, afin de pénétrer les mystères de sa laiterie.

Le 26 février, la vieille reine se rendit à ma tente, où je l'avais invitée à venir voir les riches présents que je lui destinais. Son costume différait un peu de celui qu'elle portait lors de sa première visite. Elle avait fait un nouveau choix dans son arsenal et m'arrivait avec une autre ferraille, en toilette d'apparat. Moimême j'avais tout préparé pour que la réception fût magnifique, désireux que j'étais de laisser après moi un aussi bon souvenir que celui de Mlle Tinné. Il y avait là des perles de la grosseur d'un œuf, telles qu'on n'en avait jamais vu dans le pays; des billes de marbre vert et bleu, tirées des plaines orientales; puis des chaînes d'acier, — tout cela pour elle ; puis un fauteuil à fond de paille, qui la faisait soupirer : elle ne pouvait pas croire qu'un pareil trône pût lui appartenir. Mais ce qui surpassa toute chose, ce fut un large disque de bronze, suspendu à une chaîne dorée, afin qu'on pût se le mettre au cou. C'était en réalité une énorme médaille commémorative du jubilé d'un professeur allemand, et dont l'une des faces portait l'effigie dudit professeur avec palmes et légende. On ne peut pas se figurer l'admiration que fit naître ce bijou; la vieille Chol en suffoquait, et bateliers et soldats n'étaient pas moins ravis. Je reçus en échange une calebasse remplie de beurre, un mouton, une chèvre, et un taureau d'une race particulière et sans cornes : une bête splenclide.

La plante la plus remarquable de toutes celles des îlots du Mechra est une passiflorée grimpante, Yadenia venenata, dont les feuilles, d'un vert brillant, sont employées comme vésicatoires par les indigènes ; feuilles vénéneuses et fatales au chameau. Ce ruminant, au flair peu subtil, mange indistinctement et sans réserve toute verdure, ce qui n'a pas permis de l'acclimater dans cette région, malgré tous les efforts que l'on a faits pour cela. C'est la même plante qui, dans le Latouka, a fait périr l'âne de Baker.

Page 1