‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 63 sur 251 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le trait le plus frappant de l'adénia est l'énorme développement de sa tige, qui, à demi souterraine, forme, en sortant du sol, une tubérosité conique dont le volume est de plusieurs pieds cubes, et d'où elle se divise en une quantité de lianes qui s'élèvent à une grande hauteur. J'ai enveloppé de toile une de ces tiges curieuses et l'ai envoyée à Berlin; elle y est arrivée dix mois après, vivant toujours. Placée dans une serre à palmiers, elle y a produit ses tigelles grimpantes.

Parmi les poissons d'espèces diverses que renferment les eaux dont nous étions entourés, l'un de ceux que l'on voit le plus fréquemment est une sorte de cuirassier, le polyptère bichir, qui sera représenté dans un autre chapitre. Mais, de tous les habitants de ces canaux, celui qui attira le plus mon attention, ce fut le poisson-salamandre de Gambie, le lépidosirène, qui, avec le corps d'une espèce d'anguille, est pourvu de quatre membres qui semblent être des organes de tact. J'ai vu ce lépidosirène avoir de trois à quatre pieds de longueur. Sa chair, visqueuse et flasque, est un objet de dégoût pour les Nubiens ; toutefois Baker, qui a trouvé la même espèce dans l'Albert N'Yanza, en qualifie la chair d'excessivement bonne.

La famille entière des siluridés n'a pas moins de représentants au Mechra que dans toutes les autres sections du Nil. Beaucoup de ces poissons, de même que le lépidosirène, ont l'habitude de se terrer dans la berge pendant la saison sèche, pour y attendre le retour des grandes eaux. Ils pénètrent dans la terre en se tortillant à la façon des anguilles, et peuvent serpenter en lieu sec. Comparativement aux étroites limites du sol, la gent ailée offre des variétés nombreuses. J'ai vu, dans les quatre ou cinq îles les plus rapprochées de nous, au moins soixante espèces d'oiseaux. Remarquable entre tous était le gracieux jacana, qui, les doigts largement étendus et la jambe fine et sèche, parcourait fièrement le tapis de feuilles de nénufars, avec autant d'aplomb que s'il eût marché sur un terrain solide. On n'était pas sans entendre la voix familière de nos oiseaux d'Europe. Des moineaux /innombrables volaient en foule autour des papyrus, où ils venaient percher le soir. Mais tout cela a été dit; c'est de l'histoire ancienne, écrite par les naturalistes qui m'ont précédé ; et cela n'a pas besoin d'être répété par moi.

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